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Arts plastiques, arts musulmans, design 2011 - Abrous Mansour, auteur (I/III)

Date de création: 18-02-2012 06:04
Dernière mise à jour: 18-02-2012 06:40
Lu: 870 fois


CULTURE - ETUDES ET ANALYSES - ARTS PLASTIQUES, ARTS MUSULMANS, DESIGN 2011 - ABROUS MANSOUR 2011 (I/III)  

L’Annuaire artistique de l’Algérie 2011

Directeur de la rédaction : Mansour Abrous

Tél. : 06.85.18.77.47

E-mail : mansour. abrous@gmail.com

Objectifs : Fondé en 1998.

 

 

               La Culture : Invention de l’échec (Extraits. Pour texte complet voir auteur))

 

Un système d’enseignement artistique sinistré :

Dix écoles d’art sur le territoire national qui captent laborieusement l’intérêt

de 650 étudiants. Cinquante ans après l’Indépendance, nos stratèges

culturels ont fait entrer la formation artistique en Algérie dans la récession :

sept écoles de plus pour séduire 250 étudiants supplémentaires. Quel

résultat médiocre !

Le concours d’entrée dans ces écoles n’en est plus un, les écoles courtisent

les élèves pour avoir un effectif scolaire décent et donner « à travailler » à

pléthore d’enseignants. Les débouchés post-formation sont faibles sur le

marché de l’emploi, à l’exception de quelques recrutements dans les

maisons de jeunes et les maisons de la culture, sur des postes et missions

éloignées des cursus de formation.

Pouvait-il en être autrement dans des écoles où le système et le contenu de

formation sont obsolètes. Certains enseignants et directeurs ont des statuts

précaires. Des directions ont un intérim au long cours. Les conditions

d’accueil et de scolarité des étudiants sont difficiles. En janvier, deux grèves

ont eu lieu dans les écoles de Sidi Bel Abbès et de Constantine pour exiger

« la reconnaissance de leurs diplômes » et la résolution de « leurs

problèmes d’hébergement et de restauration »1. A la fin du mois de

novembre, l’école de Constantine connaissait une rupture pédagogique

« L'école est presque déserte, à l'exception de quelques employés de

l'administration » et seul le cours d’histoire de l’art semblait dispensé2.

Certaines écoles - les annexes des anciennes annexes - sont « mineures »,

sous tutelle d’écoles « mères ». L’école de Tlemcen est une école fantôme.

L’école projetée des Beaux-Arts de Béjaïa n’a plus d’édifice, effondré à

cause de la dégradation du bâti et d’interventions humaines inappropriées3.

L’annexe des beaux-arts de Khenchela, réceptionnée depuis plus d’une

année, est fermée; son ouverture conditionnée par la réalisation d’un

aménagement urbain de circulation. La formation artistique pâtit d’un

aménagement territorial ségrégatif, discriminant, qui ne répond pas aux

besoins et attentes des populations jeunes, sinon comment expliquer les

quatre établissements d’enseignement artistique pour l’Oranie et un seul

consenti à toute la Kabylie. L’école supérieure n’a plus les moyens de ses

ambitions et végète face à la mer. Son corps enseignant est dépassé, à

l’agonie face à une jeunesse en vie, débordante d’avenir, avide de savoir et

désireuses d’acquérir des compétences. Son potentiel est « gelé » faute

d’initiatives, de vision globale, de management volontaire, d’innovation.

Les écoles sont fermées sur le monde, sur l’université, coupées de la vie

culturelle, compartimentées en leur intérieur, entre la partie « noble » - le

design - à fort potentiel économique et la partie « à fort risque social ».

Autant d’improvisation, de bricolage, d’incapacité à la décision collective,

d’enchevêtrement des prérogatives et du pouvoir des uns et des autres

nuisent à l’intérêt des citoyens et ont pour conséquence l’abandon de ces

patrimoines pédagogiques.

