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Grosses fortunes africaines -Etude Ecofin Hebdo

Date de création: 24-06-2018 19:15
Dernière mise à jour: 24-06-2018 19:15
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FINANCES- ETUDES
ET ANALYSES-GROSSES FORTUNES AFRICAINES- ETUDE ECOFIN HEBDO

 

 

Comment les Africains super-riches gagnent leur argent et le dépensent

 

© Walid Kéfi/ Ecofin Hebdo, vendredi 23 mars 2018

- L’Afrique, continent le plus pauvre de la planète, compte plus de 145 000 individus fortunés. Ce club de privilégiés, que les banquiers privés appellent dans leur jargon les High net worth individuals (HNWI), n’est plus exclusivement composé d’une caste de chanceux héritiers et de princes endogames. On y trouve de plus en plus des self-made men qui travaillent dur pour fructifier leur argent, dépensent fastueusement et consacrent une partie de leur fortune à des œuvres philanthropiques. Plongée dans l'univers feutré de l'Afrique des grandes fortunes.

Toujours plus nombreux, et plus riches ! Alors que les Bourses n’ont pas fait d’étincelles et que les prix des matières premières peinent à remonter durablement la pente, les grandes fortunes africaines ne connaissent pas la crise. Selon l’édition 2017 de l’étude «Africa Wealth Report» que publient chaque année le cabinet de recherche britannique New World Wealth et AfrAsia Bank, l’Afrique comptait à fin 2016 quelque 145 000 individus fortunés (High net worth individuals/HNWI).

La fortune cumulée de ces personnes détenant un patrimoine d'au moins un million de dollars, hors résidence principale, s’est élevée à 800 milliards de dollars. Entre 2006 et 2016, le nombre de ces nantis africains a enregistré une croissance de 19% tandis que leur magot s’est étoffé de plus de 300 milliards de dollars.

L'Afrique du Sud est largement en tête du classement des pays où vivent ces grandes fortunes avec 40 400 personnes, devant l'Egypte (18 100) et le Nigeria (12 300). Mais c’est l’Ile Maurice qui arrive en tête du classement des pays africains ayant enregistré la plus forte croissance du nombre de HNWI vivant sur son sol entre 2006 et 2016. Cet Etat insulaire de l’océan Indien a vu le nombre de ses milliardaires, multi-millionnaires et millionnaires grimper de 230% durant la période sous revue, à 3800 personnes.

Quatorze autres pays du continent ont enregistré des hausses à deux ou trois chiffres du nombre de leurs super-riches entre 2006 et 2016, dont l’Ethiopie (219%) et le Rwanda (107%).

Un rapport plus récent publié par le cabinet de conseil en immobilier Knight Frank a, d’autre part, fait ressortir que le continent le plus démuni du monde comptait en 2017 quelque 22 970 personnes ayant une fortune de plus de 5 millions de dollars contre 21 460 en 2016.

Intitulée «Wealth Report 2018», cette étude dénombre aussi 1190 Africains possédant plus de 50 millions de dollars en 2017 contre 1110 en 2016.

Le nombre des ultra-riches africains disposant d’une fortune de plus de 500 millions de dollars est, quant à lui, resté stable, à 80 personnes.

Les cryptomonnaies séduisent, l’or perd de son éclat

L’étude de Knight Frank, qui a sondé 500 banquiers privés et conseillers en gestion de patrimoine représentant 50 000 clients à travers le monde, montre que les membres du club des super-riches africains sont majoritairement aux antipodes du cliché éculé des gens oisifs sirotant sans discontinuer du champagne Dom Perignon à bord de leurs yachts de luxe, au point de devenir rapidement gras et déprimés à force d’inactivité et d’absence d’objectifs... La grande majorité de ces personnes fortunées ne sont pas des noctambules qui passent leur temps à peigner la girafe. Ils travaillent et s’occupent de leurs investissements. Pour eux, devenir riche demande du travail… Le rester également.

Leur patrimoine financier est dominé par les actions (26%) et le cash (26%), même si les cryptomonnaies (24%) et les obligations (15%) les séduisent de plus en plus.

L’immobilier, qui représente 12% des avoirs des super-riches africains, reste aussi un placement fétiche. 34% de personnes appartenant à cette caste possédaient des biens immobiliers en dehors de leurs pays d’origine en 2017. Les villes les plus prisées pour l’achat de résidences secondaires sont Londres, New York, Genève, Sydney et Paris. Dubaï est particulièrement populaire auprès des HNWI originaires d’Egypte, du Nigeria, d’Algérie et du Maroc.

Le private equity représente, par ailleurs, 12% des placements contre 9% pour les investissements alternatifs. L’or a cependant beaucoup perdu de son éclat ces dernières années et ne représente désormais que 3% des avoirs des individus fortunés africains, qui semblent avoir compris que le fait d’avoir un portefeuille peu diversifié peut coûter très cher lorsque le marché se retourne.

L’étude de Knight Frank révèle dans ce cadre que les Africains les plus aisés éprouvent une importante aversion au risque. 53% d’entre eux ne sont pas disposés à s’engager dans des investissements rentables, mais dont le profil de risque est élevé contre 24% aux Etats-Unis, 19% en Asie et 25% en Amérique Latine.

