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Presse nationale - Evolution 1962/2012 - Point de vue B. Ahcene Djaballah

Date de création: 24-03-2012 02:58
Dernière mise à jour: 22-10-2015 11:26
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COMMUNICATION - ETUDES ET ANALYSES - PRESSE NATIONALE - EVOLUTION 1962/2012 - POINT DE VUE B. AHCENE DJABALLAH

 

Question : -L’Algérie fête, le 19 mars prochain, le cinquantenaire du cessez-le feu et des accords d’Evian. Comment évaluer le développement de la presse nationale (écrite et audiovisuelle) durant cette période ?

Réponse : Globalement, je pense que le secteur de presse algérienne est, aujourd’hui, à un niveau de développement plus qu’appréciable même s’il ne satisfait pas tout le monde. Appréciable, tout particulièrement sur le plan  quantitatif. Surtout , après la « révolution  »  d’octobre 1988 qui a libéré l’expression et a « réformé » une bonne partie du champ médiatique.  Il ne faut pas oublier qu’auparavant, avant le loi relative à l’information  d’avril 90, nous avions, à notre disposition, en tant que citoyens- lecteurs, seulement des journaux importés d’Europe, de France,  et quelques rares titres arabes…et, comme production nationale, une petite cinquantaine de titres dont 6 quotidiens (deux  nationaux, deux du soir à Alger, deux régionaux, 4 en arabe et 2 en français….Equilibre , quand tu nous tiens ! )……et quelques hebdomadaires comme Algérie Actualités, Révolution   Africaine et El Moudjahid hebdo , ces deux derniers organes du Fln.  Mais,  tous étaient  contrôlés assez sévèrement par les appareils d’Etat (entre autres, le ministère de l’Information  , devenu, sur le tard, pour sacrifier à la mode, ministère de la Communication) , par le parti du Fln, alors unique,  et par ses organisations dites de masse (UGTA, UNFA, UNJA, ONM, ….)  . Tous avaient un contenu quasi-identique ne souffrant aucune fausse note idéologique. Bien sûr , il y eut des hommes , des journalistes, des directeurs ou même des ministres , des moments et des espaces de liberté, mais ils étaient asez vite « redressés », dès  que le pouvoir, ou  (surtout) les pouvoirs du moment voyaient que les « lignes rouges  »  étaient franchies , que certains intérêts étaient dérangés ou que certains journalistes ou même des directeurs de publications commencaient à trop savourer les délices du « pouvoir d’informer »  . Généralement , cela se passait en douceur et sans grande « casse » d’autant que l’auto-censure avaitt gagné du terrain et faisait des ravages .

La presse audiovisuelle (télé et radio)  était………à l’image de celle d’aujourd’hui…à la seule différence qu’il n’y avait pas encore des radios locales,  nées bien plus tard après 90. La télévision satellitaire n’était pas disponible largement et l’internet n’existait pas !

Aujourd’hui , l’Algérie a connu , en un peu plus de deux décennies, un bond quantitatif extraordinaire : plus de 400 titres de presse, une centaine de quotidiens, plus de 4 000 journalistes (contre un peu plus de 1500 en 1988) , une cinquantaine de radios locales, la communication électronique par internet totalement libre (pour l’instant)   …..mais,  hélas, toujours avec une seule entreprise de télévision se déclinant, seul changement , en cinq (5)  programmes dont les contenus se recoupent à 80%....mais ressemblant , tous, comme des quintuplés, aux programmes d’antan , parfois en pire. Ainsi, la présentation de l’information d’actualités , dans les JT, n’a pas changé et s’est même « figée » dans un format obsolète . Le grand changement est venu du « ciel » , grâce aux satellites, et de « sous terre », grâce à la fibre optique et à l’internet. Sur terre , peu de salut !

On nous promet une ouverture du champ audiovisuel…mais, personnellement, je doute fort que cela se fasse rapidement tant il  est vrai que le champ a toujours été le dernier carré dont les pouvoirs, d’ici et d’ailleurs, n’arrivent pas à s’en dessaisir facilement. Il n’y a qu’à voir le retour en force des Etats (tous sans exception) qui créent (parallèlement à l’expansion des télés privées, commerciales qui foisennent ) des télés satellitaires para-étatiques ou franchement étatiques en plusieurs langues….. plus propagandistes qu’informatives . Internet ou pas internet, ce n’est pas demain la veille que les pouvoirs vont se guérir de la « télévisionite aigue ». 