Déclic visuel

En Algérie, la photographie est le parent pauvre des arts visuels. La

photographie est peu montrée, les photographes sont souvent réduits à être

d’excellents illustrateurs d’ouvrages. Le photographe Ali Hefied a raison de

déclarer « La photographie doit avoir sa place, c’est un art au service de

l’art ». 2011 est-elle l’année de la photographie ? Les expositions font

florès sur le territoire national. A commencer par le double rendez-vous

d’Alger, en octobre, « La photo événement » au Musée national d’art

moderne et contemporain et « Regards croisés » au Palais des Raïs. « La

photo événement », deuxième festival national de la photographie d’art,

regroupe exclusivement les oeuvres de photographes algériens, venus livrer

« un certain regard sur le monde d’aujourd’hui comme celui d’hier ». Au

bastion 23, est exposé le résultat de dix-huit photographes, réunis dans le

cadre de la résidence algéro-européenne 2010 de la villa Abdeltif, autour du

thème du patrimoine architectural algérois. Pour la Chef de la délégation de

l’Union européenne en Algérie « Ces regards qui se croisent au-delà de la

Méditerranée sont autant de barrières qui s’effondrent et de ponts qui se

construisent entre nous ». Dans son exposition « Détails algérois », la même

ville préoccupe, à l’heure de la mondialisation, Madina Kermiche. Elle

veille à filmer « l’identité algéroise » de la cité « J’ai voulu éviter le piège

de la photo de carte postale, en sachant que l’artiste a intérêt à donner une

âme artistique et des données graphiques qui vont interpréter sa vision

envers cette ambiance humaine et architecturale ».

En juin, le palais de la culture d’Alger accueille le premier salon national de

la photographie « Insolite ». Quarante sept photographes algériens,

professionnels et amateurs, venus de quinze wilayas du pays, ont

l’opportunité d’exposer leurs produits, dévoiler leurs travaux et d’exprimer

leur talent. A la même période, Guelma est à sa troisième édition du

printemps de la photographie contemporaine7. En juillet, se tient Akbou, le

deuxième salon de la photo à Akbou. Les organisateurs veulent

«encourager la photographie artistique, mettre en valeur les sites

historiques, touristiques et industriels de la région, initier les jeunes

photographes aux nouvelles techniques de la photographie, rendre

hommage aux anciens photographes d’Akbou…». Le club photo Images

sans frontières d'Alger organise, en août, une exposition photos intitulée «

Passion sans frontières » à Sidi Fredj (Alger). En novembre, les villes de

Biskra et Mila organisent leur salon de la photographie, couru par des

photographes venus de dix huit wilayas du pays10. Plus tôt dans l’année, en

janvier, sept photographes11 exposent une cinquantaine de photographies en

noir et blanc et en couleurs à la cybergalerie d’Alger1. Ouyed Aguellidh

leur emboîte le pas à la médiathèque d’Alger et ses photographies « donnent

à voir la beauté, la grandeur et la splendeur du Sud algérien, un univers

spirituel tout en poésie sublimée »13. De nombreux photographes, Omar

Sefouane, Rachid Merzougui, Sid-Ali Djenidi, Anis Benmeslem, sont les

chevilles ouvrières de ces rencontres autour de la photographie. De

nombreux clubs photo activent pour encourager les jeunes, organiser des

ateliers photo, des expositions, des concours, des prix. Le club Lumière de

la photographie et Images sans frontière développent, grâce aux réseaux

sociaux, une communication ciblée et un recrutement efficace. D’autres

photographes, Yacine Hamoudi, Mazouz Abdelaziz, sillonnent ces

événements et animent des workshops de photographie. Ali Hefied qui

fêtait, en octobre, ses cinquante années de carrière, exhorte les autorités

culturelles à accompagner cette renaissance, à soutenir les jeunes et leur

permettre de s’épanouir « Le ministère de la Culture doit d’abord faire un

recensement des photographes : reporters, artistes ou amateurs. Il est aussi

important d’étudier leurs problèmes, de les aider à s’améliorer avec des

recyclages réguliers »14.

