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Hammam - Hammam Meskhoutine - Rahmani Mohammed/El Watan

Date de création: 17-10-2014 15:49
Dernière mise à jour: 17-10-2014 15:49
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TOURISME – ENQUÊTES ET REPORTAGES - HAMMAM – HAMMAM MESKHOUTINE -  RAHMANI MOHAMMED/ EL WATAN 

 

Un lieu, une histoire. Les bains maures

La légende de Hammam Meskhoutine

© par Rahmani Mohammed/El Watan , 2 septembre 2014

 

 Pour l’esprit populaire fertile, les sources minérales sont toutes entourées de légendes mystérieuses. Dans ces récits, souvent fantastiques, interviennent toujours des djinns et des marabouts. Nous vous proposons, ici, une série de ces légendes qui entourent la création de certains hammams en Algérie. Elles font partie du patrimoine national, de la mémoire collective.

Dans la région où se trouve aujourd’hui l’actuel Hammam Meskhoutine, à 15 km de Guelma, régnait sur les Béni Khélifa le grand et puissant chef Cheikh Gacem. Issu d’une famille de nobles, il était richissime. Sa tribu le craignait car sa tyrannie n’avait d’égale que la poigne de fer avec laquelle il dirigeait ses hommes et les tenait en respect.

Cheikh Gacem avait une sœur prénommée Fatna, plus belle que le jour, plus rayonnante que le soleil, plus légère que le zéphyr et qui, avec ses adorables doigts de fée, savait filer la laine à merveille, faire de la poterie à la perfection et traire les vaches avec douceur : tâches ingrates, certes, mais par lesquelles devait passer toute femme digne de ce nom pour mériter le rang d’habile entre les habiles.

Elle ne marchait pas, elle dansait. Elle ne parlait pas, elle chantait. Quand elle apparaissait, tout s’anéantissait, les cœurs s’arrêtaient, ceux qui travaillaient oubliaient leur besogne, les enfants qui pleuraient, en la voyant, se mettaient à sourire avec béatitude. Les prétendants se présentaient de toutes les régions du pays, chaque jour plus nombreux devant le cheikh pour demander la main de cette perle rare.

Et chaque fois ce despote les repoussait. Pour lui, aucun brave de la tribu n’arrivait à la cheville de Fatna. Sa sœur, à ses yeux, était trop belle pour appartenir à un homme… autre que lui ! Et dans sa folie, il annonça son intention d’épouser la belle Fatna. La nouvelle pétrifia tous les gens de la région. La religion et les coutumes interdisent cette union incestueuse. S’il réalisait son désir, Cheikh Gacem attirerait la malédiction et les foudres du ciel sur lui et les siens. Les plus audacieux s’opposèrent ouvertement à cette décision et perdirent la vie, les moins courageux quittèrent la région pour ne pas assister à un tel acte, les soumis fermèrent les yeux.

Des fantasias spectaculaires furent organisées. Les chevaux les plus rapides et les cavaliers les plus fougueux assistèrent à la fête. Tous les dignitaires s’enorgueillissaient de faire partie du nombre des amis du grand cheikh. Tous réprouvaient en secret son action, mais s’efforçaient de se taire pour lui plaire. On fit venir de partout les danseuses les plus gracieuses et les chanteuses les plus connues.

Le couscous et la bonne chère abondaient. Les réjouissances étaient telles que les invités oublièrent le caractère incestueux de cette union qu’ils venaient de bénir par leur présence. A minuit, Cheikh Gacem se leva. Son burnous immaculé et sa barbe de jais lui donnaient un air majestueux. Il s’excusa auprès de ses invités et leur fit part de son intention de se retirer sous la tente conjugale avec sa femme.

Au moment où ce couple hors du commun allait s’unir dans une étreinte fatale, on entendit un gros coup de tonnerre retentir dans le ciel et ébranler les lieux. La terre s’ouvrit en une énorme bouche de feu bavant et crachant toutes ses flammes et les eaux de l’oued sortirent de leur lit. L’endroit se transforma, en un clin d’œil, en un véritable enfer.

Quand les éléments se calmèrent et que les démons du ciel et de la terre se turent, les gens de la région retrouvèrent Gacem et Fatna, le cadi qui les avait unis, les amis intimes du marié et les serviteurs qui avaient travaillé durant toute la fête pétrifiés et transformés en rochers. Hammam Meskhoutine (Le bain des damnés) n’aurait donc pas volé son nom. Les vieux de la région, aujourd’hui encore, peuvent vous montrer le cône rocheux qui représente le Cheikh, celui de la mariée, du cadi, d’un chameau qui portait de riches présents et de tous ceux qui assistaient à cette fête maudite.

Si, une nuit, dit encore la légende, vous entendez résonner des bruits étranges, enfermez-vous et évitez surtout de sortir. Ce sont les rochers qui reprennent vie et forme humaine et la fête continue. Si, tentés par le démon, vous prenez part à la noce diabolique, le matin on vous retrouvera pétrifiés et changés en rochers.

                                                                                © Rahmani Mohammed/El Watan