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Essai Amin Zaoui- "La boîte noire de l'Islam...."

Date de création: 20-06-2018 17:48
Dernière mise à jour: 20-06-2018 17:48
Lu: 36 fois


CULTURE- BIBLIOTHEQUE D’ALMANACH- ESSAI AMIN ZAOUI- « LA BOÎTE NOIRE DE L’ISLAM...... »

La boîte noire de l’Islam. Le sacré et la discorde contemporaine. Essai de Amin Zaoui. Tafat Editions, Alger 2018, 500 dinars, 155 pages.

Pas si drôle que ça, le titre de l’essai. Tragique même . Car un avion qui a perdu sa « boîte noire » est un appareil qui , de toute évidence, s’est écrasé, emportant avec lui, dans un « autre monde » la quasi-totalité , sinon la totalité  de ses passagers.

Mais que s’est-t-il donc passé ? Depuis quelques siècles, en matière de religion en général et d’Islam en particulier, chacun y est allé de son approche , de ses analyses, de ses observations, de ses critiques.....et, depuis quelques décennies, la cogitation n’a fait que croître. Un phénomème naturel ! La disparition des colonialismes classiques alors bien visibles, l’apparition de substituts moins présents mais plus pernicieux comme la mondialisation, la globalisation.....et, surtout, l’« invasion » des nouvelles technologies de la communication qui a entraîné de nouvelles formes de vie culturelle et cultuelle.....Elles ont  donc relancé les débats.... puis des « « conflits » que l’on croyait oubliés ou à jamais enterrés, d’où de nouvelles interrogations et   d’autres recherches  ,analyses et propositions. Des  plus sérieuses aux plus farfelues. Des plus compréhensives aux plus  intolérantes.  Des plus pacifiques aux plus belliqueuses.

L’auteur, qui n’en est pas à sa première incursion en la matière, a emprunté (plutôt, a continué) une voie qui est, peut-être , la plus simple et la plus porteuse d’espoir d’un « vivre ensemble » selon sa foi, dans le respect de la loi....et surtout dans la tolérance et l’amour du prochain. Pour le plus grand bien-être de la collectivité.

Il n’y va pas par quatre chemins (et ce qui est le plus pédagogique quand on vise le plus large public) pour se (nous) sortir de la « boîte noire » : ne plus vivre  en otage d’un côté par la chariâa et de l’autre par les ulémas de cette chariâa.

Pour lui, la chariâa islamique n’est autre que des interprétations temporelles (d’ailleurs contestées et sources de conflits et de différends, pour la plupart sanglants) des textes sacrés, des lectures controversées réalisées par des êtres humains. Des « Ulémas » (traduits par « Savants » bien qu’ils n’aient rien inventé, « moulins de la rhétorique » .....   ce qui amené une historienne, je crois, à utiliser le mot de « Sachants ») , certes....mais qui, « avec le  temps qui passe et l’ignorance qui s’installe » se sont métamorphosés en  gourous  .

Ajoutez-y les intrigues pour la subordination de la chariâa à la politique et aux politiciens au  pouvoir (ou à sa prise) et l’on commencera à déchiffrer –difficilement et à v(n)os risques et périls- la « boîte noire ».

Au total , plus d’une cinquantaine d’articles et autant de sujets. Des chroniques sociétales et cultuelles ?  Des articles critiques ? Plus que ça. Des pensées (des « dits ») raisonnées qui prennent leur source dans une vaste culture religieuse et une observation multi-directionnelle  des terrains . Quelques exemples :Le racisme (« l’homme noir dans l’imaginaire musulman »), la « boîte  noire de l’Islam » (une personne....Abou Hourayra),  l’athéisme, le terrorisme, les musulmans, leur Livre et les livres,les imams, l’amour, le fatalisme (au pays d’inch’Allah ») ,  le voile islamique, l’islamisation en Kabylie, les juifs maghrébins, le juste milieu, La Mecque, Le halal et le haram, le citoyen et le croyant, le corps féminin, l’école coranique, la poupée Barbie, patrie et religion, l’humiliation des femmes berbères....par un calife omeyade ,    la colonisation turco-ottomane (1515-1830), la haine (structurée et graduée...contre la femme, contre le juif, contre l’Occident, la laïcité, l’athée, le communiste, les droits de l’homme, le temps).........

