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Sondages d'opinion-Chabani Said (I/II)

Date de création: 27-02-2016 20:10
Dernière mise à jour: 27-02-2016 20:10
Lu: 218 fois


COMMUNICATION- ETUDES ET ANALYSES- SONDAGES D’OPINION- CHABANI SAÏD (I/II)

La problématique des sondages d’opinion en Algérie : réglementation et/ou régulation ?

©Par Saïd CHABANI ,Docteur en Sciences de l’Information et de la Communication (Conférence au colloque international sur les sondages et  mesures d’audience en Algérie, 11, 12 et 13 avril 2011, hôtel Riadh, Alger)

 

                                                                                                  Introduction

Les sondages d’opinion sont devenus des outils  de prévision, de prise de décisions et d’évaluations de situations dans plusieurs domaines notamment économiques et politiques. Ainsi, leur utilisation s’est généralisée en matière de marketing, d’études de marché et de  collecte de données. « De nos jours, les gouvernants et les médias de masse font un usage pléthorique des sondages d’opinion pour élaborer leurs communications et leurs stratégies politiques. Il n’est guère de domaine de la vie publique où les sondages n’interviennent pas, peu ou prou, de manière visible ou invisible,  dans la réduction des risques liés à l’action politique et dans la couverture médiatique des événements et des phénomènes d’actualité. » (Lionel Marquis, p.43). Leur utilisation en période électorales reste la plus répandue et la plus connue. Les sondages sont nés à partir de l’idée qu’«  Interroger un nombre restreint d’individus apporte autant d’informations, et des informations de meilleure qualité, qu’une enquête exhaustive». (Olivier Martin, p.16). Avec le temps, les résultats des sondages rendus publics sont assimilables à d’autres informations que nous recevons tous les jours par le biais des médias. « Progressivement, les sondages ont acquis la valeur de « nouvelles » (news), au même titre que les évènements ou phénomènes politiques sur lesquels ils portent. » (Lionel Marquis, p.16 ). Malheureusement, si les règles d’éthique et de déontologie ne sont pas respectées, les sondages peuvent être déviés de leur rôle habituel. « Loin des objectifs de la connaissance des opinions, et même de la « prévision électorale », les sondages peuvent parfois servir à des fins d’instrumentalisation, voire de manipulation de l’opinion publique. Cependant, parmi les nombreuses critiques adressées aux sondages, seule une partie concerne spécifiquement les sondages pré-électoraux. Ceux-ci portent en effet sur des intentions de vote, et non pas sur des opinions (…).» ( Idem, p. 28). Les sondages d’opinion sont intimement liés à la démocratie car ils constituent un moyen de communication, c'est-à-dire d’échanges. En effet, au moment de la collecte de l’information, ce sont les enquêtés qui s’expriment individuellement et souvent anonymement. En revanche, lors de la publication des résultats, ils reçoivent de l’information, à leur tour, et se font une opinion générale sur le sujet traité. Il y a alors un contenu qui est rendu public, moyennant une marge d’erreur acceptable. Cela suppose qu’il y a eu respect des règles d’éthique et de déontologie, de la vie privée des citoyens et une application des normes scientifiques admises en la matière. Dans le cas contraire, il y aura diffusion d’informations erronées, et éventuellement une atteinte aux droits des citoyens, par incompétence ou par manipulation volontaire. Afin de protéger le citoyen, la majorité des pays du monde, où les sondages sont pratiqués, ont réglementé, au moins en partie, la publication des résultats. C’est le cas  en particulier pour les sondages liés aux  élections. Il existe aussi des pays où il n’y a aucune législation, ni réglementation dans ce domaine.. Les sondages ont un lien étroit avec les médias. «  La presse entretient des rapports ambigus avec les sondages, à  la fois moyen promotionnel utilisés pour capter du public et faire parler du titre et objet journalistique banalisé et dévalorisé. » ( Jean de Legge, p. 95). Ce qui explique l’importance des sondages politiques pour les instituts qui les réalisent, même s’ils ne représentent qu’un faible pourcentage du chiffre d’affaires (5 à 10% du marché en France). En fait, cela revient à dire que les sondages permettent aux instituts de gagner de l’argent dans le domaine du marketing et de bénéficier en notoriété et en image dans le domaine politique.

En Algérie, force est de constater que même insuffisamment encadrée, l’activité de sondage se pratique librement. Il est évident que si les études de marché, de marketing ne peuvent pas échapper aux sondages d’opinion, en revanche les sondages politiques restent quand même très peu développés dans notre pays. Il y a lieu de reconnaître aussi que  la culture de répondre systématiquement à des questionnaires n’est pas encore totalement admise en Algérie. Dans le cadre de notre intervention, nous aborderons cinq points principaux : la pratique du sondage d’opinion en Algérie, la situation au plan juridique, l’organisation des sondages à l’étranger, le projet de loi sur le sondage réalisé de mai 2007 (Algérie) et enfin les perspectives.

I- Le sondage d’opinion en Algérie : une pratique sans  régulation. 

 

Le sondage d’opinion nécessite l’existence de données statistiques fiables préalablement établies, une culture et une pratique de long terme. De même que cela exige le traitement des informations existantes, la fluidité et la facilité de leur échange. Ce qui n’est pas tout-à- fait le cas, aujourd’hui, en Algérie. La prise en charge de cet aspect, carrément par la création d’un Secrétariat d’Etat à la statistique rattaché au Ministère de la statistique et de la prospective témoigne de la prise de conscience des pouvoirs publics de l’importance de disposer d’informations chiffrées de qualité.  Les sondages d’opinion posent certains problèmes qui ne sont pas encore réglés en Algérie :

1-C’est une activité qui est pratiquée  par des organismes publics et privés en l’absence d’un cadre juridique clair.

2-C’est une activité spécifique qui requière  des compétences scientifiques précises telles que les techniques d’échantillonnage, la formulation des questions et la pondération des erreurs. A l’heure actuelle, des sondages dont les résultats sont erronés, non fiables scientifiquement, peuvent être réalisés et rendus publics. En effet, il n’existe en Algérie aucun moyen d’en  contrôler la véracité.

3-C’est une activité de communication qui génère un contenu qui doit être soumis à des règles d’éthique et de déontologie. Les organismes ou instances professionnelles à même de prendre en charge ces aspects, pour ne pas porter atteinte au citoyen ou l’induire en erreur, sont encore absents.

4-C’est une activité qui s’intéresse à la vie quotidienne des citoyens à laquelle des limites doivent être fixées au même titre que la liberté de communication afin de protéger les citoyens des dépassements possibles.

5-Les sondages relatifs à certains domaines sensibles ou qui peuvent nuire aux individus et à la société, doivent faire l’objet d’une autorisation avant leur réalisation. On ne sait aujourd’hui qui doit la délivrer

 

Il est évident que, tel que les choses se présentent actuellement, les sondages peuvent causer du tort aux citoyens en agissant dans le sens contraire aux normes et valeurs universellement reconnues. Non encadrés, ils peuvent créer des perturbations en période électorale et fausser les règles du jeu.. En effet, l’activité de sondage ne peut être exercée sans l’existence d’une autorité de régulation ou de surveillance, chargée de garantir le respect de la législation et de la réglementation. La même autorité a pour tâche de s’assurer de la scientificité de la réalisation des sondages ainsi que du respect de la vie privée des citoyens.