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Election présidentielle avril 2014 - Badr'Eddine Mili/Le Soir d'Algérie

Date de création: 23-01-2014 10:55
Dernière mise à jour: 23-01-2014 10:55
Lu: 359 fois


VIE POLITIQUE – ETUDES ET ANALYSES – ELECTION PRESIDENTIELLE AVRIL 2014 – BADR’EDDINE MILI/LE SOIR D’ALGERIE

 

 

Pourquoi Abdelaziz Bouteflika sera candidat

 © Par Badr’eddine Mili/le Soir d’Algérie/Contribution , mercredi 22 janvier 2014


>>> Quand un observateur, de culture moyenne, scrute le paysage politique
>>> algérien, à trois mois d’une échéance électorale capitale pour
>>> l’avenir du pays, il est bien obligé de constater que le processus
>>> devant y conduire a été tellement balisé qu’il ne laisse à aucune
>>> surprise l’opportunité d’en fausser la mécanique.
>>>
>>> A moins d’un cataclysme qui emporterait tout sur son passage ainsi que
>>> cela faillit se produire le 5 octobre 1988, une probabilité qui a peu
>>> de chances de se réaliser, compte tenu de l’état des lieux actuel de
>>> la maison Algérie. Il n’y a que les naïfs ou ceux qui font semblant de
>>> l’être qui voient partout le grain de sable qui enrayera le moteur. Il
>>> apparaît, par conséquent, tout à fait superflu de recourir à des dons
>>> d’extralucide pour savoir ce qui se passera durant les trois mois qui
>>> nous séparent du 17 avril 2014, l’exercice s’avérant inutile au regard
>>> du faisceau d’indications fournies par le pouvoir d’Etat qui montre —
>>> sur un arrière-fond de suspense calculé — le sens dans lequel les
>>> choses vont devoir évoluer. Le point de départ du processus a été, en
>>> fait, donné, dès la révision constitutionnelle qui a imposé le mandat
>>> ouvert. Par la suite, l’élimination de la course de Abdelaziz
>>> Belkhadem et d’Ahmed Ouyahia, soupçonnés de vouloir parasiter le
>>> projet et de reproduire «l’impair» commis en 2004 par Ali Benflis, a
>>> fini par déminer le terrain. Indubitablement, donc, la direction
>>> politique du pays a décidé de succéder à elle-même et d’accepter, avec
>>> un parfait mouvement d’ensemble, que son chef, bien qu’amoindri,
>>> physiquement, brigue un nouveau mandat. En plus d’autres motifs
>>> inavoués, la décision est, implicitement, présentée comme obéissant à
>>> des considérations politiques, économiques et sécuritaires,
>>> intérieures et extérieures, qu’on peut décliner comme suit :

>>> 1 - L’Algérie a remporté contre le terrorisme une victoire jugée, ici
>>> et à l’étranger, comme référentielle. Néanmoins, elle demeure
>>> vigilante et prête à faire face, comme à In Amenas, à toute menace de
>>> déstabilisation qui surgirait de l’intérieur de son territoire ou de
>>> son voisinage immédiat. Ce ne serait donc pas le moment de procéder à
>>> un quelconque changement à la tête de l’Etat qui viendrait fragiliser
>>> ou rompre l’unité de rang des institutions nationales et «la cohésion
>>> sociale» obtenues à l’issue d’un long et patient travail de
>>> normalisation de l’islamisme imputé à l’action politique et
>>> diplomatique du président de la République, en exercice, bien que la
>>> corruption, la bureaucratie et les malaises sociaux, provoqués par une
>>> gouvernance médiocre, en aient altéré le résultat final. Plus
>>> fondamentalement, l’Algérie et, en premier lieu, l’establishment
>>> militaire qui constitue une pièce maîtresse du pouvoir d’Etat a tiré
>>> de prudents enseignements des développements politiques et
>>> sécuritaires nés dans le sillage des révoltes arabes de 2011- 2012 qui
>>> s’abîment dans un climat de violence dévastatrice et s’est fixé comme
>>> priorité des priorités la sauvegarde de l’Etat national et la
>>> protection de ses intérêts stratégiques primordiaux, à l’échelle
>>> régionale et internationale, ce qui se déroule en Syrie et en Egypte,
>>> deux autres Etats nationaux arabes menacés par le fondamentalisme
>>> armé, restant en point de mire. Avec une feuille de route aussi
>>> lourde, les centres de décision ont reconnu et convenu que la période
>>> ne saurait, en aucun cas, se prêter à une ouverture — contrôlée ou
>>> libre — qui donnerait du grain à moudre à des forces à l’affût du
>>> moindre appel d’air pour «désorienter» une société encore traumatisée
>>> par la décennie noire et, en même temps, aspirant à une vie décente
>>> que les chiffres du revenu per capita, récemment rendus publics, à
>>> hauteur de 5500 $, donnent pour parfaitement réalisable ;

