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Arts plastiques, arts musulmans, design 2010 - Abrous Mansour, auteur (I / V)

Date de création: 14-05-2011 16:48
Dernière mise à jour: 14-05-2011 22:15
Lu: 915 fois


 

 CULTURE – ETUDES ET ANALYSES – ARTS PLASTIQUES, ARTS MUSULMANS, DESIGN 2010 – ABROUS MANSOUR, AUTEUR

 (Première partie)

 

L’Annuaire artistique de l’Algérie 2010 (Fondé en 1998) -  Un an / 1 numéro

 

Directeur de la rédaction : Mansour Abrous

Tél. : 06.85.18.77.47

E-mail : mansour. abrous@gmail.com

 

Objectifs : L’Annuaire des arts en Algérie se veut fidèle à sa

mission d’outil d’information et de source de références pour toute la

communauté artistique, les étudiants, les chercheurs et les praticiens.

©Tous les droits de reproduction commerciale sont réservés à l'auteur

 

 « Ce qui est révolutionnaire, c’est le bouillonnement culturel permanent, et

c’est précisément pour cette raison qu’on l’empêche en Algérie » (Kateb

Amazigh)

                                                      Page  1/13

En 2010, 1024 artistes algériens ont exposé en Algérie et à

l’étranger (1).

- En Algérie, on compte 620 exposants pour l’année écoulée (2) , 49% à Alger et

sa petite couronne. L’activité culturelle est bien concentrée, outrageusement

concentrée, dans la capitale. La présence « extérieure » d’artistes de la

communauté algérienne à l’étranger, par l’entremise du musée d’art moderne,

fait « chiffre » et « volume ». Constantine n’est plus le foyer d’art vivant des

années 70 et 80, 12 manifestations artistiques (2%) pour une ville dotée d’un

pôle universitaire important, d’une école des beaux-arts et d’un musée

national. Le sud algérien cumule 20 expositions (3%) dans ses centres d’art

traditionnels Ghardaia, Tamanrasset et Biskra. Oran, 61 expositions, maintient

un niveau de vie culturelle et d’animation artistique, profitant du dynamisme

de l’espace Lotus, de l’événement « Sommet du GNL » et de l’apport des

artistes des villes voisines Mostaganem et Sidi Bel Abbès. La Kabylie a une

activité artistique (10%) moins dense que les années précédentes. Manque

certainement, comme pour le reste du pays, des équipements culturels de

qualité, novateurs, entreprenants, dynamiques, « engageants ». Inexpliqués, le

manque d’impact des écoles d’art dans le développement de la vie culturelle et

l’absence de mise en réseau entre les différents « porteurs » des projets

artistiques dans les régions.

Le dispositif des lieux d’exposition est très contraint, pauvre, pas adapté, et

quelquefois inexistant dans certaines villes et régions. Le constat est avéré

depuis de nombreuses années. Cela est d’autant plus vrai à l’extérieur d’Alger

où les artistes ne trouvent pas d’endroits adéquats spécialisés, en un mot des

galeries d’art, pour montrer leur travail et accueillir les publics.

Les participants à la première biennale méditerranéenne d’art contemporain

d’Oran ont insisté sur la création d’espaces et de galeries d’art pour contribuer

« au développement du marché de l’art en Algérie et permettre aux artistes plasticiens

de faire connaître leurs oeuvres » (3) . Dans cette ville, seule la galerie Lotus est un

espace dédié à l’art; son directeur appelle « à l’ouverture d’autres espaces de ce

type à Oran » et plaide pour un soutien des galeries d’art « par un fonds de

fonctionnement (du ministère de la culture) par exemple qui leur permettrait de faire

face aux charges et de multiplier les manifestations artistiques » (4).

 

Notes

1 / Les données, certainement partielles, émanent de l’exploitation de la partie visible des expositions

(couverture de presse, contact direct, catalogue, dossier pédagogique…), mais cela ne dévitalise pas

pour autant les constatations observées

2/  Alger (306), Oran (61), Kabylie (57), Sud algérien (20), Constantine (12), « Reste » du pays (164).

3 / La Nouvelle République 1er décembre 2010

4/  La Tribune 9 décembre 2010

 

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A Alger, ces dernières années, six galeries d’art ont fermé leurs portes,

situation imputée à « l’inexistence d’un marché de l’art » et à un désengagement

des services de l’état qui n’accorde pas « des facilitations aux personnes qui

voudraient investir dans ce secteur » (5). A Tlemcen, un artiste fait le lien entre la

promotion des arts plastiques et la création de galeries d’art, dont est

dépourvue la ville « La galerie d’art a un rôle important ; c’est un outil qui permet

d’assurer la promotion de la culture par divers moyens : expositions, manifestations,

etc…» (6). A Tizi-Ouzou, le constat est édifiant, une seule galerie d’art privée (7)  et

la difficulté à promouvoir les arts plastiques en l’absence d’une politique

d’« éducation artistique du public » (8). Les artistes de Constantine cultivent le

désespoir, partent à la recherche d’espaces d’exposition et point de salut

aujourd’hui dans les projets d’équipements projetés. Seule initiative

lumineuse, la création d’une galerie d’art par l’artiste peintre Lichani Mimia.