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L’Auteur :   en novembre 1956 à Bab El Assa (Msirda/Tlemcen). Etudes primaires au Maroc, Lycée à Tlemcen, Université d’Oran , Docteur d’Etat à Damas, Enseignant de littérature puis Directeur du Palais des Arts et de la Culture d’Oran et de 2003 à 2008, Directeur général de la Bibliothèque nationale d’Algérie (un « Âge d’or » selon moi, mais vite étouffé) ........ Ecrivain bilingue (arabe et français) , auteur de plusieurs ouvrages (des romans, des essai, un  beau livre...)  dont certains traduits dans plus d’une dizaine de langues....chroniqueur de presse.....

 

Extraits : « L’époque des lumières de Tolède musulmane fut un exemple du « vivre ensemble ». Dans cette ville, plutôt cette principauté, vivaient en harmonie les juifs, les chrétiens, les musulmans et non-croyants, faisant de leur cité un espace de respect et d’échange. Et cette vie en commun, avec sa diversité religieuse et culturelle, a engendré un mode de vie exceptionnel et harmonieux dans l’histoire de l’Andalousie musulmane » (p 21), « Critiquer l’islam radical, en Europe, cela signifie que vous êtes automatiquement taxés d’islamophobe.......Critiquer l’islam radical en terre d’islam, dans le monde arabo-musulman, cela signifie que vous êtes un aliéné » (p 22), « L’Algérie a vécu deux épreuves historiques consécutives :le mal de la colonisation orientale et celui de la colonisation occidentale. Notre peuple a goûté aux deux recettes !! Shawarma et Omelette ! » (p 139), « Sans la réconciliation avec notre patrimoine local et universel de rationalité, le fanatique prendra le dessus par rapport à la critique, le féqih vaincra le philosophe, le charlatan battra le scientifique, l’hypocrisie voilera la sincérité «  (p 144)

Avis : Un livre pamphlet écrit rageusement par un intellectuel vrai, bien ancré dans le réel ......par un homme fidèle à son engagement  et un auteur fidèle à son style. Avec une plaidoirie solidement   argumentée et courageuse en faveur des valeurs de la citoyenneté (« la religion commune dans une société moderne ») .....avant tout.... « la patrie étant plus vaste que la religion ».

Sur le plan de la forme, beaucoup de coquilles. Dommage !  Ce qui est certainement dû à une certaine précipitation dans l’édition.....et les auteurs devraient automatiquement et sans complexe s’astreindre (ou demander) l’épreuve des corrections avant tout B.a.t et impression

Citations : « L’athéisme est le miroir fidèle de la foi. Il n’y a pas de foi sans la présence de l’athéisme. Une présence chez l’individu ou dans le collectif. L’ athéisme n’est pas l’équivalent de l’égarement ou de l’erreur. Il est l’image humaine d’un état de questionnement éternel » (p 19), « Dans la religion des salafistes, on parle beaucoup de sexe, mais rien sur l’amour » (p 44) , « Dieu n’habite pas La Mecque ; il habite les cœurs pleins d’amour et d’adoration » (p 73), « Lire, c’est chercher à multiplier sa vie individuelle par le nombre de livres lus » (p 77), « Dans le monde arabo-musulman, la seule guerre qui, depuis quinze siècles, arrive à faire rassembler tout le monde, c’est celle déclenchée contre la femme » (p 93), « Notre société a perdu l’islam en adoptant l’islamisme » (p 124) , « Si l’Histoire est un rouleau compresseur, les intellectuels sont les faiseurs de cette Histoire . Par la raison, par la lumière, par la science, ils font bouger les lignes de l’interdit, reculer la zone de l’ignorance et de la peur et élargir le champ de la liberté de pensée » (p 129), « La société arabo-musulmane vomit tout respect à la notion du temps. .......Elle n’a aucune estimation, aucune considération pour le temps, parce que le temps est lié au travail, parce que le travail est lié au capital, parce que le capital est l’image du juif et de l’Occident athée... » (p 152)