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Presse 1988/1992 - Historique (1ère partie)

Date de création: 26-11-2010 06:01
Dernière mise à jour: 28-03-2011 20:53
Lu: 2114 fois


PRESSE 1988/1992 -HISTORIQUE (1/2) 

par Belkacem Ahcene-Djaballah

 

 

"Si je devais opter pour un gouvernement sans journaux

ou une presse sans gouvernement,

je n'hésiterais pas un instant à choisir la seconde option"

Thomas Jefferson

 

 

"Nous, journalistes algériens, réunis à Alger le lundi 10 Octobre 1988 à 10 heures.

1) Informons l'opinion publique nationale et internationale que nous avons été et sommes toujours interdits d'informer objectivement des faits et événements qu'a connu le pays notamment depuis l'explosion populaire du 5 Octobre. Dénonçons l'utilisation tendancieuse faites en ces circonstances graves des médias nationaux et ce, au mépris de toute éthique professionnelle et du droit élémentaire du citoyen à l'information.

2) Rappelons avoir déclaré, dans les différents documents adoptés par notre mouvement, que les atteintes de plus en plus graves aux conditions de vie et aux droits sociaux acquis des couches les plus larges du peuple algérien concourraient à créer les conditions d'une telle explosion populaire. Et, cela, en l'absence de toute possibilité d'expression démocratique.

3) Condamnons de ce fait l'utilisation violente et meurtrière de la force armée et l'inconséquence avec laquelle l'ordre a tenté d'être rétabli.

4) demandons la levée immédiate de l'état de siège afin de rétablir les citoyens dans l'exercice de leurs droits constitutionnels.

5) Exigeons la libération de l'ensemble des détenus d'opinion arrêtés de façon arbitraire à la faveur des troubles dans la tentative de trouver des boucs émissaires. Exigeons la libération des citoyens arrêtés lors des manifestations.

6) Demandons l'établissement des libertés démocratiques dans leur totalité, seules garantes d'un large débat national dans lequel l'ensemble des masses populaires pourra s'exprimer autour de leur avenir".

Cette déclaration, diffusée par les journalistes de la Wilaya d'Alger juste avant le décès du reporter de l'Aps, à Bab El-Oued, Sidi Ali Benmechiche, même si, au départ, elle n'était suscitée que par un groupe restreint, représente, dans l'histoire du journalisme algérien, un jalon essentiel car, à vrai dire, elle a été la première d'une série ininterrompue de faits et de prises de position multiples en faveur de la démocratisation de la vie politique et des libertés individuelles et collectives et ce, tout particulièrement jusqu'à l'adoption de la loi n° 90-07 du 3 Avril 1990 relative à l'information, loi qui, après des débats houleux et même des manifestations, a posé pour un temps (dans ses dispositions restrictives) ou pour longtemps (au niveau des principes) les règles juridiques du développement futur du secteur.

Dès cet instant, c'est une page nouvelle de l'histoire, non plus des journalistes, mais, surtout, de la presse qui est abordée, dans le tumulte des transformations et des problèmes techniques, financiers et organisationnels, offrant en moins d'une année un paysage médiatique totalement bouleversé et des approches journalistiques différentes.

Au début de l'année 1991, la presse algérienne n'est plus comme avant, lorsque toutes les entreprises et toutes les publications, sans exception, se trouvaient liées directement au système avec un statut d'entreprises publiques. De celles-ci, il n'en reste que cinq, inscrites dans la loi : l'entreprise de télévision (Entv), l'entreprise de radio (Enrs, avec ses 4 chaînes), l'agence de presse (Aps), l'agence photographique de presse (Api) et l'entreprise de télé-diffusion (Entd). Ces entreprises publiques à caractère industriel et commercial ont des Directeurs Généraux nommés en Conseil des Ministres. Tout le reste a été transformé, grâce à une habile manœuvre, en "entreprises publiques économiques" (en Sarl puis, juste après, en Spa - Sociétés par actions), les titres des quotidiens El Moudjahid et Ech Chaâb mis à part, puisque le premier avec son imprimerie et le second ont été transférés au parti du Fln, le 8 Mai 1990. Les titres de presse, ainsi que les imprimeries d'Ech Chaâb, d'An Nasr et d'El Djoumhouria, sont ainsi versés, le 22 Octobre 1990,de manière éparpillée , à des Fonds de participation (gestionnaires des capitaux de l'Etat) qui, dans un premier temps, possèdent la totalité des actions et donc "administrent" les entreprises :

— Horizons (quotidien) au fonds "chimie, pétrochimie et pharmacie".

