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Médias étrangers en Algérie - Correspondants de presse - Bourouina Fatiha

Date de création: 02-05-2013 22:23
Dernière mise à jour: 03-05-2013 06:25
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COMMUNICATION – ETUDES ET ANALYSES – MEDIAS ETRANGERS EN ALGERIE – CORRESPONDANTS DE PRESSE - BOUROUINA FATIHA

              Les Correspondants des médias étrangers en  Algérie

Etude socio –professionnelle

(c) Résumé du mémoire de master soutenu le mardi 30 mai 2013 pour l’obtention du mémoire de l’ENSJSI de Ben Aknoun –Alger, présenté par  Bourouina Fatiha, journaliste (correspondante en Algérie du journal Al Riadh d'Arabie Saoudite)

 Aujourd’hui,  les  responsables   algériens  , lorsqu’il  s’agit  de passer un message politique important , choisissent les  médias étrangers.  La démarche est utilisée même si le message est destiné à une consommation interne,  à l’exemple du président Abdelaziz Bouteflika qui a recouru au service d’un groupe médiatique international pour faire le bilan des réalisations de l’Algérie depuis 1962, et ce à l’occasion des festivités marquant le 50 ème anniversaire du recouvrement de l’indépendance  .

Le seul texte de loi réglementant l’activité des correspondants des médias étrangers en Algérie est le décret  exécutif n° 04-211 et du 28 juillet 2004.  Le texte fixe les modalités d’accréditation des journalistes travaillant  pour des médias étrangers mais plusieurs dispositions de ce décret n’ont jamais été appliqués . C’est ce que confirme la réalité du terrain et ,pour preuve, nous avons l’article 11 du décret en question qui dispose qu’il est interdit pour un journaliste de travailler pour plusieurs titres alors qu’en réalité beaucoup de journalistes algériens offrent leurs services à au moins deux titres simultanément  en plus de leur travail  au niveau d’un organe national .

Le comportement des autorités algérienne vis a vis des médias  étrangers  n’a  pas  changé depuis la venue du  pluralisme  comparativement à la période  du parti unique. La politique visant à soumettre la presse à la volonté du pouvoir en place a continué à travers  le monopole de fait  sur la publicité et sur l’importation du papier. De même, les saisies, interdictions des journaux et arrestations des journalistes ont perdurés. Les motifs invoqués pour justifier ces pratiques durant l’ère du pluralisme sont les mêmes que ceux invoqués  sous le règne du parti unique…… à savoir la préservation de la sécurité intérieure du pays  et la défense de la souveraineté nationale.

La situation s’est aggravée avec le début de la violence armée, notamment avec la proclamation de l’état d’urgence et l’amendement de code pénal et du code de procédures pénales .  Les journalistes Algériens travaillant pour les médias nationaux ou étrangers en ont pâti ,subissant des dispositions restrictives  de ces textes,  auxquelles il faut ajouter le décret exécutif relatif à la lutte anti-terroriste , le décret interministériel portant création d’une cellule au niveau du ministère de l’intérieur chargé du traitement de l’information sécuritaire , et la Charte de la paix et de la réconciliation nationale .

Les problèmes et entraves que rencontrent les journalistes des médias nationaux sont les même que ceux auxquels devaient faire face les correspondants des médias  étrangers avec une légère différence.

Les journalistes nationaux faisaient l’objet, souvent,  d’arrestations et de vexations devant les tribunaux pour tout article jugé critique envers le régime, mais les correspondants de nationalité algérienne subissaient le retrait des accréditations .Quant aux  correspondants des médias étrangers non algériens ils n’étaient pas concernés par la justice  . Ils  risquaient  l’expulsion et/ou la saisie des publications et se voyaient aussi frappés d’interdiction du visa .

Les entretiens que nous avons eu avec les journalistes algériens qui ont travaillé pour le compte des médias étrangers durant la période de transition ,du parti unique au pluralisme, nous ont permis de relever la relation conflictuelle qu’ils avaient avec le pouvoir en place. Ils étaient considéraient comme des relais de transmission des secrets du pays (des « agents collaborateurs ») ou (presque) d’espions . Ceci en plus de la politique de deux poids - deux mesures selon le pays du média avec  lequel le journaliste travaille. Cette situation, les correspondants des médias l’expliquent par le fait que certains responsables souffrent du « complexe du colonisé ».

Néanmoins , la majorité des correspondants ont nié avoir fait  l’objet de pressions durant la période de violence politique du moment que l’information sécuritaire en elle-même constituait une pression  étant donné l’état d’urgence et ses répercussions sur le travail des correspondants des médias étrangers, notamment après la création au niveau du ministère de l’Intérieur  d’une cellule chargée du traitement de l’information sécuritaire.

Boualam Goumrassa , correspondant étranger du journal « Charq El Awsat » reconnait que, dans ce contexte, les correspondants des médias étrangers ont souffert  des mêmes restrictions que celles imposées à leurs  confrères  travaillant  pour les médias nationaux . La liberté du mouvement  était réduite,  le scoop est devenu un délit condamné pour une la pratique  dite de l’imprimatur. Il y avait aussi  la rétention de l’information au niveau des cellules de presse du ministère de l’Intérieur et de la Défense nationale.

