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Arts plastiques, arts musulmans, désign 2011, Abrous Mansour (II/III)

Date de création: 18-02-2012 06:33
Dernière mise à jour: 18-02-2012 06:39
Lu: 707 fois


CULTURE- ETUDES ET ANALYSES, ARTS PLASTIQUES, ARTS MUSULMANS, DESIGN 2011 - ABROUS MANSOUR (II/III)

 

 

L’Annuaire artistique de l’Algérie 2011

Directeur de la rédaction : Mansour Abrous

Tél. : 06.85.18.77.47

E-mail : mansour. abrous@gmail.com

Objectifs : Fondé en 1998.

 

 

               La Culture : Invention de l’échec (Extraits. Pour texte complet voir auteur))

 

 

 

- Circonstance de parole

 

Au forum culturel d’El Khabar, en mars dernier, les intellectuels traitent de

« La problématique de la culture en Algérie ». Ils s’accordent à dire que

« le clientélisme et l’étendue du phénomène des alliances politiques

empêchent la mise en place d’un projet culturel réel et capable de relancer

ce secteur en panne ». Ils relèvent aussi que l’intellectuel algérien ne crée

pas « d’espaces de dialogue » et n’a « aucun sens de l’initiative » Des

initiatives, il en existe pourtant, sous forme d’étude - recherche ou de

regroupement. Elles ne laissent pas indifférentes les autorités de tutelle. La

preuve en est, qu’elles réagissent à leur tour, par communiqué, alors

qu’elles étaient traditionnellement économes de réponse à leurs détracteurs

ou leurs contradicteurs. Ainsi, à une interview de Ammar Kessab chercheur

et expert en management culturel48, qui « pointe du doigt les failles de la

gestion d’un secteur en perte de vitesse », dans son rapport 2011 sur la

politique culturelle en Algérie, notamment « l’action de la société civile en

matière de culture (…) réduite à néant » et « la « nationalisation » des

événements culturels »; le ministère de la Culture envoie un complément

d’information - à distinguer subtilement d’une mise au point - publié par la

presse nationale une semaine après. Il acquiesce à certains éléments

d’analyse dont celle de « la relance effective de l'action culturelle à partir

des années 2000 », ajoutant qu’elle a permis « aux artistes algériens et aux

centaines d'associations de trouver des opportunités permanentes pour

mettre en valeur leurs créations et le produit de leur travail ». Il s’inscrit en

faux contre l’assertion « l'action de la société civile a été réduite à néant »,

rappelant que « grâce aux festivals institutionnalisés, c'est la société civile,

notamment les artistes de tout le territoire national, qui agit, travaille et

produit ». Le document insiste à deux reprises sur « la transparence et le

contrôle de la gestion des deniers publics ».

Une réunion d’artistes, d’universitaires, d’écrivains et d’intellectuels, a lieu

à Alger, le 17 décembre. Elle est qualifiée de « première rencontre sur la

politique culturelle en Algérie ». C’est une initiative qui avait pour objet de

discuter de la situation culturelle du pays et d’élaborer une plateforme de

recommandations. Le ministère de la Culture ne commente pas l’initiative.

La nature du pouvoir algérien est de refuser à la société civile le droit de

construire son avenir sur des principes démocratiques. Dans « Route de

feuilles », le responsable de la page culturelle d’El Watan est critique. Il

« applaudit », puis est interrogateur sur la forme de l’initiative « rendezvous

ou appel préalable », « feuille de route ou recommandations déjà

rédigées », il est ensuite dubitatif sur le fond en recommandant « plus de

communication entre professionnels des arts et de la culture ». J’attendais

de la sympathie automatique et de l’appétence pour ce regroupement, une

forte adhésion intellectuelle pour les initiatives de la société civile, car

l’idée première de cette réunion était, avec « le plus grand nombre » (cela

ne se décrète pas dans un pays fragilisé par les ukases), de parler de

« situations culturelles concrètes ».