Effets collatéraux

Nous connaissons le « festival-respect » aux aînés (Aïder, Haroun, Slim,

Tennani, Zanoun …), le « festival-mémoire » (Guerroui), nous apprécions

par-dessus tout le « festival-pédagogue » initiateur de rencontres entre

amateurs et professionnels, transmetteur des savoirs par l’organisation de

conférences, fédérateur d’énergies créatrices par la publication commune,

catalyseur de formation artistique par le workshop et l’atelier du film

d’animation15. Le Festival International de la Bande dessinée d’Alger en est

à sa quatrième édition. Sa valeur ajoutée est en inflation. Il crée une

atmosphère du possible pour les jeunes créateurs. Une production soutenue

de jeunes bédéistes et caricaturistes se fait jour. Amine Labter publie son

premier album « Vit’Amine », Sid-Ali Oudjiane édite le second tome de

« Victory Road », Sofiane Belaskri signe sa première bande dessinée

intitulée « Drahem »17. La revue Labstoore, en partie consacrée à la bande

dessinée et au manga, a à son actif la publication de sept ouvrages. Le cycle

de formation de jeunes talents à l’école supérieure des Beaux-Arts d’Alger

est récompensé par la publication d’un album de bande dessinée intitulé

« Monstres ». La parution des numéros 2 et 3 du mensuel de bandes

dessinées algériennes « Bendir », édité par Dalimen, avec des signatures de

renom et des collaborations plus audacieuses, le retour en librairie de la

revue « M’Quidech », sont des signes tangibles de cette renaissance.

Gardons-nous de pavoiser, le chemin est long et le festival serait condamné

à se reproduire à l’identique, sans aucune surprise, si un marché local de la

bande dessinée ne se développait pas. Les ingrédients de « créativité »

semblent présents. « L’Algérie peut se targuer de posséder des talents de

haut niveau. Il suffit de leur faire confiance »19 affirme l’éditeur Salim

Brahimi. Quelques éditeurs (Dalimen, L. Labter, Z-Link) s’impliquent

modestement, la volonté est là, et produisent une dizaine de titres par an. La

moisson est insuffisante, la dynamique est à conforter. L’effort de tous est

indispensable. Le festival est un levier formidable, il ne doit pas être

l’unique, la formation artistique doit tonifier cet élan. Mustapha Nedjaï

rappelle qu’à travers l’organisation de cette manifestation, « l’idée

principale du comité du FIBDA est de sensibiliser les pouvoirs publics sur

l’intérêt d’ouvrir une section spéciale d’enseignement de la BD à l’Ecole

des Beaux-Arts »21. Ces vigilances, ces solidarités et ces efforts partagés

seront productifs à long terme.

Parole en parachute

La Ministre de la Culture est exaspérée, et sans polémiquer, regrette, en

réponse à une intervention de la Chef de la délégation de l’Union

européenne en Algérie, que les artistes algériens ne soient pas accueillis en

Europe « les espaces ne leurs sont pas offerts, même pas dans les édifices

publics de l’Union européenne à Bruxelles et Strasbourg ». Elle dit

l’Algérie prête « à montrer et partager avec les autres. Simplement, notre

plus grand problème avec l’Union européenne est de ne pas trouver un

espace, quel qu’il soit, pour les artistes algériens. Trouver un espace est de

l’ordre de l’impossible ». Cela m’inspire trois remarques : que n’adresse telle

pas aussi ses reproches au corps diplomatique algérien, aux attachés

culturels des chancelleries algériennes en Europe, dont c’est en partie la

mission. Que font-ils pour la promotion et la valorisation de l’art algérien ?

Qu’entreprennent-ils pour construire des collaborations et partenariats avec

des structures culturelles publiques et/ou privées à même d’accueillir nos

artistes et hommes de culture ? Qu’en est-il du réseau que l’on rêvait dense,

des centres culturels algériens à l’étranger, crées pour porter ces espérances

là ? A l’échelle de la France, que reste-t-il des pronostics de l’année 2003 :

le « retour » de l’Algérie sur la scène culturelle internationale, la création de

liens indéfectibles avec les grands établissements culturels français,

l’identification d’espaces appropriés aux artistes algériens pour se produire.

En un mot, quelles sont la capacité et la volonté de notre diplomatie

culturelle à créer des partenariats durables, pérennes, innovants, efficients,

avec des pays étrangers, avec des établissements culturels de premier plan ?

Quel est l’opérateur algérien pour orchestrer cette volonté et lui trouver des

débouchés ? Il serait temps d’avoir une vision claire, de long terme, sur le

mode opératoire de ces échanges internationaux, au regard de l’ambitieux

futur programme ministériel « Seront aussi encouragées les manifestations

d’envergure à l’étranger, les échanges et les invitations d’artistes (…)

notamment avec les pays arabes et l’espace euro-méditerranéen dans une

perspective de formation d’ateliers et de rencontres »23.