 

Voitures de luxe, vêtements griffés, yachts et jets privés

S’il est vrai que les nantis africains se montrent prudents et tiennent à constituer un bas de laine pouvant leur servir de nouvelle pompe d’amorçage en cas de coup dur, il n’en demeure pas moins qu’ils ne regardent pas à la dépense quand il s’agit d’acheter le bonheur. On ne leur connaît pas de gros caprices, comme l’acquisition par le prince saoudien Al-Walid Ben Talal d’un Airbus A 380 pour voyager tranquille, ou la construction d’un mini Etat bien à soi par les jumeaux britanniques David et Frederick Barclay. Mais ils n’hésitent pas, à quelques rares exceptions près, à afficher sans complexe un style de vie princier.

Les millionnaires, multi-millionnaires et milliardaires africains adorent les objets de collection, en particulier les œuvres d'art, les vins, les voitures de sport rutilantes et les automobiles classiques.

Selon les calculs du cabinet New World Wealth, ils ont flambé environ 8,8 milliards de dollars, soit 1,1% de leurs actifs, dans des objets de collection au cours de la dernière décennie.

A la fin 2016, les super-riches africains détenaient des œuvres d'art d’une valeur globale de 870 millions de dollars. Le multi-millionnaire congolais Sindika Dokolo détient la plus importante collection d'art africain contemporain. La collection de cet époux d'Isabel dos Santos, femme la plus riche d’Afrique et fille de l’ex-président angolais José Eduardo dos Santos, regrouperait aujourd’hui plus de 3000 œuvres de plusieurs centaines artistes issus de la majorité des pays du continent.

 

Les objets de collection incluent également des vins, des voitures classiques, des antiquités, des bijoux et des montres de luxe. En 2016, la valeur totale des ventes des montres de luxe en Afrique a atteint 46 millions de dollars. Au total, le marché africain du luxe a dégagé un chiffre d’affaires d’environ 5,9 milliards de dollars en 2016. Les principales composantes de ce marché étaient les voitures de luxe, les yachts, les biens de luxe personnels comme les montres, le prêt-à-porter, les accessoires et les bijoux.

Quelque 1500 ultra-riches africains possèdent, par ailleurs, des jets privés, dont 580 en Afrique du Sud, 400 Nigéria, 190 Egypte et 140 Kenya.

 

7 milliards $ par an pour les œuvres philanthropiques

Bien qu’ils soient majoritairement des adeptes du bling-bling à haute dose, les grands-bourgeois africains pensent à leurs dissemblables. Les grandes fortunes du continent consacrent chaque année 7 milliards de dollars à des œuvres philanthropiques, selon l’African Grantmakers Network (AGN).

L’approche caritative classique, qui consistait à distribuer vivres et médicaments aux plus démunis, a cédé peu à peu la place à une philanthropie plus stratégique qui cible le développement de secteurs ayant un impact socio-économique important comme la santé, l’éducation et l’entrepreneuriat.

Le magnat sud-africain des mines Patrice Motsepe a été le premier Africain à signer «The Giving Pledge» (Promesse de don), un appel aux dons lancé en 2010 par les milliardaires américains Warren Buffett et Bill Gates. En 2013, le patron African Rainbow Minerals (ARM) a fait don de la moitié de sa fortune, alors estimée à plus de 2 milliards de dollars, à une fondation caritative qui porte son nom.

En 2010, l’homme d’affaires nigérian Tony Elumelu a créé une fondation qui récompense chaque année mille créateurs africains de start-up dans la santé, l’éducation ou l’agriculture.
Ce président du conseil d’administration du groupe bancaire panafricain United Bank for Africa (UBA) et fondateur la société d’investissement Hiers Holding est l’inventeur de l’expression «l’africapitalisme» qu’il définit comme étant une philosophie économique et sociétale dans laquelle le succès repose sur deux axes : l’engagement du secteur privé et la philanthropie. «On se bat pour réussir puis, l’objectif atteint, on regarde autour de soi et on décide de redistribuer», a-t-il expliqué.

Le milliardaire britannique d'origine soudanaise Mo Ibrahim a, quant à lui, choisi d’investir dans la démocratie et la bonne gouvernance. Après la cession de sa société de télécommunications Celtel en 2006, il a lancé une fondation portant son nom qui publie un indice annuel de bonne gouvernance et octroie le «Prix Mo Ibrahim pour l’excellence du leadership». Ce prix, qui récompense les chefs d’Etat africains ayant quitté le pouvoir sans avoir dépassé leur mandat électif et laissé derrière eux un bilan positif, est doté 5 millions de dollars sur dix ans puis d’une rente à vie de 200 000 dollars par an.

James Mwangi, le patron du groupe bancaire Kenyan Equity Bank, envoie, lui, les meilleurs élèves de son pays poursuivre leurs études aux Etats-Unis dans l’espoir de les voir revenir, plus tard, à Nairobi avec la même culture de philanthropie.