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Romans et Essais

Date de création: 30-07-2013 09:31
Dernière mise à jour: 30-07-2013 09:31
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POPULATION - BIBLIOTHEQUE D'AL MANACH - ROMANS ET ESSAIS

D’aveux et de nostalgie. Un roman de Zhor Ounissi. Traduit de l’arabe par Mehenna Hamadouche. Editions Alpha.. Alger 201. 180 pages, 450 dinars

Elle est née à Constantine. Elle y a grandi. Moudjahida, journaliste, militante de la cause des femmes , première femme ministre, sénatrice…. Toujours sur le front, elle a tout d’une grande.

Elle a déjà écrit plusieurs livres (des nouvelles, une pièce de théâtre,…..) mais celui-ci est certainement le plus « entier », le plus accompli d’autant que la traduction a su rendre l’émotion qui le parcourt. Elle remonte le temps, en « revenant » à Constantine, Sa ville tant aimée (avec Skikda, cela s’entend) , la ville qui, on le sent, la « possède ». Une ville  aujourd’hui  totalement défigurée ,mais toujours avec quelques  beaux restes.  Surtout sa vieille ville (Ya hesra ya zman !) avec ses ruelles étroites et ses échoppes, ses personnages et ses familles vivant « à la dure » , tout particulièrement durant la colonisation…..une occupation que l’on ne voit pas mais que l’on sent bien présente, surveillant et réprimant le moinde écart.   

Des vérités et de la nostalgie. L’histoire : celle d’un homme qui retourne sur les lieux de sa jeunesse et qui « vadrouille » sur les chemins de sa première vie, avant le maquis puis l’exil on ne sait où (un choix de l’auteure que l’on sait stratégique , car c’est bien plus facile pour un homme que pour une femme de se mouvoir partout dans une ville encore assez conservatrice)….mais qui doit repartir, tout en laissant une (on dit bien une, ce qui est tout dire ) « ancêtre » veiller sur la maison de son enfance. Mais aussi, des réflexions sur la cité et les hommes, sur la société et le pays, sur le passé et le futur. Un roman- essai philosophique ? Un roman-docu fiction? A vous de choisir.

 Avis : Les ouvrages traduits sont toujours difficiles à « comprendre », car il y a toujours une part de « trahison ». Celui-ci l’est un (tout petit) peu……mais on se laisse , au fil des pages, emporter, par l’histoire  et, surtout, par l’immense Histoire d’une ville qui, on l’espère , va ressortir de sa torpeur intellectuelle pour ne plus compter seulement sur le malouf , Dimajazz et le Csc et le Moc (sans leurs problèmes)

                                                            

Phrases à méditer : « L’âge ne se compte pas en nombre d’années passées, mais en nombre d’années vécues » (p.92), « Les cimetières musulmans sont des espaces morts, alors que les nécropoles chrétiennes et juives sont de véritables jardins verdissants, comme si leurs morts étaient accueillis dans un paradis terrestre avant même qu’ils montent au ciel, bien qu’on dise d’eux qu’ils sont promis à l’enfer » (p.126), « Tuer le temps n’a rien de criminel juridiquement parlant, mais , il est le pire crime moral qui puisse exister » (p.165)

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 Une enfance singulière. Un roman ( autobiographique?) de Fadela M’Rabet. Editions ANEP. Alger  2004. 117  pages, 200 dinars.

 

Connaissez-vous Fadila M’Rabet, la bête noire du pouvoir au milieu des années 60 ? Pas féministe pour un sou comme on a voulu le faire croire à l’époque, mais ardente combattante pour le respect et la dignité de la femme dans notre pays ! Son émission – hebdomadaire, si je me souviens - à la radio (Chaîne III) avec son époux Tarik (Tarik Maschino, un militant engagé très tôt pour la libération du pays) faisait un « tabac »…et ses deux livres (1965 et 1967…édités à l’étranger, assurément… interdits de diffusion et de lecture en Algérie…et à l’époque, ça ne « rigolait » pas avec ces choses -là) fut vite « dénoncée » sous la    pression des lobbies conservateurs et pseudo-révolutionnaires …..et ,vite fait, interdite. Ne restait plus que l’exil, car on le devine, être opposant politique à l’époque, ça pouvait toujours s’arranger quelque part, mais être « opposant sociétal »….dehors ! Aujourd’hui encore. Pour une femme, c’est encore pire.

Un exil qui, peut-être, l’a brisé quelque part durant longtemps,  car on lui a ôté une partie de ses racines auxquelles elle tenait tant. Son enfance et ses vacances à Collo, sa jeunesse à Skikda, sa scolarité au sein d’un milieu hostile et raciste à l’occasion , les horreurs environnantes de la misère, de l’ignorance  et de la répression (elle a « vu » les exécutions de mai 1945) …issue d’ une famille (une immense famille de la région où les mots culture ,authenticité et nationalisme ne sont pas vains et creux, et dont le père était un proche de Benbadis), une famille ouverte sur le monde  mais dont  le patriarche, malgré son amour immense pour ses enfants et son « modernisme »,  avait le côté Pater familias de son temps, ancré dans certaines de ses certitudes (ou, bien plutôt, subissant les contraintes objectives de l’époque, d’autant que le colonialisme guettait et exploitait la moindre faille),Fadela   n’a dû son équilibre, son entêtement à réussir et sa force de caractère,  face à la « haine et la cruauté des hommes » à l’endroit des femmes , des hommes qui , « terrorisés » (par quoi ?lire la courte mais pertinente analyse page 105 à 113) « deviennent des terroristes »….que grâce à une femme, sa grand-mère, Djedda, une mémé comme  n’en fait plus.