Par ailleurs, après un vide juridique qui a duré près de deux décennies , la loi d ’avril 1990, ayant été presque mise entre parenthèses après la suppression brutale du Conseil supérieur de l’Information (CSI) , on a produit une nouvelle loi, en février 2012,   organique  celle-ci, dont on ne peut pas dire qu’elle soit  libérale ou même  libératrice bien que non liberticide . Ce qui fait que nous nous retrouvons hélas, toujours , très loin des premiers de la classe en matière de liberté de la presse  (122è en 2012 sur 179 pays selon le dernier  classement RSF…et 133è en 2011).

Conclusion : Avons fait beaucoup, mais pouvions mieux faire !

Question : -La multiplication des titres de journaux est-elle une avancée pour la presse écrite ?

Réponse : J’accepte volontiers et toujours cette question lorsqu’elle posée par des « décideurs » et les détenteurs de pouvoir (s)  , mais cela me chagrine énormément lorsqu’elle est posée par des journalistes et des intellectuels ….et par des personnes qui sont (ou devraient être)  , en principe, les agents actifs  et objectifs de la liberté d’expression.  

Je l’ai toujours affirmé : la démocratie, c’est d’abord la pluralité et la diversité. Avec une liberté d’expression à  plusieurs voix . Avec une  liberté de la presse grâce à  une multitude de médias et de supports., des plus modernes aux plus traditionnels, privés et (pas OU, mais bien ET) , aussi, publics. 

Personnellement , je suis très heureux et je ne me sens vraiment  libre que quand je trouve chez le buraliste de mon quartier ,ou dans un village à l’apparence « oubliée », des dizaines de titres en plusieurs langues et quand ,en voyageant en véhicule, j’entends une radio locale qui me parle, en plusieurs langues,  du « coin  »  que je traverse. Cela me sécurise, cela  me rapproche de la société dans laquelle je vis….même si , parfois, je vois que la tendance « populiste » et « sensationnaliste » est en train de prendre le dessus au niveau des contenus, tout particulièrement dans la presse en arabe. Patience et longueur de temps !  

En fait , à mon sens, la faute (ou les multiples dérives ou lacunes enregistrées tant dans la gestion que dans les contenus  ) n’incombe pas aux  journalistes (même les moins formés)  et des  éditeurs (même les plus affairistes) , mais elle vient d’un système de gouvernance  qui s’escrime encore à diriger (consciemment ou non)  le paysage médiatique  avec l’état d’esprit  d’antan. Un système qui préfère les « manipulations  et « autres manoeuvres »….de la part beaucoup plus d’individus que d’appareils précis, ce qui dillue la responsabilité et perpétue les mainmises  : Ainsi, on a eu les « tripatouillages » en matière d’aides de l’Etat à la presse dans les années 90, puis ce fut le problème des (non-) facilités dans le paiement des frais  d’ impression (les imprimeries étaient alors toutes publiques) , puis on a eu le problème de la récuopération des recettes de la diffusion (les seules entreprises étaient publiques, les Enamep)   , puis on a eu celui de la distribution « dirigée » de la publicité institutionnelle, puis celui du « freinage » des agréments  ……puis…puis….) , à l’application stricte de  ses propres lois (sauf quand il s’agit de « mater » un journal ou un éditeur de presse ou un  journaliste inconoclaste) .  C’est pour cela que nous avons l’impression, aujourd’hui,  de nous retrouver  dans une sorte de   jungle presqu’incontrôlable, en tout cas difficilement maîtrisable  avec tout l’informel (gestion et contenus)  qui s’y est installé. C’est, en réalité , un véritable « zoo » à ciel ouvert. Voilà qui  fait l‘affaire des plus nantis, des plus costauds, des plus affairistes, des plus malins, des plus introduits, des mieux placés ……. On en est encore aux lois de la nature et du « far-west » ! C’est ça, un pan de notre « western-economy ». Heureusement que le progrès est un problème de temps et d’expériences….et seuls les plus crédibles et, surtout,  les mieux organisés survivront.  Donc, patience ! 

 

                                                                                                                      Alger, 15 mars 2012