Délégation d’impuissance

Pour lever toute équivoque, je tiens à signifier mon intérêt et mon adhésion

au projet « Art in Algiers », car il porte des valeurs de partage, d’échange,

de création, d’altérité, de promotion de jeunes artistes, auxquels j’adhère. Je

connais le talent de ces deux plasticiens et leur travail sera essentiel pour

aider la mémoire à s’exprimer à l’occasion du cinquantième anniversaire de

l'Indépendance de l'Algérie. Il y a de « la place » pour d’autres initiatives de

ce genre et des compétences pour les faire prospérer. En septembre, Zineb

Sedira bénéficie d’une subvention du programme « Afaq » du fonds arabe

pour la culture et les arts en soutien à son projet de résidences artistiques en

Algérie. Le but est de développer un réseau relationnel dynamique entre

l'Algérie et d’autres pays du monde24. En décembre, Zineb Sedira et Kader

Attia exposent le contenu de cette plate-forme d’échange et d’exposition,

« Art in Algiers »25, expriment leur proposition artistique et idéologique. La

seule crainte à formuler est ce risque de « one shot » en matière de plateforme

d’échange artistique, verrouillé à un anniversaire mémoriel.

-Vigile anonyme :

L’Algérie officielle produit depuis quelques années une action culturelle

« originale », laissant perplexe tout observateur avisé qui consiste à faire

voyager les hommes de culture et les artistes des wilayas, d’une région à

l’autre pour se produire. Et toute l’année, une toile de circulation

arachnoïdienne se tisse. Elle satisfait béatement l’establishment culturel. A

une encablure du cinquantenaire de l’Indépendance, a-t-on besoin de faire

unité nationale ou craint-on qu’on ne le fasse pas assez ? Parallèlement à ce

graphique en évolution perpétuelle, une survivance de l’ère du parti unique,

des organisations de masse, des satellites du pouvoir, je nomme l’union

nationale des arts culturels, « assigne à résidence » les initiatives de ses

artistes membres, instillant une sorte de ségrégation géographique où

chacun expose chez lui et reçoit en contrepartie la visite du maître de

cérémonie. De temps à autre, il les fait circuler dans les innombrables salons

des arts plastiques, tribunes où en homme-orchestre, il communique26,

labellise, constate, « historicise »28, récompense avec la bénédiction

sonnante des deniers publics et la jouissance d’un lieu de diffusion

exceptionnelle à Alger. L’indignation pour être totale est la conservation

d’oeuvres d’artistes nationaux prestigieux, dans une simple remise de la

galerie Racim. OEuvres, par ailleurs, exposées dans des manifestations

rétrospectives d’un autre âge, qui n’ont pour seul objectif que de faire

exister et durer cette association, de lui conférer un semblant d’activité

culturelle.

Intrusions ou transitions idéologiques :

La culture s’ouvre au privé. Lors des journées d’études sur « Le rôle du

musée dans la protection du patrimoine », le directeur de la protection

légale des biens culturels et de la valorisation du patrimoine au ministère de

la Culture annonce l’élaboration d’un statut particulier pour les musées.

L’Etat envisage, dans le cadre de cette démarche, d’accompagner

l’ouverture « de musées par des privés ayant un capital patrimonial

important à valoriser ». Ces musées feront l’objet, au mois de novembre,

d’un accord algéro-allemand pour leur mise à niveau, entre le ministère de

la Culture et le musée archéologique allemand de la ville de Karlsruhe.

L’accord concerne la remise à niveau des institutions muséales d’Algérie «

La remise à niveau des musées algériens touche plusieurs aspects, dont

l’adaptabilité des bâtiments à la fonction muséale, la restauration, la

conservation des anciens bâtiments, l’éclairage à améliorer, les parcours

des visiteurs, c’est-à-dire tout ce qui concourt à les rendre plus attractifs

».

Etonnement. La chasse aux diplômes de ceux qui voulaient ouvrir ou gérer

des galeries d’art laisse place à un principe de réalité et de survie, la

Ministre de la Culture rend hommage aux galeristes « pour leur ténacité et

leur volonté de maintenir le cap (…) nous avons conscience que dans

l’avenir, nos galeries privées sont appelées à devenir le moteur essentiel de

notre futur marché de l’art ».