- Eveils périphériques

Il y eût l’idée, à l’occasion de l’ouverture du musée d’art moderne et de la

rénovation de la cinémathèque, de créer un « véritable pôle culturel au

coeur de la ville ». Seraient venus s’agréger à ces deux établissements

culturels, le potentiel culturel et intellectuel de proximité (la cinémathèque,

l’université, les librairies, les salles de cinéma, le théâtre national…). En

favorisant la réhabilitation des lieux, en mettant de la méthode et de la

concertation et en y insufflant un investissement productif, le pari était de

voir « ce programme de réhabilitation de la fonction culturelle du centre-

ville (…) dynamiser, du même coup, les autres fonctions ». Aujourd’hui,

le musée d’art moderne équivaut, dans son fonctionnement actuel, à

l’activité d’une galerie d’art. Un projet « avorté ». L’architecte en chef du

projet déplore « Le vrai MaMa n’a jamais été livré », sacrifié pour les

besoins d’un agenda politique et de « Alger capitale de la culture arabe »54.

Il est attendu d’un musée d’art moderne et contemporain, qu’il puisse

disposer des ressources, d’un mode de gestion et de fonctionnement, qui lui

permettent d’être un conservatoire du patrimoine artistique national, de

créer et d’enrichir les collections, de développer la recherche, de rendre

accessible les oeuvres d’art et les promouvoir auprès des publics. Il n’y a ni

réserves d’art, ni collections, ni budget pour favoriser une politique d’achat

d’oeuvres d’art. Ce musée que l’on voulait voir rayonner, ouvert sur la ville

et sur le monde, un lieu de création et de diffusion, va fermer pour travaux.

Si dynamique il y avait, elle sera enrayée; paralyser par la même ce qui

aurait pu faire « vie » dans ce centre-ville sans âme, sans propreté, sans

projet.

Constantine fondait également des espoirs légitimes d’avoir, en tant que

capitale régionale, son pôle culturel, composé d’une bibliothèque, une

médiathèque, une grande salle d'exposition, une salle de conférences, une

bibliothèque pour enfants et d’ateliers culturels spécialisés. A l’exception de

la nouvelle école des Beaux-arts qui a été affectée aux étudiants et au corps

pédagogique, le calendrier de réception des travaux du reste des

infrastructures est ignoré de tous. La capitale de l’ouest algérien bénéficie

d’une bénédiction atrophiée. Le musée d'art moderne, promis depuis

quelques années, est dans une impasse. La bâtisse affectée au projet, si

l’affectation est avérée, est en état d’abandon56.

- Enclavement singulier

La circulation des oeuvres suscite la colère et l’indignation de nombreux

artistes, ulcérés que « leurs oeuvres (…) considérées comme patrimoine

national, (soient) frappées du sceau d’interdiction d’exportation ou

d’importation ». Ils réclament l’intervention du législateur pour « légiférer

en faveur des artistes peintres et de tous les artistes en général », le vide

juridique est source « d’arbitraire » des douanes et de l’administration57.

Amor Driss Lamine Dokman revendique le droit de voyager « L’artiste (…)

doit sortir, voir ce qui se passe, se mettre en contact avec d’autres artistes,

se frotter à d’autres expériences, c’est important que l’artiste bouge ». Il

regrette les contraintes imposées aux plasticiens pour sortir des oeuvres à

l’étranger « il y a deux solutions : soit une exposition temporaire, soit une

exposition définitive. La première : on fait sortir des oeuvres mais on n’a

pas le droit de les vendre, et cela ce n’est pas du tout intéressant pour un

artiste, puisque celui-ci vit de ses oeuvres. La deuxième : les faire sortir, les

vendre et ramener leur valeur en Algérie, on a un délai de six mois

renouvelable. Or, le problème qui se pose est qu’au niveau des banques,

l’artiste (plasticien) n’existe pas (et n’a pas) le droit d’avoir un compte

bancaire commercial ». Il exige le respect et la reconnaissance des

artistes58.