Quand ces galeries existent (9) , les artistes reprochent « le diktat des galeristes et

leur manque d’audace », leur manque de professionnalisme « elles ne font que dans

l’accrochage et la vente…il n’y a pas d’exposition au sens propre du terme, avec des

vernissages, des affiches, des invitations pour la presse, des catalogues ». Les

galeristes s’insurgent et rappellent les difficultés à implanter leur activité : pas

d’acheteurs, pas de marché de l’art et des coûts d’exploitation élevés de leur

galerie.

- A l’étranger, l’art algérien a voyagé dans tous les continents sans exception (10) ,

avec une forte concentration des projets en Europe (322, soit 80%).

En France, les talents se voient, les réussites sont nombreuses. 61% des

expositions (246) des artistes algériens à l’étranger se font en France; on

remarque de nouveaux talents, avec des ancrages pérennes et plus « défendus »

dans le champ artistique et des destins-présences plus visibles. La capitale

française et sa région de rayonnement ont été supplantées, en termes

d’événements organisés, par la province (142 soit 58%), devenu lieu de

résidence de nombreux artistes, qui connaît un développement des lieux

d’exposition, centres d’art et foires d’art contemporain.

 

Notes

5/  La Tribune 9 décembre 2010

6/  Idem

7 / La galerie Once de l’artiste Nadia Cherrak Ouahioune

8 / La Tribune 9 décembre 2010

9/  El Watan 5 novembre 2010

10 / France (246 dont 142 Province, 75 Paris, 29 région parisienne), Europe (76), Amérique du Nord (Etats-Unis 31, Canada 9), Asie (9), Monde Arabe et Moyen Orient (20 dont 1 à Jérusalem), Amérique Latine (2), Australie (2), Afrique (9 dont Afrique du Sud 6).

 

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Pour exemples succincts :

- l’illustrateur et scénariste Allam Norédine qui crée la série Muslim’s show

aux Editions B-Douin, 1ère maison d’édition « musulmane » de bandes

dessinées en Europe.

- le vidéaste Fayçal Baghriche singulièrement remarqué par son installation à

l’Hôtel d’Albret (Paris) lors de la Nuit Blanche 2010.

- la commande de la ville de Paris au photographe Bourouissa Mohamed, très

en cour lors de sa dernière exposition à la cité nationale de l’histoire de

l’immigration (Paris), d’oeuvres illustrant la construction du prolongement du

tramway .

- l’intervention de Mesli Ahmed, peintre et dessinateur, à l'occasion de la 20e

journée internationale de la liberté de la presse, par une fresque de 15m² sur le

parvis de l'hôtel de ville de Paris.

En 2010, les artistes algériens n’ont pas oublié d’emprunter le réseau dense des

grandes manifestations d’art contemporain en Europe, aux Etats-Unis et dans

le Monde Arabe. L’évidence est plus grande pour cette année, se traduisant

par un tiers de « présence » dans ces lieux de monstration, obligés, pour qui

veut construire un parcours reconnu et être « repéré » par les collectionneurs

d’art. Ce mouvement, il est vrai, profite à des personnalités et des créateurs

consacrés, de premier plan (Adel Abdessemed, Kader Attia, Myriam Mechita,

Zineb Sedira…).

Au niveau européen, les « locomotives » sont plus nombreuses (Neil Beloufa,

Mahdjoub Ben Bella, Zoukikha Bouabdellah, Mohamed Bourouissa, Afif

Saadane, Djamel Tatah, Oulab Yazid, Cherif Zerdoumi…). Nonobstant une

quelconque hiérarchisation des mérites, ces « réussites » opérent

favorablement, et impriment une empreinte artistique maghrébine et ou

africaine. Des « têtes de pont » se font jour dans de nombreux pays (11) et, je suis

persuadé, « agrégent » autour d’elles; et fort de l’implantation locale, créent un

champ des possibles.

Les artistes algériens exposent dans les endroits les plus signifiants de la

planète. Ils sont commissaires artistiques de manifestations prestigieuses (12),

directeurs de galeries (13), achetés et collectionnés par de grandes institutions

culturelles (14), représentés par des galeries d’art « transnationales » (15), invités en

 

Notes

11/  Kahla Saïd et Aggad Kader en Allemagne, Merbah Djamel et Sitahar Karim en Belgique, Imadalou Chaouane Dalila en Suisse, Sidhoum Lyès à Hong Kong et Rahmouni Imaad au Maroc.

