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Basilique Saint Augustin - El Watan Week end/Mélanie Matrèse

Date de création: 11-10-2013 15:35
Dernière mise à jour: 21-10-2013 15:56
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CULTURE – ENQUETES ET REPORTAGES– BASILIQUE SAINT AUGUSTIN- EL WATAN WEEK END/MELANIE MATARESE

 

 

Annaba : «Lalla Bouna» retrouve la lumière

 

 ©Mélanie Matarèse/  El Watan Weekend , vendredi 11 octobre 2013

 

Après Notre-Dame d’Afrique à Alger, Français et Algériens ont à nouveau mis leurs moyens en commun pour restaurer un autre joyau de l’Eglise en Algérie : la basilique Saint-Augustin, à Annaba. L’inauguration, le 19 octobre prochain, sera l’occasion de re(découvrir) «Lalla Bouna».

«L’enjeu n’était pas simplement de faire revivre un bâtiment ancien ! Le projet était aussi symbolique. Car saint Augustin fait partie de l’histoire anté-islamique des Algériens, qui se reconnaissent dans les valeurs d’amour qu’il nous transmet…» Paul Desfarges, évêque de Constantine et d’Hippone, tient à faire passer le message : la restauration de la basilique Saint-Augustin, à Annaba, n’est pas le chantier de la seule communauté chrétienne. A l’image de la basilique Notre-Dame d’Afrique, à Alger, «Lala Bouna», comme on la surnomme ici, a fédéré Français et Algériens autour de sa rénovation. L’inauguration, prévue le 19 octobre prochain, consacrera plus de six ans de travaux (ils se sont terminés en juin 2013).

Coût total de cette restauration : près de 500 millions de dinars. Une convention a été signée entre la ville de Annaba et celle de Saint-Etienne, avec qui elle est jumelée, et entre la wilaya de Annaba et la Région Rhône-Alpes. «La wilaya a dégagé une enveloppe de 30 millions de dinars, précise l'ancien wali, Mohamed El Ghazi, qui a par ailleurs demandé le classement de la basilique parmi les monuments historiques du pays. Et la commune de Annaba s’est jointe à cet effort par une subvention de 60 millions de dinars.» Parmi les autres donateurs : l’ambassade de France, l’ambassade d’Allemagne, des entreprises publiques et privées algériennes et étrangères (Air Algérie, Algérie Télécom, Sider, Sonelgaz, Total, Vinci, etc.), ainsi que de nombreuses églises et communautés religieuses (l’Ordre de Saint-Augustin, la Conférence des Evêques d’Italie, l’Eglise d’Allemagne…) et le pape en personne !

«Connaissant l’attachement du Saint-Père à saint Augustin, sur qui il a fait ses études, je lui ai écrit pour le solliciter et il a accepté de nous faire un don personnel», témoigne Monseigneur Desfarges. Le 2 mai 2014, une autre inauguration est prévue, cette fois-ci avec le nouvel orgue. «Nous n’avons pas pu restaurer l’ancien, construit en 1930, confie Laurent Bercher, responsable du projet. C’était un orgue de salon destiné à un patron de journal à Alger où il est resté avant d’arriver dans la nef centrale de la basilique en 1950. Mais en 1970, il n’a plus fonctionné. Les experts ont dit qu’on ne pouvait pas le refaire à l’identique, qu’on ne pouvait pas non plus le refaire en Algérie. Le nouvel orgue sera un modèle à transmission électrique, doté d’un petit ordinateur, et il aura une vocation à la fois liturgique et culturelle, ce qui permettra donc d’organiser des concerts dans la basilique.»

Elevée sur une colline, dominant les ruines de l’antique cité d’Hippone et la mer, la basilique, est, par son inspiration, les matériaux choisis et l’exécution, un pur produit méditerranéen. Pour la petite histoire, c’est en 1839, que Monseigneur Dupuch, évêque d’Alger, fervent admirateur de saint Augustin et grand amoureux d’Hippone, voulut redonner à Hippone sa gloire de l’Antiquité et jeter les fondations d’un groupe comprenant une basilique, une bibliothèque, un monastère et une maison d’accueil. Ce projet ne vit jamais le jour. Le chantier commença avec le cardinal Lavigerie, archevêque d’Alger. La première pierre fut posée en 1881 et la basilique consacrée en mars 1900.

Le plus grand défi pour les ouvriers du chantier : les 140 vitraux ! Très dégradés, déformés, pour certains cassés, ils nécessitent un important travail de restauration. «Il a fallu retrouver les modèles originaux du maître verrier qui les a posés il y a plus de 100 ans !», poursuit le maître d’ouvrage. Le trésor se trouvait à l’atelier Berthier-Bessac de Grenoble. Mais c’est l’atelier Cassiopée à Marseille qui a délocalisé ses experts à Annaba pour redonner aux vitraux tout leur éclat. «Nous avons une série, absolument magnifique, de vitreries peintes retraçant la vie de saint Augustin, de type sulpicien. C’est une technique très précise, utilisée par les maîtres-verriers français au milieu du XIXe siècle et au début du XXe, explique Vincent Peugnet, maître-verrier et gérant de l’atelier-vitrail Cassiopée à Annaba. C’est la raison pour laquelle on retrouve beaucoup de ce genre de vitraux dans les églises françaises, un peu aux Etats-Unis et rarement en Europe à cause des destructions de la Seconde Guerre mondiale. Ces vitraux ont un fini photographique.»

«Les murs extérieurs grattés, les enduits refaits, et tout a été repeint, résume le père Ambroise Tshibangu, recteur de la basilique. Mais comparé à Notre-Dame d’Afrique, il y a eu très peu de travaux de pierre.» Sur le toit, Laurent Bercher, responsable du projet de restauration, précise : «Tout ce qui concerne la toiture a été refait, y compris la frise de carreaux en bleu, jaune et vert. En fouillant dans les archives, on a découvert que la foudre était tombée sur le clocher en 1956 et en avait fait tomber un morceau.» Quant aux cloches (sur la photo), sans corde, elles n’ont plus sonné depuis 1962. Mais elles sont d’origine.

Saint-Augustin n’est pas un saint comme les autres. S’il est né à Souk Ahras en 354 et fut évêque d’Hippone où il décédera en 430, il a longtemps été considéré par l’élite du pays comme un suppôt de l’impérialisme romain. Il faudra attendre 2001 pour qu’il soit «officiellement» réhabilité par le président Abdelaziz Bouteflika qui lui consacre alors un colloque international.

«Exposée aux sels marins et aux sels sulfureux de l’environnement industriel dans lequel elle se trouve, la basilique exige des travaux plutôt classiques, comme ceux d’une vieille maison qui n’a pas été entretenue pendant 130 ans : réfection des charpentes, remplacement des tuiles, rafraîchissement des façades…, énumère Dominique Henry, le maître d’ouvrage. Disons que ces travaux n’exigent pas la technicité de ceux réalisés à Notre-Dame d’Afrique qui demandait un renforcement du bâtiment plus technique compte tenu de son implantation en zone sismique.»

                                                                                                                                         ©Mélanie Matarese
Voir aussi in www.lefigaro.fr/algerie du 18 octobre 2013, article de Mélanie Matarèse et photos de Adlène Meddi