Ce climat a influé négativement sur le rendement des correspondants des médias étrangers qui ont cultivé ,petit à petit, l’esprit d’auto-censure  au point de ne plus pouvoir traiter l’ information politique et sécuritaire. Et, toutes les autres sources d’information restaient incomplètes et non fiables .

 Selon les renseignements auxquels nous avons pu avoir accès  , le paysage des médias étrangers présents en Algérie en 2012 se compose de journaux et de périodiques , de chaînes  de télévision et de radios , d’agences de presse arabes  et occidentales  et de sites  d’information .

Les chaines de télévision se taillent la part du lion avec un taux de 41% (soit 24 chaînes).

Les agences de presse en 3 langues (arabe, français ,anglais) arrivent en 2ème position, soit 23% , l’équivalent de 19  agences représentées dans leur majorité par des journalistes de nationalité étrangère .

La presse (quotidienne et périodique) pointe à  la  3ème position avec un taux de 13% à savoir 9 journaux dont 8 arabes et 1 américain.

La 4ème position est occupée par les chaînes de radio qui ne représentent que 7% de paysage médiatique en Algérie. Il s’agit de 4 radios.

Les sites d’informations  sont au nombre de 4, dont une chaîne de télévision et des journaux électroniques d’information.

Le seul journal électronique autre qu’arabe, présent en Algérie est, comme nous l’avons souligné, américain .Il s’agit de  celui du Washington Post  qui emploie un journaliste de nationalité algérienne. Dans ce cadre, il faut relever l’absence des journaux français  et ceux de pays où la langue française occupe une place prépondérante……. à l’exception du journal Le Figaro dont le correspondant travaille sans accréditation, alors que  des journaux tels que  le Monde, le Parisien , et les magazines  l’Express, le Point brillent par leur absence.

La presse arabe présente en Algérie se divise en 2 groupes : le 1er se constitue des journaux édités par les pays arabes , alors que le second représente les journaux édités et diffusés ailleurs.

Le 1er groupe représente les pays suivants : l’Arabie saoudite , l’Egypte , les Emirats arabes unis , et le Yémen . Il s’agit des journaux El Ahram (Egypte) , El Bayane (EAU) , Oman News (Yemen) , El Djazira  et  Alriyadh  (Arabie Saoudite)

Le 2 ème groupe se compose des journaux   Echarq El Awsat  , El Hayat , El Arab .

9 correspondants alimentent ces journaux d’information à partir de l’Algérie ; ils sont tous de nationalité algérienne à l’exception du correspondant du journal saoudien  El Djazira  .

Concernent les médias audio-visuels étrangers présents en Algérie, ils sont dans leur majorité arabes.

Les chaînes occidentales sont au nombre de 12 ; elles sont diffusées en langues arabe, française, anglaise, perse et allemande .

Par genre, ces chaînes de télévision se répartissent comme suit :

  • Chaîne d’information :   13
  • Chaînes généralistes :  09
  • Chaînes sportives : 03

Par langue de diffusion, on peut les répartir comme suit :

  • Langue arabe : 18
  • Langue française : 02
  • Langue anglaise :02
  • Langue allemande : 0 2
  • Langue chinoise :  01

 

Les chaînes de radio diffusent , pour la majorité, leur programme en langue française. Il s’agit de RFI ( Radio France internationale) ; de Radio France , et de service français de la BBC . La 4eme radio est américaine et diffuse en langue anglaise ; c’est la  Radio world international  qui emploie un journaliste de nationalité algérienne.

Quand aux agences de presse , elles sont au nombre de 19 ; elles représentent des nationalités arabes et occidentales

Les agences qui diffusent en langues arabe sont au nombre de 09 ,  auxquelles il faut ajouter les services arabes de l’AFP (Agence France Presse) et de Reuters

Les 10 autres agences diffusent en :

  • Langue française  : 2  (AFP et  le service français de l’agence marocaine MAP)
  • Langue anglaise    : 3  (Reuters, Bloomberg et United Press International )
  • Langue chinoise    : 1  ( Xinhua)
  • Langue Espaniole  : 1  ( EFE)
  • Langue vietnamienne : 1 ( AVI)
  • Langue Italienne    : 1  ( ANSA)
  • Langue perse          : 1  ( IRNA)

Ces agences emploient 30 journalistes-correspondants dont 13 de nationalité  algérienne . 3 d’entre elles ont une présence renforcée. il s’agit de :

  • L’agence France Presse (AFP) : 4 journalistes
  • Reuters : 3 journalistes
  • L’agence Chine nouvelle (XINHUA) : 3 journalistes

La presse électronique , qui est présente avec  4 titres , emploie des journalistes algériens . il s’agit de titres informatifs à l’instar de  Tout sur l’Algérie  et  el Arabia net  . Les deux autres sont des journaux généralistes : le site  ILEF  basé à Londres et le site  El Djadida  domicilié en Autriche.

Coté effectifs, les chaines de télévision emploient le plus grand nombre avec 38 correspondants.