— El Massa (quotidien) au fonds "agro-alimentaire".

— El Djoumhouria (quotidien) au fonds "services".

— An Nasr (quotidien) au fonds "industries diverses".

— Algérie-Actualité (hebdomadaire) au fonds "mines, hydrocarbures et hydraulique".

— Adwa (hebdomadaire) au fonds "biens d'équipement".

— El Mountakheb (hebdomadaire sportif) au fonds "construction".

— La Vie économique (périodique) au fonds "biens d'équipements".

— El Hadef (hebdomadaire sportif) au fonds "agro-alimentaire".

— Es Salam (titre nouveau, quotidien en arabe) au fonds "électronique informatique".

— La Vie Economique (périodique) au fonds "biens d'équipement".

— El Hadef (hebdomadaire sportif) au fonds "agro-alimentaire".

— Parcours maghrébins (périodique édité en français et en arabe de manière distincte) au fonds "services".

Dans la foulée, trois "Epe" d'impression ont été créées, confiées, elles, à 4 fonds de participation ("industries diverses", "services", "biens d'équipement", "électronique") pour des parts de 25% à chacune :

Société d'impression d'Alger (ex-imprimerie Ech-Chaâb), société d'impression de l'Est (ex-imprimerie d'An Nasr) et société d'impression de l'Ouest (ex-imprimerie d'El Djoumhouria).

C'est là une formule finale hybride, qui a été loin du respect des formes réglementaires concernant la restructuration des entreprises, et formule qui n'a pas manqué de susciter des contestations, des interrogations et des interpellations surtout de la part des partis politiques ou de groupes apparentés qui voient, dans cette forme de gestion, une perpétuation de l'emprise étatique et, surtout, gouvernementale, sur des titres qui, de plus,  vivent sur des "acquis" avec le risque de manipulation ou de dirigisme déguisé : "Le Gouvernement contrôle les fonds, lesquels contrôlent les Epe, lesquels contrôlent les titres. Sans aller au fond de cette grossièreté, examinons la question sous le simple angle formel, c'est-à-dire la simple morale professionnelle : Un journal d'Epe pourra-t-il critiquer la gestion d'un fonds qui le possède ? Et, un fonds propriétaire d'un titre, pourra-t-il critiquer un autre fonds propriétaire lui aussi, d'un autre titre, sans faillir à la solidarité de survie des réformes ?…

L'opposition, toute l'opposition, elle, aura dans ces colonnes la place qu'elle a déjà dans le budget de l'Etat, c'est-à-dire une miette, comparée aux moyens colossaux et disproportionnés que s'offre d'autorité le pouvoir pour lui-même (…) (El Badil, 30 Décembre 1990).

Certains iront même plus loin puisqu'ils situent le redéploiement dans un cadre idéologique : "Les titres du secteur public appartiennent maintenant aux fonds de participation, ces mêmes fonds de participation sont aussi les propriétaires des entreprises nationales qui sont appelées à entrer en pleine phase de l'économie de marché (un libéralisme contrôlé). Et bien, devinez qui est à la tête de ces fameux fonds de participation ? Des pagsistes et assimilés.

Une belle contradiction, n'est-ce-pas ? Et, après, on dira qu'il y a des gens qui sont contre les réformes" (Le Jeune Indépendant, 29 Janvier 1991). Assez exagérée comme critique, mais tout de même acceptable.

Il est cependant vrai que la nouvelle organisation de la presse écrite publique révèle, au grand jour, des incohérences d'une situation rebelle à une évolution "freinée" pour des raisons de stratégie. Le débat est peut-être clos, mais il n'est nullement épuisé car l'existence de la presse écrite publique, dans un décor pluraliste, reste tout de même une "survivance" de pratiques et méthodes de l'ancien système  (Révolution africaine, n° 1398, 13/19 Décembre 1990).

Mais l'espoir restait grand car les titres étaient désormais soumis à la loi de la commercialité, donc de la rentabilité et du succès.

De ce fait, les journalistes devaient être plus professionnels que jamais. respectueux beaucoup plus du service public que des règles du secteur public d'autant que l'esprit de concurrence faisait fureur, allant parfois jusqu'aux dépassements déontologiques dus à un sensationnalisme mal assimilé.

