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Vacances à l'étranger- El Watan/Fella Bouredji

Date de création: 17-08-2013 15:13
Dernière mise à jour: 17-08-2013 15:13
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TOURISME – ENQUETES ET REPORTAGES – VACANCES A L’ETRANGER – EL WATAN/ FELLA BOUREDJI

Les départs en vacances battent leur plein

Les Algériens mettent le cap sur la Turquie et le Maroc

© El Watan – Fella Bouredji, samedi 17 août 2013

 

Officiellement lancée le 2 juin, la saison estivale démarre à peine. Encore une fois raccourcie par le mois sacré, l’été algérien ne durera qu’un mois cette année. L’heure est aux départs en vacances : à l’étranger pour ceux qui peuvent se le permettre. Pour les autres, cap sur les 14 villes côtières du pays.

Répit. Après un Ramadhan harassant, place aux vacances. Les plages sont prises d’assaut, les agences de voyages battent leur plein des réservations et les compagnies aériennes affichent complet. Cette année encore, l’Algérie aura raté une énième occasion de lancer son tourisme. A défaut d’être un pays de destination, elle persiste à être un pays émetteur que plusieurs nations se disputent. Que propose-t-on précisément aux Algériens pour la saison estivale 2013 ? A quelques différences près, les mêmes destinations que les années précédentes. Au top du classement, la Turquie, destination préférée, est toujours en tête. Fait surprenant, cette année, le Maroc suscite de plus en plus d’engouement, comblant le vide laissé par la Tunisie de moins en moins attractive et l’Egypte carrément absente des listes des pays proposés.

La situation sécuritaire post-Printemps arabe ne cesse de changer la donne des flux touristiques dans le bassin méditerranéen et c’est le Maroc, devenu deuxième destination touristique du continent après l’Egypte (Organisation mondiale du tourisme /2012), qui en tire de plus en plus profit, laissant l’Algérie dans son éternelle léthargie touristique. Malgré ses 1200 km de côtes et un discours officiel rassurant, elle continue d’être boudée par les Occidentaux autant que par les Algériens eux-mêmes. Au niveau local, les offres restent très peu attractives avec un rapport qualité/prix prohibitif. On ne reste en Algérie que lorsqu’on ne peut s’offrir un ailleurs dispendieux. Exception faite pour les nantis qui s’envolent vers d’autres cieux qui ont de quoi faire rêver un touriste algérien très peu habitué aux voyages. Malte, Grèce, Espagne, les Seychelles, la Malaisie… des destinations «luxueuses» (accès difficile au visa et tarifs onéreux). Pour les autres, ce sera encore une fois la Turquie, le Maroc et la Tunisie pour les plus téméraires. Petit tour d’horizon de l’offre et de la demande.


La Turquie au top du classement


La Turquie, une destination idéale pour les Algériens ? A Bodrum, Antalya ou Istanbul, le dépaysement est assuré, la liberté de se détendre est garantie, le tout dans un cadre «oriental» très rassurant pour des milliers d’Algériens. «En plus, on peut faire du shopping, la vie n’est pas très chère en Turquie», explique un habitué. Ils sont près de 80 000 à s’y rendre chaque été, bien que la destination n’a pas toujours de quoi contenter les petites bourses. Le voyage en Turquie coûte en moyenne 200 000 DA par personne, billet compris. Les prix varient d’une agence à une autre et n’était-ce la cherté des billets d’avion, la Turquie se taillerait une plus grande part dans le marché algérien. Allant de 40 000 jusqu’à 90 000 DA, les prix des billets vers la Turquie ne sont pas fixes sur Air Algérie autant que sur Turkish Air Lines.
 

Le Maroc destination à la mode


Les tarifs dépendent des dates, des quotas des tarifs promotionnels et des billets plein tarif. Un élément dissuasif pour de nombreux Algériens qui n’ont d’autre choix que de se rabattre sur le Maroc, dont le prix du billet est plus accessible (30 000 DA en moyenne quand on réserve assez tôt).
«Il y a une forte demande pour le Maroc cette année. Les gens se rabattent sur cette destination même si c’est plus cher que la Tunisie, parce que le voyage est plus attractif», explique Rachida Lamrani, agent de voyages. Et d’ajouter : «Les packages comprennent trois villes généralement. Fès, Marrakech et Agadir pour une dizaine de jours pour seulement 130 000 DA, billet compris. Les partenaires marocains ont fait beaucoup d’efforts cette année pour attirer le touriste algérien», souligne encore la représentante de Dany Voyage, l’une des nombreuses agences qui a mis le paquet sur cette destination. Le Maroc, devenu la deuxième destination touristique du continent, séduit de plus en plus les Algériens qui lui préféraient largement la Tunisie il n’y a pas si longtemps. Les chiffres gonflent. Près de 90 000 Algériens se sont rendus au Maroc en 2012, et selon les estimations de l’Office marocain du tourisme (ONMT), ils seront encore plus nombreux cette année. Le ministre marocain du Tourisme, Lahcen Haddad, qualifie, à juste titre, l’Algérie de marché «prometteur». Les voyagistes algériens surfent sur la vague et tentent de satisfaire la demande à tâtons. Dans une autre agence de l’Algérois, Discovery Voyage, on affirme sans conteste que «le Maroc est le produit à la mode en ce moment».
 

