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Chinois en Algérie - Conférence Loic Le Pape

Date de création: 06-04-2014 22:18
Dernière mise à jour: 06-04-2014 22:19
Lu: 289 fois


POPULATION - ETUDES ET ANALYSES - CHINOIS EN ALGERIE - CONFERENCE LOIC LE PAPE

(c) Liberté

En 2011, le montant des salaires non versés aux travailleurs chinois serait de l’ordre de 5 millions de dollars.

Selon les statistiques de la Banque africaine de développement, 35 000 à 50 000 Chinois se sont installés en Algérie ces dernières années, essentiellement des travailleurs d’une “immigration prolétaire” mais encadrée. A contrario, l’ambassade de Chine en Algérie parlerait plutôt de 30 000 ressortissants, dont 3600 commerçants. Ces données statistiques, importantes ont été évoquées par Loïc Le Pape, chercheur à l’Institut d’ethnologie méditerranéenne, européenne et comparative de l’université d’Aix-Marseille (Idemec), lors d’une conférence tenue au Crasc, dimanche 6 avril 2014,  entrant dans le cadre d’échanges entre ces deux institutions.
Ce chercheur, qui a choisi pour thème de ses travaux “La population chinoise en Algérie”, a longuement évoqué historiquement les différents âges de l’immigration chinoise en Afrique, tout d’abord qui est très ancienne, puis dans notre pays. L’évolution même de l’économie chinoise au sortir du communisme, l’adoption de l’économie libérale et l’adhésion à l’OMC ont induit des besoins énergétiques et en matières premières immenses. La conquête de parts de marchés dans le monde pour les grandes entreprises chinoises et les patrons ouvre la porte à des stratégies d’installations et d’implantations qui ont aussi coïncidé en Algérie avec le lancement de grands projets de construction et une politique d’ouverture du marché dans les années 1990.
Pour l’intervenant, l’immigration prolétaire, surtout, se traduit jusqu’ici par une population chinoise, essentiellement originaire du monde rural mais ne venant pas directement de Chine : “Il y a une dimension stratégique de la part des grandes entreprises chinoises et des patrons avec pour enjeux l’accroissement de ces prises de marchés et d’aller vers un maillage de toute l’économie algérienne avec pour seule préoccupation ne pas perdre la bataille énergétique.” L’intervenant voit un tournant dans les relations entre l’Algérie et les grands groupes chinois en 2009, à la faveur de plusieurs événements, et de citer “la montée de la grogne des chômeurs algériens, la prise de marchés de secteurs dans l’économie, les protestations de travailleurs chinois, les révélations des pratiques de corruption des entreprises chinoises et les affrontements ayant opposé les deux communautés, notamment à Alger, ce qui mènera à un frein à l’installation d’immigrés chinois”.
Autres pratiques évoquées, c’est le modèle ultralibéral et exploiteur de cette masse d’immigrés chinois par leurs propres entreprises, et de révéler qu’en 2011, le montant des salaires non versés aux travailleurs chinois serait de l’ordre de 5 millions de dollars. Dans ce contexte, Loïc Le Pape aborde l’autre volet de ses travaux, les pratiques sociales et religieuses de cette communauté chinoise en Algérie. Vivant majoritairement en vase clos, sauf pour les commerçants, les patrons de succursales ayant des associés algériens, la population chinoise vit dans des bases de vie, presque des camps, attachée à sa langue et à ses traditions culinaires.
Quant à la pratique religieuse, même s’il y a quelques conversions à l’islam, les informations sont très rares expliquant la difficulté à avoir des contacts. Mais l’orateur explique encore qu’en Algérie les autorités locales ont apparemment fait le choix de ne pas permettre l’installation et la création de quartiers chinois “Chinatown” pour ne pas aller vers la formation d’une diaspora.
De même, le fait qu’il n’y a pas de cimetière chinois est une autre indication de cette attitude, car, dira-t-il, “ouvrir un cimetière c’est une reconnaissance de l’implantation d’une communauté et une reconnaissance religieuse”.
Certains se sont donc interrogés sur ce qui est fait des corps des travailleurs chinois morts sur les chantiers et ils seraient nombreux.