>>> 2 - les ressources financières brassées par l’exploitation des
>>> hydrocarbures appelée à s’intensifier et à reprendre une courbe
>>> ascendante après la mise en service des gisements nouvellement
>>> découverts constituent «une chance historique» pour réformer
>>> l’économie nationale et accélérer la marche de l’Algérie vers un
>>> statut de puissance régionale émergente. Avant qu’il ne soit trop
>>> tard. Le changement de cap opéré par le gouvernement en place qui mise
>>> sur la ré-industrialisation du pays tout en maintenant à son plus haut
>>> niveau les dépenses publiques finançant la construction massive des
>>> infrastructures de base et la paix sociale, participe de la volonté
>>> d’assurer, selon les partisans de cette thèse, «la continuité dans la
>>> stabilité».

>>> L’afflux à Alger de chefs d’Etat et de délégations étrangères de haut
>>> niveau, intéressés par les projets de développement ambitieux affichés
>>> et rassurés par les indices économiques publiés par les organismes
>>> financiers internationaux, conforte la position des défenseurs de
>>> cette option. «Pourquoi changer, dans cette atmosphère d’embellie
>>> prometteuse, une équipe qui gagne ? Et à quelle autre remettre les
>>> clefs de la maison, au cas où, pour une raison très contraignante, le
>>> carré des décideurs serait amené à envisager une passation de
>>> consignes, considérée, pour le moment, comme hasardeuse ?» est
>>> l’argument massue des défenseurs du 4e mandat qui battent, avant
>>> l’heure, une campagne électorale, sans précédent ;

>>> 3 - d’une manière plus générale, la bourgeoisie d’Etat qui s’appuie
>>> sur un conglomérat hétéroclite de clientèles populistes, réunies par
>>> la chasse à la prébende et aux privilèges indus, pense se maintenir
>>> aux affaires, sur une position dominante, pour longtemps encore, de la
>>> même façon que cela se passe, à quelques nuances près, en Inde, au
>>> Mexique, en Indonésie, etc., où les partis dirigeants gouvernent, pour
>>> certains d’entre eux, depuis plus de 70 ans. L’alternance à laquelle
>>> elle est opposée, par intérêt de classe, ne pourrait s’opérer à ses
>>> yeux, ni à court ni à moyen termes, parce qu’il n’existe pas encore
>>> une opposition, digne de ce nom, pour assurer une relève, dans l’ordre
>>> qu’elle veut, un ordre monolithique qu’elle a installé et consolidé,
>>> en veillant aux «bons équilibres», dans un partage «satisfaisant» des
>>> pouvoirs régaliens et des territoires d’influence ;

>>> 4- A ces considérations de type doctrinal, stratégique ou économique,
>>> s’ajoutent, naturellement, d’autres préoccupations, celles-là liées au
>>> plan de carrière des uns et des autres, des situations de rente dont
>>> on veut pérenniser le gain et la transmission en faveur des
>>> descendants et des collatéraux, une dimension non négligeable dans
>>> l’évaluation de la décision.

