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Récit Zoulikha Fardeheb- "Les Fossoyeurs de ton idéal..."

Date de création: 22-06-2018 16:53
Dernière mise à jour: 22-06-2018 16:53
Lu: 49 fois


DEFENSE- BIBLIOTHEQUE D’ALMANACH- RECIT ZOULIKHA FARDEHEB- « LES FOSSOYEURS DE TON IDEAL.... »

Les fossoyeurs de ton idéal. Les assassins de mon époux. Récit de Zoulikha Fardeheb (Préface de Hassan Remaoun et biographie de Hassan Remaoun et Benabou Senouci) . Inas Editions, Alger, 2014 ?2015?(date d’édition non précisée), 820 dinars, 215 pages

26 septembre 1994 au matin, Abderrahmane Fardeheb , 50 ans à peine, professeur d’économie à l’Université d’Oran , père de deux enfants dont un garçon, Mourad, âgé  de 8 ans , est assassiné à la sortie du domicile familial, Cité Grande -Terre à Oran. Sous les yeux de sa fille, alors âgée de 17 ans (elle devait être déposée au lycée) . Assassiné par un jeune terroriste islamiste. Son « tort » : une vie militante d’abord au sein de l’Unea, puis du Pags (clandestin) ......délégué syndical au sein de l’Ugta.....bref,  un homme de progrès  engagé pour la justice sociale et partisan des causes justes de par le monde, féru de principes républicains, et aimant passionnément son pays. Surnommé l’« incorrigible utopiste » car veillant au bonheur des autres, rêvant d’abolir la « hogra », combattant la condamnation de l’autre pour ses idées ou  son appartenance.... . Un « Chouyouii », un communiste, un homme qui dérangeait.....Donc, naturellement surveillé (et parfois recherché) en permanence par les services de sécurité....mais aussi ,et surtout, devenu une  cible pour le terrorisme de ceux qui instrumentalisaient l’Islam. Comme bien d’autres intellectuels, enseignant(e)s, artistes, journalistes, imams, policier(e)s, militaires, magistrats, fonctionnaires .....Toutes les élites étaient visées.Tout ceux qui avaient....un cartable, une cravate, des lunettes de vue, un uniforme, un stylo.....

La suite est un autre cauchemar pour la veuve et ses enfants : la peur et la méfiance, la douleur, le déménagement (mais aussi le soutien des amis et de la famille), puis le grand départ vers l’inconnu....l’exil contraignant .....les difficultés (et les facilités apportées par les amis ) rencontrées lors de la nouvelle  installation...la nostalgie....les interrogations des enfants et des petits-enfants , la recherche d’un nouvel équilibre et , toujours, l’Algérie au cœur des préoccupations et des discussions, le terrorisme ne s’étant pas arrêté (100, 200,300 000 morts et blessés.... et des centaines de milliers de traumatisés pour la vie ) .....mais toujours le souvenir douloureux d’avoir perdu l’être cher....et la volonté de défendre une Histoire qui dénonce les crimes « pour que nul n’ignore » ou n’oublie.

 

L’Auteur : Epouse et veuve de Abderahmane Fardeheb. Professeure de langue française au collège, à Oran, de 1973 à septembre 1994. Elle vit en France avec ses enfants et y enseigne depuis décembre 1994.

Extraits « A sa mort, Abderrahmane avait cinquante ans  et le monde où nous vivons était en période de transformation rapide ; et il l’est encore plus aujourd’hui, plus de vingt ans après sa mort ( Hassan Remaoun et Benabou Senouci, p 14) , « De façon prémonitoire et moins d’une semaine avant sa mort, il terminait sa contribution sur « le difficile passage à l‘économie de marché » qui sera publiée quelques années plus tard (Casbah Editions, Alger 2000) dans « L’Algérie , histoire, société et culture »,  avec cette dédicace : « A toutes celles et tous ceux morts pour la République » (Hassan Remaoun et Benabou Senouci,  p 15). « Oran m’appelle, Oran me manque.....Et puis.....par-dessus tout, ce qui me manque le plus, c’est....toi » (p 153)

Avis : Un texte mélangeant prose et poésie. Une écriture simple mais de grande qualité, chaque mot étant à  sa place. De la douleur, de la souffrance, de l’amour , de la tristesse et de l’émotion plein les pages, toutes les pages !....l’exil forcé n’yant  pas arrangé les choses. 

Citations : « Nos jeunes sauront d’où vient le vent qui murmure la solution » (A. Fardeheb, p 64), « C‘est le destin des enfants / De ces hommes éternellement blessés/Qu’on désigne pourtant du nom farouche de révolutionnaires/De naître à moitié orphelins... »(p 47) , « La gangrène est telle que nous oublions les gestes rassurants et réconfortants. Les marques de sympathie concrètes, régulières, nombreuses. Les visites sincères à ceux qui vivent dans le chagrin le plus profond.....Les soupçons devenaient un rite et la méfiance jouait un rôle mesquin et honteux » (59), « On ne meurt jamais totalement, une partie de nous continue à exister. Il ne tient qu’aux vivants de la perpétuer par la mémoire et l’exemple » (p 81), « Le devoir de mémoire doit s’inscrire dans le temps. L’histoire doit être l’antidote de l’amnésie. Elle devra comptabiliser les crimes, les dénoncer, les décrire et ne rien ignorer » (p 186)