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Presse - Miliani Hadj (IV/V)

Date de création: 16-02-2014 21:50
Dernière mise à jour: 16-02-2014 22:23
Lu: 553 fois


COMMUNICATION – ETUDES ET ANALYSES- PRESSE ECRITE -MILIANI HADJ (IV/V)

 

LA PRESSE ECRITE EN ALGERIE

POSITIONNEMENTS MEDIATIQUES ET ENJEUX LINGUISTIQUES

© Par MILIANI Hadj,  Université de Mostaganem – CRASC/2013

 

En mars 2010, un article publié par le journal Echourouk Al Yaoumi cite une  

 autre enquête du même Institut français IMMAR sous l’intitulé : « Echourouk, le

journal le plus influent en Algérie » (Boukrouh, 2010).

Ce sont moins les données qui rendent compte de l’envergure acquise par le journal,

qui sont ici à observer, que les commentaires qui accompagnent les résultats et dont on

ne sait trop s’ils émanent de la société de sondage ou de la rédaction d’Echourouk Al

Yaoumi.

Dans un premier temps, c’est la confirmation : à lui seul le quotidien recueillerait plus

du tiers du lectorat de la presse:

Le journal Echorouk Al Yaoumi domine le champ de la presse écrite en Algérie

avec un taux de pénétration estimé à 37.7 %. C’est ce qu’a affirmé la société

IMMAR Research & Consultancy Paris. Ce chiffre démontre une immense

domination, lorsqu’on sait qu’il existe plus de 78 journaux arabophones et

francophones en Algérie.

Il s’agit bien d’une mise à distance de l’ensemble de la presse quotidienne quelle que

soit la langue utilisée.

Dans un second temps, l’affirmation de la suprématie d’Echourouk est reliée au

constat de la régression de la presse francophone par rapport à la presse arabophone et

au rétrécissement de son implantation au niveau territorial :

En plus de la domination d’Echorouk Al Yaoumi, l’étude12 a révélé que les

journaux francophones ont fait un pas en arrière et sont classés au deuxième

rang où ils sont devenus très limités dans des régions bien précises sur le

territoire national.

Cette domination est doublement argumentée, en pourcentage national (plus de la

moitié du lectorat adulte) et, plus symboliquement, au travers de la place qu’occupe le

journal en Kabylie. Cela donne lieu au surgissement d’un stéréotype fort, celui de la

Kabylie comme région anti-arabe (langue et culture) et fief francophone :

Echorouk Al Yaoumi est devenu le journal n°1 pour un taux avoisinant 40% des

Algériens, âgés de plus de 15 ans. 50% d’entre eux sont des wilayas de l’Est, et

un quart (1/4) revient à la Kabylie, qui, il n’y a pas longtemps, était une région

francophone par excellence. Cela contredit la vision indiquant que les Kabyles

ne lisent que dans la langue de Molière. Et pour cause, le journal Echorouk a

prouvé que la langue arabe est présente en force en Kabylie.

Les performances du journal à travers l’amplitude de son lectorat sont directement

reliées à une perspective performative plus globale, celle du développement de l’usage

de la langue arabe au sein de la population algérienne qui ressort de l’un des credo de

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NOTE : 11/  1 Al-Ahram Egypte, 2 El Khabar Algérie, 3 The Times Afrique du Sud, 4 Mail&Guardian Online

Afrique du Sud, 5 El Watan Algérie, 6 The Daily Nation Kenya, 7 Liberté Algérie, 8 The Guardian

Nigeria, 9 This Day Nigeria, 10 Le Soir d'Algérie Algérie, 15 La Presse Tunisie, 16 La Tribune Algérie,

17 L'Economiste Maroc, 29 The Egyptian Gazette Egypte, 30 Assabah Maroc, 33 Ech-Chourouk El

Youmi Algérie, 46 Le Quotidien d'Oran Algérie.

