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Roman Akli Tadjer- " La vérité attendra l'aurore"

Date de création: 20-06-2018 18:47
Dernière mise à jour: 20-06-2018 18:47
Lu: 44 fois


CULTURE- BIBLIOTHEQUE D’ALMANACH- ROMAN AKLI TADJER- « LA VERITE ATTENDRA L’AURORE »

La vérité attendra l’aurore. Roman de Akli Tadjer. Casbah Editions, Alger 2018, 248 pages, 900 dinars.

Mohamed est un artiste ébéniste installé à Paris, passage du Grand-Cerf. Père et mère (des émigrés de la première heure.....un père travaillant dur –et ne supportant pas sa « nouvelle colonisation » - dans une usine d’équarrissage de peaux et une mère passant son temps à dépenser l’argent amassé durement auprès des vendeurs de babioles) décédés.Il vit seul, célibataire, goûtant de temps au temps aux joies des amours passagères. Heureux en apparence mais malheureux comme pas possible.Car, il a eu deux vies.....totalement contraires.

Une enfance et une jeunesse presque heureuses (à noter que sa maman vivait comme une malédiction d’avoir mis au monde un rejeton avec une tête à s’appeler Patrick...une tête de roumi et des yeux clairs) ) , avec une scolarité en dents de scie, assez médiocre car plus porté sur l’art du travail sur bois........et , surtout sur la jeune et belle Nelly (fille d’un « ancien d’Algérie » revenu en France « avec le dégoût de tous les Mohamed » ),qu’il aimait et qui l‘aimait. Des pelles roulées à pleine bouche  en veux-tu en voilà ! En attendant bien plus et bien mieux quand ils seront grands......et , aussi, un jeune frère , Lyès, qu’il protège,  ,  le chouchou de maman, un « intello » qui réussi sa scolarité les doigts dans le nez, bien plus porté sur la réflexion et le rêve que sur l’agir.

Un jour, c’est le départ en famille pour l’Algérie. Vacances d’été et visite au « bled ». El Kseur...Cap Carbon...... ....les  joies de la mer.......le retour tardif.....la nuit .....la panne de la voiture (le tacot du papa).......Le drame.......Tout va alors basculer . Ils avaient oublié que le pays était alors en pleine période de terrorisme.

Le lecteur trouvera en lisant l’ouvrage un déroulé presque incroyable d’événements  ainsi que les conséquences des faits survenus et qui bouleverseront les vies des uns et des autres, en Algérie et à Paris. D’autant que, bien plus tard,  Mohamed va croiser, par hasard,  Nelly sur les lieux même de leurs premiers baisers (une salle de cinéma, of course !) . Bien sûr, l’amour (de jeunesse) finira par triompher (ou presque).Mais la famille, elle , va subir un sort moins heureux......cassée par le terrorisme de la décennie noire  qui, profitant des « bienfaits »  de la loi d’ amnistie de 1999 , va se  continuer, sous d’autres formes, dont le salafisme.  Plus soft , pratiquant l’entrisme tous azimuts, et pernicieusement dangereux pour l’équilibre de la société.

C‘est pour cela que l’auteur (du roman) nous gratifie de passages consacrées à une description assez (sur-) réaliste (quelque peu déplacés à mon avis, car exagérés et se limitant aux propos et aux comportements « populaires » et « populistes » recueillis ou vus ça et là....à l’aéroport, à l’hôtel, en taxi, dans la rue... ) .......de la ville (Alger) et du pays, la « paix » retrouvée. Très compréhensible de la  part d’un visiteur ,simple passager venu d’un « autre monde » fait d’art et de libertés.....d’un visiteur traumatisé par des « chocs » ayant mis à mal bien de ses certitudes.

 

L’Auteur : Né en 1954 à Paris. Auteur de onze romans dont trois adaptés à la télévision. Plusieurs livres  à succès, dont « Le Porteur de cartable », « La meilleure façon de s’aimer »......Romans traduits dans de nombreux pays

Avis : Pour un conteur, c’est un conteur.  Un très bon conteur même qui arrive à vous garder « scotché » à un  récit à rebondissements, souvenirs  d’enfance et de jeunesse, vie d’émigrés (en France) , art, amour...et terrorisme mêlés.....et beaucoup (un peu trop ?) d’Algérie. Se lit d’un trait.

Extraits : « Sélecto, le soda made in Algeria, qui a caramélisé les intestins de tous les Algériens depuis l’Indépendance » (p 20), « Passé minuit, le whisky n’a rien d’euphorisant ni d’anesthésiant, il fait mal à la nuque et vous renvoie au point de départ » (p 47), « Souvent, il m’est arrivé de penser q’Allah, le clément et miséricordieux, ne pouvait épargner toute cette engeance de barbares qui avait plongé l’Algérie dans les ténèbres durant une décennie avant d’essaimer à travers le monde d’autres monstres sévissant avec la même cruauté , le même fanatisme, la même lâcheté. Allah est plutôt bienveillant avec les criminels qui prospèrent en son nom » (p 165), « Je n’ai jamais aimé l’idée de racines. Elle me renvoie à l’arbre figé dans sa terre qui ne voit pas plus loin que le bout de ses branches......J’aime ma trouble identité. J’aime ma schizophrénie normale » (p 193), « On est tellement frustré que les plus tourmentés, les plus fragiles et les simples d’esprit suivent le premier gourou pour peu qu’il leur promette une éternité heureuse » (p 227).

Citations : « En vieillissant, on est toujours rattrapé par sa race » (p 16) , « Les objets ont une âme, et (que) c’est un peu de nous-même que nous abandonnons lorsque nous les laissons agoniser sous les toiles d’araignées de nos greniers » (p 59), « La vie parfois, c’est magique, parfois c’est merdique » ( 142)  , « Ce n’est ni tout à fait l’Orient, ni tout à fait l’Occident, c’est l’Algérie : un puzzle auquel il manquerait des pièces » ( p 185),