En effet, la presse indépendante (privée) a, en quelques mois, et malgré de multiples difficultés (dont les plus notables sont liées à l'insuffisance des moyens de tirage, à la non-disponibilité du papier en certains moments, et à l'augmentation du prix payé à l'imprimerie : Le prix "homologué", fin 1990, était de 1,20 dinars l'exemplaire et il était assez contesté par les entreprises d'impression), envahit les kiosques.

Au début de l'année 1991, il y a sur la place :

— 5 nouveaux quotidiens (dont 4 "indépendants") : Le Soir d'Algérie, El Watan, Alger-Républicain, El Khabar et Es Salam.

— Une douzaine d'hebdomadaires d'informations générales.

— Une trentaine de périodiques.

Il y a, aussi, la presse partisane : El Badil (Mda), El Mounquid et El Forkane (Fis), Libre Algérie (Ffs), Sawt Ech Chaâb (Pags), El Manbar (Apua), etc…

Au total, début 1991, une cinquantaine de nouveaux titres, bouleversant, de fond en comble, le paysage médiatique national, en attendant l'apparition de nouvelles radios et télévisions. En six mois, le nombre d'exemplaires mis en vente quotidiennement grimpait de 500.000 à plus d'un million, avec une forte consommation, d'autant que la presse étrangère était — pour des raisons de non-paiement, aux Nmpp françaises, de factures (45 millions de Ff) par l'organisme importateur l'Enamep-Centre — absente du marché depuis le 15 Juillet 1990.

Il est vrai que le gouvernement Hamrouche n'a pas lésiné sur les moyens. En plus de son soutien à une Loi relative à l'information totalement libératrice pour ce qui concerne les moyens (mais, qui nécessitait cependant, la mise en place des mécanismes d'application prévus comme les comités de rédaction pour assurer une responsabilité autonome de la gestion rédactionnelle ainsi que la participation des journalistes au capital), il a promis toute une aide matérielle (qui s'est avérée certes assez difficile à mettre en œuvre, par la suite, beaucoup plus à cause des habitudes bureaucratiques, tout particulièrement des banques).

Ainsi, le 19 Mars 1990, la circulaire n° 4/90 du Chef du gouvernement est venue mettre en œuvre des décisions du conseil des Ministres du 13 Février 1990, concernant le "régime d'exercice des journalistes du secteur public".

On a donc offert aux journalistes du secteur public deux options :

1) La possibilité d'œuvrer au sein de la presse de parti ou d'opinion de leur choix. Dans ce cas, les garanties statutaires de progression dans la carrière et des avantages qui lui sont liés, seront assurées jusqu'au 31 Décembre 1992, par les pouvoirs publics auprès de l'organe d'accueil, à tous les journalistes qui souscriront, avant le 15 Avril 1990, à la déclaration d'option individuelle… (Cela a, bien sûr, fait, avec les illusions du départ, l'affaire, des journaux partisans surtout).

2) La possibilité de constituer des collectifs professionnels pour la création et l'édition d'un titre indépendant, de revues ou de périodiques…

L'agrément du projet, par une commission de suivi (comprenant, outre les représentants des pouvoirs publics, les responsables des organes de presse et les représentants qualifiés des travailleurs de la profession), ouvre pour chaque journaliste du collectif (ainsi qu'à tous les journalistes des 10 nouvelles Spa) la préservation des garanties statutaires de progression dans la carrière et des avantages qui lui sont liées jusqu'au 31 Décembre 1992.

Ces sujétions seront à la charge des pouvoirs publics (ainsi, l'Assemblée Populaire Nationale a inscrit une somme de 10 milliards de centimes destinée à faire face à ces sujétions, dans la loi de finances complémentaire pour l'année 1990, somme qui a été augmentée de 30 autres milliards dans la loi de finances 1991 au sein d'un Fonds Spécial de Promotion de la presse écrite et audio-visuelle).

Par ailleurs, des facilités diverses (crédit, locaux — une Maison de la presse a été mise à la disposition des nouvelles entreprises, Place du 1er Mai à Alger — impression, facteurs de production — une commande globale de matériel de composition a été lancée pour une somme de cinq milliards de centimes) furent prévues.