Etourdissement ! Après le développement autocentré, la suffisance

artistique, la fierté du modèle « unique » culturel national, le ministère de la

Culture fait son « coming out », au détour d’un communiqué, « Nous

n'avons aucune honte à déclarer tout haut que nous nous sommes inspirés

de pays européens, notamment la France, pour tracer cette politique, car

nous avons considéré que ce modèle de gestion est bon pour notre

peuple »33. Dans le contexte mondialisé des influences culturelles et des

emprunts d’expérience, le mot « honte » est déplacé, « bon pour notre

peuple » fleure bon le populisme outrancier, vous aurez donc compris que

ces deux insertions traduisent une écorchure du projet émotionnel officiel.

De quoi la culture est-elle, aujourd’hui, le nom ?

- La société civile grogne, conteste, discute, propose

Cet éternel constat « Il y a quelque chose qui ne va pas » peut nous faire

disserter jusqu’à l’infini. Chaque année, nous remettons l’ouvrage sur le

métier et devons faire la démonstration que le discours officiel du « tout va

bien ou tout va mieux » n’a pas de prise sur la réalité.

Dès l’entame de l’année, les artistes de Batna occupent leur centre-ville et

expriment leur désenchantement « l’activité culturelle se limite à

l’organisation de salons et les projets sont distribués aux proches », « les

artistes de Batna sont écartés par toutes les instances culturelles de la ville

». Ils souhaitent une commission d’enquête pour « vérifier comment les

différents budgets alloués à la culture ont été dépensés ». Le directeur de

la culture est suspendu36, il venait pourtant de bénéficier d’une enveloppe

spéciale, pour l’édification d’infrastructures et « valoriser et protéger le

patrimoine culturel local »37. La nomination de son remplaçant est

immédiatement contestée n’ayant pas « le CV requis pour assumer une telle

responsabilité ». A la même période, à Béjaïa, les artistes locaux se

mobilisent sur des revendications similaires. Ils observent un sit-in à

l’esplanade de la maison de la culture et demandent « l’ouverture d’une

enquête sur la gestion des budgets alloués au secteur », crédits dépensés à

« l’organisation de festivals qui n’ont aucun impact sur le rayonnement

culturel de la région ». Un membre du café littéraire de Béjaia exprime

son désarroi dans une tribune libre40 « A l’instar des autres villes du pays,

Béjaia subit dramatiquement cette funeste politique culturelle. Pour

dompter cette région réfractaire aux régimes autocratiques qui se sont

succédés à la tête du pays de1962 à aujourd’hui, une politique de

déculturation est mise en place et qui se caractérise par l’inexistence

d’aucun projet culturel digne de ce nom depuis un demi siècle. Pas d’école

d’art, cinémathèque toujours fermée (…), centres culturels inopérants,

maisons de la culture indigentes et oppressantes, gestion clientélistes des

affaires culturelles, pratiques abusives de la corruption ». En plein été, les

artistes de Tiaret assiègent la direction de la culture, regrettent « la

 

marginalisation dont ils sont victimes », interpellent les autorités « « pour

la réappropriation de l'espace culturel squatté par des gens qui n'ont

absolument rien à voir avec le monde de la culture et du savoir »41. Ils

accusent le directeur de la culture « (…) d'entraver l'action culturelle locale

au mépris des engagements pris auparavant avec des représentants de la

communauté des artistes ». A la fin de l’année, les employés de la

direction de la culture de la wilaya de Djelfa observent un arrêt de travail et

bloquent le fonctionnement de l’institution pour évoquer « les retards

qu'accusent tous les projets du secteur dans la wilaya ». A Blida, c’est

l’inertie culturelle. Vingt années de gaspillage. Des projets d’infrastructures

gelés, abandonnés ou transformés : la maison de la culture ne sera pas

réalisée conformément au projet originel, le musée est transformé en salle

d’exposition et la bibliothèque en conservatoire…. Un nouveau projet voit

le jour, vingt ans après le lancement des travaux44. Soucieuses d’éviter les

frictions négatives et de juguler l’impatience des citoyens, les nouvelles

directions de la culture s’astreignent à consulter les acteurs locaux et le

réseau associatif ; c’est le cas à Médéa et à Tébessa.