Les agences de presse : 30, la presse écrite : 9 ,  les radios :5 , et enfin  les sites d’information :4

Le nombre total des journalistes correspondants accrédités par le ministère Algérien de la Communication est de 86 , dont 57 sont de nationalité Algérienne . Les 29 restants sont pour certains de nationalité marocaine , émiratie , saoudienne , libanaise , égyptienne ;  et d’autres sont des nationalité française , britannique , américaine , allemande , espagnole , italienne , vietnamienne , chinoise et iranienne .

Les journalistes correspondants de nationalité  Algérienne se répartissent  comme suit :

  • Chaines de télévision :32
  • Agence de presse :13
  • Presse écrite : 08
  • Chaines de radio : 02
  • Presse électronique :04

17 sur les 32 journalistes travaillent pour les chaines de télévision représentent des chaines arabes

 

Géographiquement, on peut répartir ( par pays représentés ) les journalistes correspondants ,toute nationalités confondus, comme suit :

  • Arabie saoudite :12
  • France :   11
  • Etats Unis d’Amérique : 08
  • Grande Bretagne : 06

La présence prédominante des médiats saoudiens prouvent le rôle de la finance et le pouvoir de l’argent en tant qu’élément stratégique dans la « guerre des idées » .

Sur un autre plan , et afin de nous pencher sur leurs conditions de travail ,nous avons adressé un questionnaire à  57 journalistes correspondants de nationalité algérienne .Ce questionnaire comportait 44 questions relatives à :

  • L’identité du journaliste et son profil social
  • La relation administrative avec l’employeur
  • Les sources d’information 
  • La conciliation entre l’événement et la ligne éditoriale de l’organe employeur
  • La relation avec la tutelle et  l’organe employeur

Les questions relatives au volet personnel ont mis l’ensemble des journalistes sondés dans l’embarras

Ces questions ont été la cause du refus de répondre au questionnaire dans la plupart des cas. Les sondés ont soulevé les caractères troubles des questions allant jusqu'à  les qualifier  d’interrogatoire policier

Profil des correspondants étrangers algériens:

  • La tranche d’âge varie entre 35 ans et 60 ans
  • Justification  d’une expérience professionnelle entre 10 ans et 20 ans
  • Peu d’entre-eux ont des parents ayant un lien avec le monde de la presse
  • La majorité d’entre-eux maîtrisent deux langues alors que  les correspondants des agences de presse maîtrisent 4 langues dont le Turc, l’Allemand et l’Espagnol
  • Ceux qui correspondent avec les médias des pays du Golfe maitrisant l’Arabe et l’Anglais
  • La majorité des correspondants justifient une licence en journalisme ; d’autres ont une 2ème licence en sciences politiques et relations internationales. Certains ne jouissent d’aucun diplôme alors que d’autres ont fait des études dans le domaine des banques, des arts et du tourisme
  • Ils sont soit permanents soit au cachet d’une manière permanente ou intermittente ;  d’autres sont des cachetiers qui interviennent par événement
  • Ils perçoivent pour la plupart des rémunérations fixes

 

 

Les sources d’information 

  • L’accès aux sources d’information est difficile pour la majorité de la plupart des correspondants des médiats étrangers 
  • L’accès aux sources est aisé pour les correspondants des organes de presse français ou proches de la France
  • L’image reflétée par les Institutions de l’Etat a travers ses services de presse est pauvre et non conforme à la réalité ; les correspondants étrangers affirmant que leur relation avec le service de presse des institutions étatiques est mauvaise
  • 80% de ses correspondants pensent qu’il y a un traitement de faveur réservé à certains organes de presse au détriment d’autres .Ceci est dû à un problème de langue et de culture ou plutôt de « complexe du colonisé » puisque l’AFP et d’autres médias français bénéficient  d’un traitement particulier
  • La plupart des correspondants ont l’impression d’être considérés  comme des espions ou des mauvais citoyens jusqu'à preuve du contraire
  • La sensibilité et la prudence dont font preuve les institutions de l’Etat vis a vie des médias étrangers compliquent la tâche de ces derniers

 

 

L’événement et la ligne éditoriale de l’organe employeur 

  • Le choix du sujet et de l’événement à traiter est dans la plupart des cas à l’initiative du correspondant
  • Les correspondants des chaînes de télévision ne jouissent pas de la liberté d’initiative et sont soumis à des instructions strictes
  • Une grande partie des correspondants font dans l’auto_censure  
  • Cette auto-censure concerne les sujets liés à la situation sécuritaire , aux relations Algéro-marocaines, à l’affaire du Sahara occidental et aux leaders du parti du Fis-dissous
  • Les positions de l’Algérie concernant les questions internationales ne peuvent faire l’objet ni de commentaire ni de critique afin d’éviter l’auto-censure ; les correspondant font preuve d’intelligence dans le choix des sujets qui ne suscitent pas la colère de la tutelle et ne provoquent pas l’ire du média employeur

La majorité des correspondants ne considèrent pas que les divergences de positions sur les questions de politique étrangère entre l’Algérie et le pays de l’organe employeur   puisse compliquer  leur mission

                                                                                 bourouinafat@gmail.com

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