La Tunisie en perte de vitesse


Et pour cause, les autorités marocaines ont particulièrement pris pour cible les Algériens pour la saison estivale 2013. «Le marché algérien a enregistré une progression importante l’année dernière, les chiffres pourraient croître à l’avenir», s’est réjoui, en juin dernier, le ministre marocain du Tourisme, Lahcen Haddad, en marge d’une réunion à Fès avec une délégation d’opérateurs touristiques algériens.
Ainsi, l’ONMT prévoit même d’ouvrir un bureau à Alger et de renforcer les liaisons aériennes. «En attendant l’ouverture inévitable des frontières terrestres», dixit le ministre marocain du Tourisme. L’espoir est d’autant plus permis que la Tunisie ne cesse de perdre du terrain. La Tunisie, bien que toujours appréciée, étant la destination la moins chère, pose problème. L’instabilité post-Printemps arabe continue de faire vaciller l’enthousiasme des Algériens. «Il y a eu beaucoup d’annulations cet été», confirment plusieurs voyagistes. «Il y a de moins en moins d’engouement pour la Tunisie. Les prix de l’hôtellerie ont carrément doublé, nous avons constitué un groupe de 40 personnes en départ vers la Tunisie, l’an dernier à la même période, nous avions le triple», explique un agent de voyages (QuickMania). Les agences continuent néanmoins à proposer des départs vers la Tunisie, mais «seulement avec des voyages à la carte».

«La Tunisie est toujours proposée mais avec des voyages à la carte. Pour exemple, on mise beaucoup sur Tabarka, première ville après la frontière où le prix de location d’un appartement est proposé à 60 000 DA pour une durée d’une semaine», confie encore Rachida Lamrani (Dany Voyage). Pour les habitués qui maîtrisent parfaitement le voyage par route, la Tunisie reste un havre de paix indétrônable pour les petites bourses. De l’avis de Bachir Djeridi, président du Syndicat national des agences de voyages
(SNAV) : «Même si la demande augmente pour le Maroc, tant qu’il n’y aura pas d’ouverture de la frontière terrestre, le Maroc ne pourra jamais rivaliser avec la Tunisie.» Ce qui fait de la saison estivale 2013 une saison aussi «plate et fade» que toutes celles qui l’ont précédée, conclut-il. C’est dit.            
 

L’Algérie, grande perdante :

Près de 22 millions d’estivants (exclusivement Algériens ?) sont attendus, cette année, à travers les différentes plages des 14 wilayas côtières du pays. Depuis le mois de juin dernier, l’affluence serait de 21 514 490 estivants, selon le secrétaire d’Etat chargé du Tourisme, Mohamed-Amine Hadj Saïd, marquant une «nette amélioration». Le discours officiel ne cesse d’être rassurant. Le ministre du Tourisme, Mohamed Benmeradi, vient même de promettre qu’en 2025, l’Algérie concurrencerait le Maroc, la Tunisie et même la Turquie. Reste à savoir comment.

Sur le terrain, la réalité est amère. Absence d’espaces de loisirs, manque d’infrastructures hôtelières, anarchie sur les plages et rejet systématique de l’étranger. Rien n’est fait pour proposer des séjours en Algérie aux étrangers. Il n’y a même pas de quoi convaincre les Algériens qui y vivent. De ce fait, les agences de voyages ne proposent pas, ou très peu, la destination Algérie. Certaines acceptent de faire du sur mesure. Mais le manque d’infrastructures et les prix trop élevés dissuadent.

Le tour opérateur public Touring voyages Algérie propose des séjours dans différentes villes côtières. «Mais les offres locales ne marchent pas», avoue un agent de Touring Algérie. «On ne comprend pas…», s’étonne-t-il. L’explication s’impose pourtant.

Des appartements en bord de mer sont cédés à la location à 8000 DA/jour. Ce qui équivaut à 60 000 DA la semaine. Pour le même prix, on peut se dépayser en allant en Tunisie, où les infrastructures sont nettement meilleures et où le cadre se prête amplement aux loisirs et à la détente, malgré l’instabilité sécuritaire. De l’avis du président du Syndicat national des agences de voyages, Bachir Djeridi, «tant que la demande dépassera de loin l’offre, les agences ne pourront pas proposer des séjours en Algérie pour les Algériens. La qualité de l’offre n’est pas attractive, les hôtels refusent de jouer le jeu en refusant d’adopter des tarifs préférentiels». S’offrir des vacances en Algérie coûte parfois aussi cher que d’opter pour un voyage à l’étranger.

Les hôtels étant inaccessibles (tarifs exorbitants pour une qualité de service qui laisse à désirer), beaucoup d’Algériens se rabattent sur la location de bungalow en bord de mer. «L’Algérie est le seul pays au monde où les tarifs de l’hôtellerie sont les mêmes du 1er janvier au 31 décembre», précise encore Bachir Djeridi. Alimentant un véritable marché du tourisme informel, ne créant aucun emploi et ne générant aucun impôt, ces locations sont proposées par des particuliers de bouche à oreille, sur des sites internet ou encore par des agences immobilières. Leurs prix varient : entre 200 000 et 400 000 DA par mois. Soit, bien plus de dix fois le SMIG. C’est déjà un luxe que très peu peuvent s’offrir.

 

                                                                                                   © Fella Bouredji