>>> Un brusque changement aux commandes de l’Etat risquerait de plonger
>>> les institutions dans la spirale, tant redoutée, des règlements de
>>> compte et de la chasse aux sorcières. Une perspective qui décourage le
>>> plus coriace des «démocrates» du système. Abdelaziz Bouteflika qui
>>> représente, pour la bourgeoisie d’Etat et ses clientèles, le candidat
>>> idéal aux élections de 2014, celui qui garantira la reconduction et la
>>> continuation de son pouvoir, poursuit-il les mêmes objectifs et
>>> partage-t-il les mêmes intérêts, en tant que dirigeant présent dans
>>> les rouages de la Révolution armée puis dans ceux de l’Etat
>>> postindépendance, depuis près de soixante ans ?
>>>
>>> Qu’est-ce qui le pousse à vouloir se maintenir, contre vents et
>>> marées, à la tête de la République, après avoir battu le record de
>>> longévité détenu, jusqu’ici, par le président Houari Boumediene, son
>>> compagnon, mentor et modèle des années fastes ?
>>>
>>> 1 - ceux qui le connaissent, de très près, qui l’ont précédé dans le
>>> militantisme ou qui ont accompagné, par la suite, son ascension dans
>>> l’échelle des responsabilités, disent que Abdelaziz Bouteflika
>>> appartient au club très fermé des survivants de la Révolution qui ont
>>> nourri un grand dessein pour l’Algérie et qui estiment que, tant que
>>> celle-ci n’a pas été, définitivement, soustraite «aux convoitises
>>> intérieures des islamistes et des laïcs, adversaires héréditaires des
>>> indépendantistes et de celles, extérieures, des puissances
>>> étrangères», leur mission reste à parachever jusqu’à son
>>> accomplissement total.

>>> Alibi ou conviction sincère, le fait est que, dernier membre du groupe
>>> d’Oujda, Abdelaziz Bouteflika a été de tous les redressements qui ont
>>> visé à mettre le pouvoir d’Etat à l’abri de la concurrence des
>>> extrêmes, au risque de franchir les lignes dressées par la légalité.
>>>
>>> A ce titre, il ne croit pas à la démocratie et à ses expressions
>>> représentatives, sa préférence allant à la gouvernance autocratique, à
>>> la concentration des pouvoirs entre les mains d’un seul homme, censé
>>> être l’incarnation de la nation.

>>> N’étant donc pas le genre à céder le pouvoir et, encore moins, à le
>>> partager avec un vice- président, ainsi que cela lui fut proposé dans
>>> le cadre de la révision constitutionnelle ajournée, il veut poursuivre
>>> son parcours messianique, en tête, quitte à mourir à la tâche, en
>>> plein effort, à l’image de Houari Boumediène. Il sait très bien le
>>> prix qu’un ancien chef d’Etat est contraint de payer dans la solitude
>>> de l’éloignement du pouvoir et du dessaisissement du sceptre de la
>>> gloire. Il en a ressenti l’amère condition, en suivant, il y a deux
>>> ans, le cortège funèbre du président Ahmed Ben Bella longeant, sous la
>>> pluie, les rues d’Alger désertées par des Algériens oublieux.

