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Football - Equipe Fln - El Watan/Yazid Ouahib

Date de création: 13-04-2014 21:11
Dernière mise à jour: 13-04-2014 21:11
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SPORTS – ENQUETES ET REPORTAGES – FOOTBALL- EQUIPE FLN- EL WATAN/YAZID OUAHIB

© par Yazid Ouahib/El Watan, dimanche 13 avril 2014

L’histoire de la glorieuse équipe du FLN est l’un des faits sportifs les plus marquants du dernier siècle. Elle illustre l’engagement politique de joueurs de football dans la lutte de Libération nationale.

Ceux qui ont pensé et maturé le projet ont eu une idée de génie. Alors que la France coloniale minimisait ce qui se passait réellement en Algérie depuis le 1er novembre 1954 et préférait parler d’«événements» au lieu de guerre, le FLN, lui, a préparé une cinglante réponse sur son territoire, en faisant partir de France une douzaine de footballeurs professionnels algériens pour former une équipe qui serait l’ambassadrice du peuple algérien à travers le monde qui, grâce aux matchs, ferait connaître la cause algérienne. Le projet n’était pas une mince affaire. Faire quitter clandestinement la France à une douzaine de joueurs à la notoriété bien établie dans l’hexagone était un pari. Le FLN a misé sur le patriotisme des joueurs ciblés pour faire aboutir le projet. Il ne sera pas déçu. Tous ont répondu présent.

Le contexte qui a présidé à la création de l’équipe du FLN

L’année 1957 a été pénible et dure pour le peuple algérien. Le déclenchement de la Révolution, trois années plus tôt, a contraint la France à verser dans la barbarie pour faire taire la revendication légitime du peuple algérien, à savoir l’indépendance. Chaque mois qui passait était un calvaire. La France renforçait sa présence sur le sol algérien à travers l’arrivée massive d’appelés du contingent. C’était l’époque aussi où la cause algérienne commençait à faire basculer l’opinion française sur ce qui se passait en Algérie. Cette année, de jeunes Algériens étaient partis à Moscou où ils ont pris part aux Jeux mondiaux de l’amitié.

L’Algérie était représentée à ces Jeux par une équipe de football constituée de jeunes étudiants et joueurs encadrés par des politiques, à l’instar de Mohamed Khmisti. Les échos parvenus de la capitale soviétique étaient très bons. Ce rendez-vous juvénile et sportif joua, un peu plus tard, un grand rôle dans la mise sur pied de l’équipe du FLN.
Au cours de la même année (1957), Mohamed Boumezrag a été chargé de réfléchir au projet de création d’une équipe composée exclusivement de joueurs professionnels évoluant en France et possédant une notoriété. Mohamed Boumezrag s’appuya sur Mokhtar Arribi, qui était sur le point de prendre sa retraite de joueur à Sète et Abdelhamid Bentifour, joueur à l’OGC Nice. Les trois hommes se voyaient régulièrement à Paris et dans d’autres villes françaises pour faire aboutir le projet.

Le secret était requis pour garantir la réussite de l’opération. Un peu plus tard et au hasard d’une rencontre au boulevard Saint-Michel avec Mohamed Boumezrag, le joueur Mohamed Maouche (Reims), qui était à l’époque militaire au bataillon de Joinville avec son compatriote Rachid Mekhloufi, a été mis au parfum du projet caressé. L’établissement de la liste des premiers joueurs algériens concernés par ce qui allait se faire a fait l’objet de plusieurs réunions. Sur cette question, Mohamed Maouche indique : «Le petit groupe formé autour de Boumezrag a confectionné une liste de joueurs qui a été remise à deux membres du FLN qui assistaient aux réunions. Aux réunions suivantes, ces hommes donnaient le feu vert pour les joueurs à contacter. C’est ainsi qu’a été arrêtée la première liste de onze joueurs qui devaient quitter la France à la date qu’indiquerait le FLN. Il s’agissait de Boubekeur, Zitouni, Bentifour, Bakhloufi (Monaco), Rouaï (Angers), Kermali (Lyon), Brahimi, Bouchouk (Toulouse), Arribi (Sète), Mekhloufi (Saint-Etienne), Maouche (Reims). C’était le premier noyau de l’équipe du FLN.»

