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Propreté - Village le plus propre- Zougba/Kabylie

Date de création: 20-11-2013 17:33
Dernière mise à jour: 20-11-2013 17:33
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HABITAT  – VILLAGE -  – PROPRETE- VILLAGE LE PLUS PROPPRE  -ZOUBGA

. Parmi les villages de Kabylie, celui de Zoubga (prononcez Zouvga),  est intimement lié à la propreté et à l’incarnation de l’ancienne organisation «tajmaât», à laquelle échoit la gestion des affaires du village, connue dans toute la région de Kabylie depuis des siècles.

Situé à quelque 70 kilomètres au sud du chef-lieu de wilaya de Tizi Ouzou et relevant administrativement de la commune d’Illilten, daïra d’Iferhounen, le village Zoubga a décroché haut la main, et par deux fois, le premier prix baptisé du nom de feu Rabah Aïssat, ancien P/APW de Tizi Ouzou assassiné par un groupe terroriste, des villages les plus propres de la wilaya, le premier en 2007 et le deuxième en 2013. Zoubga est un village modèle dans la gestion des affaires de la communauté villageoise, un modèle basé sur la traditionnelle et ancestrale «tajmaâth» (assemblée) qui constitue un organe suprême où toutes les décisions concernant la communauté sont prises en toute démocratie. Ce mode de gestion ancestral est appliqué à la lettre dans ce village où tout le monde adhère volontiers aux décisions et actions prises par cet organe suprême,

Rien n’est laissé au hasard par les membres du comité du village Zoubga pour accueillir leurs hôtes venus pour s’imprégner des voies et moyens utilisés (mi-novembre 2013) par ce village pour arriver à se distinguer comme village le plus propre de Kabylie et peut-être de toute l’Algérie. Dans ce village, la propreté est visible partout et à tout moment, c’est à croire qu’il n’est pas habité. Dans ce village vivent toujours et en permanence quelque 400 à 500 âmes. Comme les autres citoyens du pays, ceux du village Zoubga génèrent eux aussi des ordures dont on ne trouve  toutefois aucune trace sur les allées ou places du village qui respire en permanence la propreté et décline une beauté éblouissante par l’aménagement magnifique par la pierre taillée de toutes ses allées, agrémentées, dans certains endroits, d’un décor artistique effectué par un artiste du village, par la brique pleine de sa placette au milieu duquel trône un arbre et qui sert de lieu de rencontre des villageois et des assemblées du comité de village, particulièrement en été. Une statue en bronze représentant un bûcheron trône également dans un coin de cette belle placette du village en hommage aux anciens de Zoubga qui pratiquaient, dans leur écrasante majorité, le métier de bûcheron, grâce auquel ils subvenaient à leurs besoins.
Au sous-sol d’une petite bâtisse constituant une salle d’accueil pour les  hôtes du village, se trouvent des toilettes publiques, structures qui sont inexistantes mêmes au niveau des centres urbains de la wilaya. Ces sanitaires publics ne datent  pas d’hier, mais ils existent depuis très longtemps, selon les membres du comité de village Zoubga qui rappelent que leurs aïeux avaient également réservé une chambrette pour héberger leurs hôtes, notamment les marchands ambulants de jadis, et une écurie pour leurs bêtes. C’est dire que cette parfaite organisation dont est notoirement connu le village Zoubga n’est pas le fruit du hasard, et encore moins une judicieuse trouvaille de la génération actuelle, mais elle n’est en fait qu’un précieux legs de leurs aïeux. Dans un autre coin de la même placette est implantée la mosquée du village, datant des années 1800. Le minaret de cette mosquée à l’architecture locale a été  érigé en 1924,