12/  Attia Kader est commissaire de nombreuses expositions dont « Iconoclastes : les territoires de l’esprit » (Paris) et « Périfériks » (Neuchâtel).

13/  Celestin Karima, Loumani Ada, Kerrad Fazia Sarah, Sitahar Karim et Rashid Abdelhamid créent et dirigent une galerie d’art à Paris, Valbonne, Reims, Liège, Gaza; Hams Sid Ali et Ben Yahia Younès créent un atelier-galerie à Sisteron et à Lyon; Bendjabbar Abdelkader est directeur de la galerie ArtKange à Embourg; Baghriche Fayçal est responsable de la galerie Léo Scheer à Paris.

14/  Le musée national d’art moderne de Paris fait l’acquisition des vidéos Action et Les illuminés de la plasticienne Boughriet Halida.

15/  Abdessemed Adel est représenté par la David Zwirner Gallery à New York, ses travaux sont exposés dans le monde entier. Beloufa Neil est pris en charge à Los Angeles par la galerie François

 

 

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résidence (16). Ils créent des maisons d’édition (17), intéressent le champ de la

production universitaire (18), font de l’expertise (19) . Ils enseignent dans des écoles

d’art (20). Tout cela « hors les murs » de l’Algérie.

En Amérique du Nord, la visibilité de la communauté artistique algérienne est

meilleure (21). Des artistes algériens des Etats-Unis et du Canada ont pris part à

une exposition de peintures et de photographies organisé, en octobre, à

Boston, à l’initiative de l’université américaine Merrimack College de North

Andover (Massachusetts) et de l’association algéro-américaine de la Nouvelle

Angleterre (22). D’autres plasticiens algériens se produisent régulièrement dans le

nouveau continent, le peintre et designer Abid Zahir à Ardsley, Meghelli Fethi

à Windsor et New Haven, Mendjeli Lakehal Ilham et Dridi Danya à Miami. Au

Canada, régulièrement, fédérés ou non, les artistes Nylda Aktouf, Miloud

Boukhira, Yacine Brahimi, Ali Kichou, Azzeddine Mekbel, Hadjira Preure,

M’Hamed Saci, Nacer Izza, s’illustrent dans de nombreuses manifestations à

caractère local ou international.

Les artistes algériens tournent le dos à leur sud. Dak’Art et la biennale de

design de Cotonou accueille trois exposants et exceptionnellement, à

l’occasion de la célébration de la coupe du monde de football, les oeuvres de

six artistes, sont exposées à Johannesburg. Les voisins immédiats, Tunisie et

Maroc (23) , ne semblent pas jouïr du plus grand intérêt pour nos créateurs. Le

Moyen-Orient (24) est, par contre, très investi, par les artistes algériens ou

d’origine algérienne, profitant de l’engouement des Emirats Arabes Unis et du

Qatar pour l’art contemporain et du dynamisme exceptionnel de leurs galeries

d’art et de leurs musées. Cette scène arabe arabe émergente a sa place dans le

marché international et elle est « portée », depuis 2006, par l’intérêt de

Sotheby’s, qui organise tous les mois d’octobre à Londres, à destination des

 

Notes

Ghebaly et à Francfort par la galerie Kai Middendorff ; ses oeuvres filmées participent à de prestigieux festivals en Europe.

16/  Meddaci Mehdi, photographe et vidéaste, spécialiste de la mémoire des migrations et des déplacements est en résidence au 104 (Paris); Attia Kader est en résidence à Washington où il poursuit ses recherches sur les signes de réappropriation culturelle, au National Museum of African Art de la Smithsonian Institution.

17/  Allam Norédine crée les éditions B-Douin de bande dessinée (Paris); Abed Abidat crée la maison d’édition photographique Images Plurielles (Marseille).

18/  De nombreuses études universitaires sont consacrées à Abdessemed Adel, Attia Kader, Henni Abdelhakim, Mechita Myriam, Raïs Slimane, Merabtene Menouer, Ali Dilem.

19/  Hamitou Souad, céramiste, effectue, en juin 2010, une mission de conseil et d’assistance technique auprès d’artisanes potières nigériennes.

20/  Aoun Arezki enseigne à l’école européenne supérieure de l’image d’Angoulême et Poitiers. Mechita Myriam enseigne à l'école des beaux-arts de Caen.

21/  Etats Unis, 31 expositions avec une dominante pour les deux villes de New York et Miami et 9 expositions pour le Canada, exclusivement à Montréal et Toronto

22 / El Moudjahid 17 octobre 2010, El Watan 20 octobre 2010

23/  Huit expositions : 4 en Tunisie, 3 au Maroc et 1 en République Sahraouie

24/  Dix neuf expositions dans le monde arabe dont et 11 au Liban, Egypte, Qatar et Emirats Arabes Unis