- Dictature des festivals

Il faut se concentrer sur l’essentiel, à savoir le naufrage de l’entreprise

« Culture » qui tourne à vide, et fait bilan en s’appuyant sur l’existence de

plus d’une centaine de festivals, qui fédèrerait, paraît-il, autour d’eux la

société civile consentante, les artistes, les créateurs, les intellectuels. Les

manifestations et sit-in des acteurs culturels dans un certain nombre de

régions d’Algérie érodent ce mythe de l’adhésion à une politique culturelle

consensuelle. Dans le complément d’information adressé par le ministère de

la Culture, en réponse à l’interview d’un universitaire59, il est rappelé que «

ces festivals et les activités culturelles, programmés au niveau local, sont

organisés en coordination et concertation avec les associations culturelles

ainsi qu'avec les femmes et hommes de culture (…) (et) a, par ailleurs,

permis aux artistes algériens et aux centaines d'associations de trouver des

opportunités permanentes pour mettre en valeur leurs créations et le

produit de leur travail ». La presse s’est emparée de cette accroche

promotionnelle et en fait le coeur du bilan culturel national. El Moudjahid

célèbre, dans son bilan 2011, « La désormais succession quasi

ininterrompue de festivals diversifiés et variés, de manifestations et autres

rencontres étalées sur tout le territoire national, (qui) a donné au large

public une palette de produits et une offre culturelle assez consistante pour

satisfaire et combler les goûts et les désirs de citoyens qui ont vite fait de

renouer avec les exigences d’une vie culturelle digne de ce nom »61. Jeune

Indépendant estime que « L’existence des festivals a investi et bouleversé le

champ culturel national, lui donnant plus de vie, de régularité, de

continuité et de présence ». Le projet culturel d’un pays est-il mesurable à

l’existence de festivals ? Que fait-on (ou qu’a-t-on fait ?) de la création

artistique, la gestion du patrimoine, les industries culturelles, l’éducation et

l’enseignement artistique, la sensibilisation et l’accès à la culture et le

développement des publics ? Manifestement, en jachère, ces dossiers

semblent être la préoccupation de la Ministre pour les années à venir. Elle

prédit « une offre de service élargie aux différentes couches de notre

population, le soutien à la création, le renforcement des collaborations

entre acteurs, la formation et la sensibilisation »63.

- La langue du futur

Etre en garde et éveillé pour le futur ! La constitution du patrimoine

national exige une présence, une vigilance, une prospective, un

investissement sans relâche. Je crains que faute de politique d’acquisition

sereine ou agressive, des séquences entières de notre histoire contemporaine

soient menacées, absentes des collections nationales pour les générations à

venir, pour qui voudrait les découvrir, les admirer, les étudier, les valoriser.

Aujourd’hui, et depuis une dizaine d’années particulièrement, un

déséquilibre est manifeste dans la politique d’achat des oeuvres d’artistes

algériens. Nos institutions achètent peu. Les institutions étrangères font

main basse sur les oeuvres d’artistes algériens vivant ou non à l’étranger. Le

décompte établi par mes soins révèle que plus de 150 institutions dans le

monde, nonobstant les collectionneurs privés, ont dans leurs collections des

oeuvres d’artistes algériens contemporains. Elles sont de fait autant

d’oeuvres soustraites au patrimoine national et éloignées du regard de nos

compatriotes. La Tate Modern de Londres a acquis, en 2010, les moules de

l’installation de Kader Attia qui représente le ksar de Beni Isguen. Cette

année, le musée de Doha, présentait une partie de sa collection d’art

contemporain, dans une exposition intitulée « Sajjil : A century of modern

art », avec des oeuvres de Mohamed Racim, Abdellah Benanteur et Rachid

Koraïchi. L’assemblée nationale française vient d’acquérir une oeuvre de

Djamel Tatah pour sa collection. Le Centre Pompidou à Paris recense les

artistes contemporains algériens et prospecte pour enrichir sa collection

d’art. Une galerie parisienne présentera, au mois de janvier 2012, une

rétrospective de l’oeuvre de Abdellah Benanteur, et une monographie de

l’artiste sera publiée64. Deux questions : quelle est notre politique

d’acquisition actuelle (crédits engagés, commission d’achat, institutions

acquérantes, modalités d’inscription au patrimoine national) ? Quelle

transparence peut-on développer autour de cette politique d’acquisition ?

Cinq étreintes et le goût du bonheur :

- L’école des Beaux-arts de Mostaganem secoue son destin, se prend en

charge, innove, rassemble, écoute, s’entoure, produit, grâce à une équipe

pédagogique consensuelle, généreuse, vaillante, emmenée par un directeur

entreprenant. Les « Rencontres de Mostaganem » sont un récit fondateur.

En marge de la culture officielle, ces nouvelles actions culturelles

contribuent à dessiner des lieux de production culturelle et de diffusion,

oeuvrant pour l’émergence de nouvelles pratiques artistiques en relation aux

populations et aux territoires. Ces rencontres témoignent de l’ambition de

créer un « vivre ensemble » fédérateur, créateur de mémoire, une nouvelle

centralité culturelle, plus ouverte sur la cité, ses habitants, ses ressources

artistiques, ses élites universitaires. Pour mémoire, les deux rencontres de

juin et de décembre, l’une en hommage aux martyrs de Nekmaria, l’autre

pour débattre de l’art contemporain. C’est également la reconnaissance des

aînés, et ce fût le cas avec l’encadrement d’un atelier d’art monumental par

Denis Martinez au profit des élèves de l’école régionale de Mostaganem.