Le cimetière du village, très bien entretenu, est un autre lieu très respecté par les villageois. «C’est là où reposent en paix, près de nous, les vivants, nos aïeux. Il est strictement interdit d’entrer, de traverser et de stationner à l’entrée et à l’intérieur sous peine d’une amende de 500 dinars ; idem pour le jet d’ordures, l’abattage des arbres, s’asseoir sur les tombes… » explique-t-on . Un centre de santé, une maison de jeunes et une fontaine réalisés sur les fonds propres du village ont fini par constituer une boucle autour de cette magnifique placette du village où le visiteur ne trouve aucune trace de mégots, de «chamma» et autres déchets dont le jet par terre est interdit et soumis à une amende de 500 dinars. Même fumer dans les lieux fermés appartenant au village est interdit par le règlement intérieur du village qui sanctionne tout contrevenant avec une amende de 500 dinars.
La loi régissant le village Zoubga mise en place pour «se prémunir de diverses tracasseries et essayer de préserver un cadre de vie agréable pour tous» est tirée «de la situation vécue au village et votée pour répondre à un réel besoin  de réglementation dans le but unique de mieux vivre ensemble». Le règlement intérieur du village Zoubga, composé de 11 feuillets est voté par l’assemblée du village, s’applique à tous, sans aucune exception. Ce livret de loi régissant la gestion des affaires du village est remis à tous les chefs de famille  qui auront pour devoir de le faire lire à tous ses membres et de les inciter à le respecter. Dans ce livret, «le montant des amendes a été relevé volontairement et fortement afin d’être dissuasif», lit-on dans ce document divisé en huit chapitres.
Ces chapitres traitent des devoirs de tous les villageois quant à la préservation du cadre de vie, des espaces communs, des lieux de culte, de l’environnement, des ressources en eau et de la solidarité villageoise. Tout comportement susceptible de remettre en cause les clauses de ce règlement ou de porter atteinte au cadre de vie dans le village, notamment le tapage nocturne, vente d’alcool et de drogue, dispute sur la voie publique, jeux sur la même voie… est sévèrement puni. Une amende de 10.000 dinars et une plainte au service de police sont mentionnées dans le règlement intérieur contre la vente d’alcool ou de drogue au village, une amende de 10.000 da pour le tapage, nocturne ou diurne, lit-on encore dans ce même document. Tout est réglementé dans ce village modèle en matière de propreté et de vie harmonieuse. Tout acte malveillant est soumis à une amende allant de 200 à 10.000 dinars. Dans ce village, l’irrigation des jardins, sauf arbuste de moins d’un an et le gaspillage d’eau constaté l’été sont punis par le payement d’une amende de 5.000 dinars, plus déclaration au service concerné de l’APC.
Même la mosquée du village est protégée par ce règlement dans lequel il est strictement interdit d’entrer, sauf pour faire la prière, la lecture, ou pour effectuer des travaux et des dons. Tout contrevenant se voit infliger une amende allant de 200 à 800 dinars. Au village Zoubga, le non-respect du Ramadhan dans les lieux publics est également puni par le payement d’une amende de 300 dinars. La loi du village acceptée et respectée par tous les villageois a institué également des amendes contre le jet d’ordures dans les champs et dans les anciennes décharges (1.000 da) et sur la voie publique ou tout autre lieu inapproprié (200 da), matériaux et gravats stationnés sur la voie publique plus de 8 jours (500 da+nettoyage), détérioration des parvis (500 da). Parallèlement à ces amendes, le comité du village a mis tous les moyens pour la collecte des ordures générées par la population du village. Un tracteur, acquis sur fonds propre, est mis à disposition pour le ramassage de ces ordures qui seront ensuite transportées à la décharge publique.
Aucun manquement aux horaires de sortie des ordures n’est toléré dans ce village, apprend-on. Tout marche comme sur des roulettes, contrairement à d’autres localités de la wilaya où le paysage est défiguré par la prolifération des ordures. Les membres du comité de village de Zoubga veillent sur le respect par tout un chacun de l’organisation établie. Tout le monde se doit d’appliquer les décisions prises par l’assemblée du village. La présence de tous les citoyens âgés de 18 à 60 ans est obligatoire au volontariat (youfak) organisé chaque fois que nécessaire et la présence en tenue de travail et avec un outil est également obligatoire, faute de quoi la personne sera considérée comme absente. L’absence non justifiée est soumise à une amende de 1.000 dinars. Le village de Zoubga prend également en charge les funérailles de toute personnes décédée et sanctionne sévèrement les absences non justifiées à ces mêmes funérailles (amende de 2.000 dinars).
C’est là où réside le secret de la réussite de l’organisation de ce village, entouré de montagnes, où la vie en parfaite harmonie est maîtresse des lieux. Un trajet de pas moins de deux longues heures à partir de la ville de Tizi Ouzou est nécessaire pour arriver à ce village, après avoir passé par Larbâa Nath Irathen, Aïn El-Hammam et Iferhounen. Des panneaux peints aux couleurs de la nature et sur lesquels est écrit «Protégeons la nature» sont implantés à quelques mètres de l’entrée du village Zoubga, une entrée qui vous laisse déjà devinez ce que sera l’intérieur du village où les anciennes maisons laissent de plus en plus la place aux nouvelles habitations. Le visiteur est tout de suite émerveillé en posant pied au cœur du village. Cet émerveillement montera crescendo en parcourant les principales petites ruelles pavées en pierres taillées où on ne  trouvera aucune trace de déchets aussi insignifiant soit-il.

Il y a , aussi, un musée du village, une maison traditionnelle dans laquelle sont entreposés plusieurs anciens outils utilisés par les anciens du village, notamment les outils du bûcheron, de tissage, de labour… Quelques mètres plus loin, c’est une fresque réalisée sur un mur d’une autre maison ancienne à la mémoire d’un citoyen du village, en l’occurrence feu Da Amara Bouzidane, de son vivant bûcheron, mort sans laisser de descendance. Pour qu’il ne soit pas oublié, le comité du village a décidé de le perpétuer par cette statue en signe de reconnaissance à ses qualités. Un signe fort de la solidarité, ne cessaient de commenter les parlementaires présents.
Non loin de là, se trouve la crèche du village, où sont pris en charge une vingtaine d’enfants. Les en,fants sont suivis par une jeune fille du village, formée et payée par la caisse du village, qui leur apprend, les initie à apprendre beaucoup de choses. Cette crèche est en activité depuis plusieurs années déjà et fonctionne par les cotisations des vilageois, nous apprend-on. Une ancienne maison traditionnelle est aussi maintenue en bon état par le comité du village pour qu’elle reste témoin de ce qu’a été leur village et du mode de vie de leurs aïeux. Très actifs, les habitants, particulièrement les jeunes, du village Zoubga sont déterminés à perpétuer cette organisation reçue en héritage, mais substantiellement améliorée.
Ils poursuivent avec hargne et abnégation leur œuvre de consolidation de la solidarité villageoise et de l’amélioration du cadre de vie dans ce village où la vie serait très dure sans cette parfaite organisation qui devrait être généralisée à l’ensemble des villages de l’Algérie.

Bel. Adrar (journalistes)(c)