Ce n’est pas un roman. Ce ne sont pas des mémoires. Ce n’est pas une autobiographie. Ce n’est pas un essai. Un savant mélange. Juste un livre de souvenirs qui nous replonge dans notre passé. Un passé dur, très dur. Mais qui, au sein de la famille et de la société algérienne (car, les « autres » vivaient en-dehors et au-dessus) voyait une humanité certaine. On ne vivait pas bien, mais la vie était bonne. Ceci dit, en dehors du problème et de la situation de la femme qui perdurent ! Mais ça, Fadila M’Rabet sait, plus que bien d’autres, de quoi elle parle. C’est seulemnt  ces toutes dernières années qu’elle s’est « réconciliée  »  avec le pays. On la re-découvre (avec, « Le café de l’Imam » , puis « La salle d’attente » , les deux aux Editions Dalimen, en 2011 et en 2012) et c’est tant mieux pour la littérature nationale …et pour les luttes féminines!

 

Avis : Se lit d’un trait…comme un roman, un  roman de la vraie vie. Et pour les plus jeunes, ils découvriront l’engagement (en faveur de l’émancipation de la femme) et le style décidé (limpide, allant droit au but)  d’un grand auteur (ou essayiste) qui , elle, sait penser, pense encore librement et sait écrire ; un écrivain  que l’Algérie a perdu durant près de 40 ans. De plus, Docteur en biologie, maître de conférences et praticien des hôpitaux, ce sont les « autres » qui ont profité de ses compétences. Misère de misère !

 

 

 

 

 

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L’automne des femmes arabes. Chronique du Caire et de Tunis. Un « reportage » de Djemila Benhabib. Koukou Editions, Alger 2012 .138  pages, 400 dinars

 

Connaissez-vous Djemila Benhabib. C’est déjà une auteure (plus essayiste que romancière mais, ne vous inquiétez pas, cela ne saurait tarder) connue surtout pour son style , assez journalisteque et très engagé (sans être gratuitement polémiste) au service de la laicité,contre le voile et pour la liberté de la femme,   sobre et direct, sans détours. Droit au but ! Elle avait  , déjà , « commis » deux ouvrages qui avaient fait beaucoup de bruit : « Ma vie à contre-Coran. Une femme témoigne sur  les islamistes », un témoignage -essai de 269 pages, 690 dinars, en 2009 (édité en Algérie en 2010 par les éditions Koukou) et une étude-essai, « Les soldats d’Allah à la conquête de l’Occident », 327 pages, 800 dinars,  en 2011 (édité en Algérie en 2012, toujours par Koukou éditions ) . Il y a peu, beaucioup de bruit….surtout au Canada, car ….tenez-vous bien, elle s’était présentée comme candidate députée aux élections québecoises de 2012.Elle avait  soulevée la fureur  des « religieux » lorsqu’elle est  allée jusqu’au bout de ses convictions en déclarant , en pleine campagne, « qu’un crucifix trônant au-dessus de la place du président de l’Assemblée nationale du Québec n’a pas sa place dans un Etat moderne ». Elle a perdu (de peu) les élections, mais elle a gagné l’estime des démocrates…...et la notoriété…..engrangeant plusieurs prix littéraires  Ce qui l’a amené à signer l’ouvrage présenté . Des séjours au Caire puis à Tunis, au printemps 2012. Le quotidien des habitants. Leurs préoccupations. Des insurrections populaires courageuses se débarrassant des dictateurs….mais aussi, d’autres batailles pour éviter que les acquis progressistes (et laiques) obtenues par le passé , ne soient balayées par le nouvel obscurantisme, venu faire de la « récup’ »

L’auteure est une Algérienne , née en Ukraine, fille d’ Algérien et d’une Chypriote grecque , ayant vécu toute son enfance et sa prime jeunesse à Oran où il y a fait toutes ses études……jusqu’au jour , au plus fort des années noires, elle a du , avec sa famille (ciblée par les islamistes terroristes) , fuir le pays, en 1994….La France, puis Trois Rivières , au Canada, en 1997…….Etudes en Physique, en sciences politiques et en droit international…

Avis : A lire, par les femmes qui découvriront, Benhabib en est convaincue, que ce sont elles qui achèveront les révolutions du printemps arabe

A lire , aussi , par les hommes, épris de liberté, d’égalité et de justice

A lire par tous les « autres » , même s’ils n’aiment pas les femmes ……libres. Pour qu’ils s’améliorent !

 

Phrases à méditer : « La démocratie n’est pas un buffet ouvert ! Soit on y croit, soit on n’y croit pas » (p. 22), « Les soulèvements arabes ont peut-être été déclenchés par un homme arabe – Mohamed Bouazizi…- mais ils seront terminés par les femmes arabes » (p.28)