Retrouvailles émouvantes certes entre les élèves, aujourd’hui pédagogues,

et l’enseignant, mais sa disponibilité pour le pays « afin de perpétuer cette

confrontation d’idées ».

- L’art auquel j’adhère est un art porté par l’échange, le débat et les

créativités libres où l’espace public (places, rues…), apparaît comme

support d’inspiration artistique et scène de représentation pour les artistes.

Ce type d’événement artistique a besoin de « faire événement ». La

démarche de monstration indique une capacité à s’inscrire dans l’espace

social. L’échange culturel Béjaïa - Haute-Normandie, inauguré le 18 juillet,

est au coeur de l’espace public. Saïd Atek a animé un atelier de peinture

d’une quinzaine de jeunes plasticiens, dont des élèves de l’école des Beaux

arts d’Azazga, qui ont réalisé les décors d’une compagnie de théâtre « C’est

une expérience graphique étonnante. C’était étonnant de voir autant

d’engouement et d’implication. En général, les ateliers, c’est deux heures

et demie d’expression mais on a vu des jeunes, présents du matin au soir,

en train de travailler et ne pas lâcher un seul moment d’expression. J’étais

un élément presque observateur ».

- Pour rappeler l’éditorial de Abdou B., le 26 mai dernier, dans Le

Quotidien d’Oran, et étayer son propos « D’autres ont pris le chemin de

l’exil, de l’oubli, du déracinement. Certains ont parfaitement réussi dans

leur art, s’expriment et rayonnent pour le bonheur et le plaisir des citoyens

des pays où ils se trouvent et où ils ont planté des racines, des habitudes,

des amitiés dans un environnement propice à la culture et ouvert sur le

monde », saluons le lieu de culture inauguré par Graïne Olivier Abdeslam

au coeur de Köln (Allemagne), comprenant atelier, salle d´exposition,

d´étude et de conférences. Cet espace culturel est « un point de ralliement

des artistes et intellectuels qui refusent le diktat et le formatage de

l’esthétique de l’omnipotent marché de l’art mondialisé ». Ce lieu - non

délocalisé - aurait fait exister une autre Algérie, une conception autre de

l’art et de la culture, plus citoyenne, avant-gardiste, incluse dans le monde,

l’incluant à son tour67.

- La culture algérienne profite de fidèles compagnons virtuels, formidables

amplificateurs d’audience pour la création et les créateurs. Le site internet

Esprit Bavard écoute avec soin les pulsations de la vie culturelle, donne la

parole et la restitue en publiant « Textes et images, l’Algérie autrement

dite, autrement vue ». Son éditrice Khadija Chouit aime à préciser son

ambition, sa marque de fabrique « créer un lieu de réflexion, d’échanges

d’idées, de créativité (…) de passer en revue l’actualité socioculturelle en

Algérie, mais autrement, en empruntant des chemins de traverse, en évitant

les évidences, les idées reçues ».

- La perception de l’aggravation de l’empreinte humaine sur notre pays est

une réalité. Une dizaine d'artistes plasticiens68, artistes professionnels et

enseignants des arts plastiques dans des établissements scolaires, s'est

regroupée autour de l’exposition « Recup’Art ». Ils ont traité de « l'écologie

et les déchets ». Madjid Guemroud explique le concept « Avant d'être

artiste, on est d'abord un citoyen et le problème des déchets touche tout le

monde. Ces tableaux interpellent le citoyen en lui indiquant que le déchet

peut trouver une autre vie et de surcroît devenir quelque chose de beau. De

ce fait il y a un travail à faire au niveau de l'école afin d'apprendre à

l'enfant dès le jeune âge de récupérer, manipuler, avoir la notion du

toucher pour reconvertir le déchet »69. Le but affirmé de ces artistes est de

considérer l’éducation artistique comme une nouvelle proposition éducative

d’intervention dans la formation, en direction du public jeune, pour ouvrir

la « culture scolaire » à la réalité environnante notamment de création.