>>> La posture qu’il a choisie d’adopter vis-à-vis du pouvoir, en
>>> cultivant l’idée qu’il est le dernier rempart de l’unité et de la
>>> sécurité du peuple qu’il a réussi, selon lui, à réconcilier avec son
>>> essence, et se fixant, dans son bras de fer avec une partie de
>>> l’armée, un nouveau défi, établir «un Etat civil à inscrire dans la
>>> Constitution», lui vaut des appuis, y compris parmi des hommes opposés
>>> à «l’Etat policier et l’Etat intégriste» comme Hocine Aït Ahmed qui
>>> semblent lui avoir accordé un blanc-seing pour postuler, sous cet
>>> égide-là, à un quatrième mandat ;
>>>
>>> 2 - se sachant populaire et, davantage encore, à la suite de sa double
>>> maladie, il donne l’impression d’en jouer et d’en capitaliser les
>>> dividendes, en termes d’opinion, laissant dire à l’homme de la rue
>>> que, malgré cet handicap, il tient encore la barre au service du
>>> peuple. Il faut noter, en passant, que ses ennuis de santé qui
>>> persistent, depuis près de 10 ans, ont largement entamé ses forces
>>> physiques, mais, apparemment pas, son mental, rappelant l’opiniâtreté
>>> avec laquelle des présidents comme Hugo Chavez ou Fidel Castro ont
>>> résisté à des destins contrariés ;
>>>
>>> 3 - quand à ses apparitions et à sa communication, de plus en plus
>>> espacées et de plus en plus furtives — il ne s’est plus adressé à la
>>> nation, depuis son meeting de Sétif de 2012 — ses compagnons les
>>> comparent à celles du président français François Mitterrand, dans les
>>> dernières années de sa vie, durant lesquelles il s’est enfermé dans sa
>>> tour d’ivoire, ses conseillers lui ayant forgé l’image d’un sphinx —
>>> «Dieu» pour les guignols de l’info — entré dans l’histoire de son
>>> vivant. Abdelaziz Bouteflika n’est pas loin de cette image. Celui qui
>>> a présidé l’Assemblée générale des Nations unies et frayé avec les
>>> grands des années 1970 se croit permis aujourd’hui de prendre de la
>>> distance et de la hauteur et de prétendre à la reconnaissance du
>>> Panthéon, sans avoir à en rougir.
>>>
>>> Il est dans le costume d’un président-militant qui veut, tout en étant
>>> accommodant avec certains de ses pairs occidentaux qui soutiennent son
>>> éventuelle candidature, utiliser ce capital pour fédérer et préserver
>>> les grands équilibres d’un pays en ébullition.

>>> Y parviendra-t-il ? Ses forces ne le trahiront-elles pas au moment
>>> fatidique ? Tout son problème est là : comment faire pour ne pas
>>> perdre la face après avoir fait dire, par son entourage, depuis une
>>> année, qu’il se porte bien ? Comment empêcher que toute la
>>> construction, laborieusement échafaudée par ses proches et notamment
>>> par le secrétaire général du FLN, ne s’effondre lamentablement ?
>>>
>>> A quoi aurait servi le remaniement à la tête du Conseil
>>> constitutionnel et des ministères de l’Intérieur et de la Justice,
>>> confiés à des hommes sûrs, issus de la même région ? Après les
>>> hypothétiques candidatures à la candidature de certaines personnalités
>>> de «la famille révolutionnaire» qui ne sont plus à l’ordre du jour,
>>> qu’en serait-il de celles de Sellal, Benflis, Hamrouche, Ouyahia,
>>> Belkhadem, Sadi, Hanoune, etc., à prendre au sérieux, dans le cas où
>>> Abdelaziz Bouteflika serait, pour une raison majeure, forcé de
>>> renoncer à se présenter ? Alors là, la concurrence sera ouverte et
>>> l’establishment sera — à moins d’une solution musclée — contraint de
>>> laisser faire «les enfants du système» s’exercer à préparer,
>>> graduellement, une indispensable période de transition, vers un
>>> minimum de démocratie. La société, qui ne se contentera pas de ce
>>> minimum, saura toutefois faire preuve de discernement pour séparer le
>>> bon grain de l’ivraie et opérer les choix qui lui paraîtront justes.
>>> Elle jugera sur pièces, c'est-à-dire à partir d’une lecture critique
>>> des programmes. L’Algérie remportera, à ce tournant de son histoire,
>>> une victoire sur ses vieux démons et se prouvera, en entrant, de
>>> plain-pied, dans son siècle, qu’elle n’a pas subi, pour rien, les
>>> épreuves de 52 années de luttes populaires pour le triomphe de la
>>> vérité, de la justice, du progrès et de la démocratie. Vue de l’esprit
>>> ou perspective possible ? Le proche avenir nous le dira.