Quand faut-il faire partir ces joueurs algériens de France sans éveiller le moindre soupçon de leurs clubs employeurs respectifs et de la police ? Vers la fin de l’année 1957, les responsables de cette action avaient opté pour le début de la nouvelle année 1958 qui coïncidait avec la trêve hivernale. Un membre du trio proposa d’«opter pour une autre date que celle du début du mois de janvier parce qu’à cette période tous les footballeurs professionnels sont en vacances. L’impact serait réduit». C’est ainsi qu’a été choisie la date du 13 avril 1958 qui coincidait avec une journée de championnat de première division professionnelle (voir interview de Mohamed Maouche). Le 9 avril, soit 4 jours avant le départ des joueurs algériens, le sélectionneur français, Paul Nicolas, communique une liste de 40 joueurs présélectionnés pour la Coupe du monde 1958 en Suède. Mustapha Zitouni et Rachid Mekhloufi figuraient sur la liste. Mieux encore, Mustapha Zitouni était annoncé comme titulaire pour le match amical France-Suisse à Paris, le 16 avril. Il venait de s’imposer comme défenseur central à la place de Robert Jonquet.Le 16 avril, il sera aux abonnés absents au Parc des princes. Trois jours plus tôt, il avait bouclé ses valises et rejoint ses compagnons à Tunis.

Une fois les premiers joueurs (cinq) rassemblés à Tunis, le FLN publie un communiqué le 15 avril où il annonce que «des sportifs professionnels algériens viennent de quitter la France pour répondre à l’appel de l’Algérie combattante… au moment où la France faisait à leur peuple et à leur patrie une guerre sans merci, ils se refusaient d’apporter au sport français leur concours dont l’importance est universellement reconnue… En patriotes conséquents, plaçant l’indépendance de leur patrie au-dessus de tout, nos footballeurs ont tenu à donner à la jeunesse d’Algérie une preuve de courage, de droiture et de désintéressement. Le FLN envisage de créer une Fédération nationale algérienne qui demandera son adhésion à la Fédération internationale de football association (FIFA)» (In Il était une fois les footballeurs de la Révolution par le défunt Mahjoub Faouzi). Le groupe de joueurs est installé à l’hôtel Majestic en plein centre de Tunis.

Enchaînement des matchs

Le 3 mai 1958, l’équipe du FLN dispute son premier match contre une sélection tunisienne et prend facilement le dessus (5-1). Devant la réussite de cette première sortie, décision est prise d’organiser un grand tournoi maghrébin à Tunis qui regroupe l’Algérie, la Tunisie, le Maroc et la Libye. Deux jours avant le début du tournoi, c’est-à-dire le 7 mai 1958, la FIFA menace la Tunisie et les pays participant au tournoi d’exclusion de ses rangs s’ils rencontrent l’Algérie. C’est la Fédération française qui a actionné la FIFA pour empêcher les joueurs algériens ayant quitté la France de jouer au football. Le tournoi aura bien lieu et sera doté du trophée Djamila Bouhired. En demi-finale, l’Algérie dispose (2-1) du Maroc et la Tunisie étrille la Libye (4-1). En finale du tournoi, l’Algérie dispose de la Tunisie (5-1). Après la Tunisie, l’équipe du FLN entreprend une tournée en Libye, ensuite au Maroc, au moment où (juin 1958) la FIFA menace d’exclure le Maroc et la Tunisie. En décembre 1958, la FIFA met sa menace à exécution et suspend l’affiliation du Maroc.
La Confédération africaine de football (CAF), fondée en 1957, a tout fait pour ne pas mécontenter la FIFA. La CAF n’a pas levé la voix une seule fois pour défendre la cause de l’équipe du FLN. Son président, le général égyptien Abdelaziz Mostafa, siégeait au comité exécutif de la FIFA et a voté toutes les résolutions condamnant les fédérations qui acceptaient de laisser l’équipe du FLN jouer sur leur sol. Ce qui explique pourquoi l’équipe du FLN ne s’est pas produite en Egypte et en Syrie à cette époque. Entre 1959 et 1961, l’équipe du FLN effectue des tournées en Europe de l’Est, au Vietnam et en Chine. Au total, cette équipe a disputé 83 rencontres entre mai 1958 et décembre 1961. Elle a remporté 57 victoires, concédé 14 nuls et 12 défaites.

La dernière sortie

A l’indépendance, cette génération a continué à jouer. Quelques éléments ont fait partie des premières sélections de l’Algérie indépendante. Ils ont joué contre la Tchécoslovaquie, victoire 4-0 en février 1963, l’Allemagne, victoire 2-0 en janvier 1964, l’URSS, 2-2 en novembre 1964, et le Brésil, défaite 0-3 le 18 juin 1965 à Oran, la veille du renversement d’Ahmed Benbella par le colonel Houari Boumedienne. Le 14 avril 1988 l’équipe du FLN a célébré le 30e anniversaire de sa création lors d’un tournoi maghrébin organisé au stade du 5 Juillet et qui a regroupé les sélections tunisienne et libyenne en présence de la perle noire, le Marocain Larbi Ben Barek. C’était la dernière apparition officielle de la glorieuse équipe du FLN. Depuis, beaucoup d’entre eux nous ont quittés. Mustapha Zitouni est le dernier de la longue liste de ceux qui ne font plus partie de ce monde.

                                                                                                                                                                                                 (c) Yazid Ouahib/El Watan