12 / L’étude parue à la mi-mars 2010 a été menée sur un échantillon de 2 500 ménages algériens,

représentant 86% des Algériens âgés de 15 ans et plus, de sexes féminin et masculin, au niveau de 11

wilayas.

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la « campagne» linguistique arabophone. Il s’agit tout à la fois de relativiser l’impact

des autres journaux arabophones et également, de pointer la responsabilité de cet

élargissement à d’autres secteurs (en particulier le système éducatif) :

Au travers de cette mosaïque de chiffres, Echorouk a eu l’insigne mérite de

relever le taux de lectorat arabophone, par son impact dont beaucoup de

journaux ne peuvent se targuer, bien que la responsabilité d’étendre le lectorat

d’expression arabe, incombe à tous.

A contrario, le journal met en exergue l’affaiblissement du lectorat de langue française

par le biais d’un discours de dramatisation qui le relie positivement à la généralisation

de l’enseignement de la langue arabe, à la faveur de l’école fondamentale. Assez

explicitement, le commentaire déplore la place que la réforme des programmes dans le

système éducatif accorde au français et pointe un des effets majeurs du

plurilinguisme : celui d’une dissémination importante de la langue française chez les

jeunes :

L’étude réalisée par l’institut international de conseils et sondages, Immar

Maghreb, atteste d’une terrible régression du lectorat des journaux d’expression

française en Algérie. Les pourcentages obtenus prouvent la mutation profonde

de la société durant les trois dernières décennies, particulièrement sa structure

culturelle chez la tranche des jeunes qui, par ailleurs, subit des pressions visant

à réanimer et enrichir son vocabulaire français, afin de reconstituer une couche

francophone.

Six mois plus tard, suite à un autre sondage, le journal, dans son édition française en

ligne, annonce tout simplement : « Echorouk, le journal le plus lu en Algérie avec un

taux de 61,29% »13. Plus tard, selon une nouvelle évaluation (Chalabi, 2010), c’est la

dimension arabe et internationale qui est mise en perspective : « L’Entreprise

Echourouk est le premier journal sur la scène nationale et arabe». En fait, dans le cadre

d’une classification publiée par le magazine Forbes, dans son édition au Moyen-

Orient, Echourouk est à la 3ème place d’une liste de 50 titres de la presse arabe.

L’article souligne que parmi les facteurs de distinction de ce périodique, il y a son

ouverture sur l’information mondiale, et également l’utilisation des langues étrangères

sur son site web. Cette évaluation est renforcée par une série de témoignages de

personnalités algériennes (Derradji, Madjer, Mehri) et arabes (Erassi, Alaa Sadik,

Fayçal Kacem, etc.).

Enfin, nous citerons, comme autre argument de légitimation et de hiérarchisation, une

dernière évaluation qui prend en compte la certification de quelques quotidiens par un

organisme international qualifié :

Une équipe de l’OJD a séjourné à Alger durant la deuxième semaine du mois

d’avril. Elle a ainsi mené les missions de certification des quatre grands

quotidiens algériens. El Watan, précurseur en la matière et premier journal

algérien à s’inscrire dans cette démarche, a été suivi par El Khabar, Ennahar El

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NOTE : 13 / « Un classement des médias algériens a été réalisé par Media Sens, agence de conseil en publicité

media et hors media, et a ciblé trois médias classiques, en l’occurrence, la télévision, la radio et la presse

écrite. Dans la presse écrite arabophone, Echourouk est le journal le plus lu et domine largement les

autres titres avec un taux de 61,29%, suivi d’El Khabar (16,8%) et En-Nahar (7,8%), alors que la presse

francophone reste dominée par El Watan, Liberté, Le Soir d'Algérie et Le Quotidien d'Oran. »,

R.L./Version française Amel Adjou, Echourokonline, 07.09.2010.

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Djadid et Echourouk El Yaoumi. Ces contrôles de certification ont permis à

partir d’un audit comptable, financier et d’une étude de traçabilité physique

d’établir avec précision et en toute indépendance les diffusions pour l’année

2011 de ces quatre publications. (Communiqué de l’OJD)