Par la suite, en Juillet, le Conseil Supérieur de l'Information, autorité administrative indépendante de régulation, a été installé. Il comprenait 3 personnalités désignées par le Président de la République, 3 autres par le Président de l'Assemblée Populaire Nationale et 6 journalistes élus par leurs pairs.

Mais, tout cela ne résoud pas les problèmes : Début 1991, "la presse (…) se dépêtre encore dans des situations bureaucratiques où le "juridisme" assombrit les perspectives. Les réflexes et les mécanismes propres à une société régie par la loi du marché ne sont pas encore suffisamment en place, ni dans la réalité, ni dans les esprits.

En guise d'illustration, la publicité se fait plus sur la base de relations amicales que sur des critères de production ou des données commerciales. Par ailleurs, la persistance de faux débats sur des notions indépendants — privés écorche l'approche du dossier et complique les solutions. La presse, dans son ensemble, voit un handicap prononcé. C'est, avant tout, le résultat de quelque trente années de sclérose. Un cas, semble-t-il, pas comme les autres, pour le Ministère des Affaires sociales "… qui gère le dossier et la transition". Beaucoup de problèmes donc, et beaucoup d'espoirs car toutes les difficultés n'ont pas empêché une extraordinaire explosion de l'expression qui, en bien des moments, n'a pas manqué de gêner, tant le pouvoir que l'opposition, les citoyens étant en définitive les seuls à trouver leur compte.

"Un processus de démocratisation a besoin de bâtisseurs qui y croient d'abord, et capables de concevoir les actions de restructuration nécessaires pour le réaliser ensuite. Il doivent y croire par conviction profonde, et non pas par opportunisme politique, comme une marchandise juste bonne pour être intégrée dans le discours politique. Ils doivent, en outre, être doués d'un esprit de tolérance à toute épreuve pour être en mesure de résister aux appels des sirènes de "l'ordre avant tout" et de l'autoritarisme facile", écrivait Abdelaziz Barrouhi dans "Demain, la démocratie" (Tunis 1990).

S'il est une chose absolument certaine, qu'il n'est d'ailleurs point besoin de prouver, c'est bien le rôle important, sinon essentiel, joué par les journalistes algériens en tant que bâtisseurs entiers du processus de démocratisation. Grâce à eux, la presse qui, avant Octobre, était un instrument passif entre les mains des appareils du système, s'est muée rapidement en agent actif et en véritable pouvoir… le quatrième certainement, le premier à certains moments, tout particulièrement juste après Octobre quand tous les appareils s'étaient presque dilués dans la tourmente.

L'appel du 10 Octobre n'était, en fait, que le résultat d'une longue suite d'affrontements au départ surtout liés à des problèmes d'ordre socio-professionnel. Ainsi, les journalistes ont été les premiers travailleurs à "marcher" sur une institution gouvernementale, en l'occurrence le Ministère de l'Information, pour protester contre les aspects bureaucratiques et autoritaristes réels ou supposés… Il est vrai que les luttes déjà existantes au sein du Fln influaient beaucoup sur les comportements politiques, tout particulièrement par le biais de l'Union des journalistes (et des écrivains) algériens, alors dirigée par Larbi Zoubeiri, membre du Comité central du parti, très proche de Mohamed Chérif Messadia, 2ème responsable du Fln après le Président Chadli, et aux conceptions assez opposées à celles du Ministre de l'Information de l'époque, Bachir Rouis, membre du Bureau Politique, proche de la Présidence, considéré comme trop "ouvert" et, surtout accusé d'être le défenseur de la francophonie (Hizb frança !).

En ces temps-là, donc, les luttes pour libérer l'expression apparaissaient clairement, car provenant d'une population journalistique déterminée, se déplaçant dans un système monopartisan et unanimiste, et qui, quelles qu'étaient ses contradictions internes, adoptait — malgré des apparences d'allègement, à partir des années 1984 — une seule attitude face à tout ce qui risquait de déranger l'exercice de son pouvoir. Par la suite, après Octobre, et surtout sous le Gouvernement Merbah, avec un Ministère de l'Information dirigé par un rescapé de l'ancien Fln, Mohammed-Ali Ammar, les problèmes de restructuration des moyens réglés, les difficultés tournèrent autour de la compréhension de concepts qui, faciles à énoncer, et inscrits dans la loi relative à l'information, n'en étaient pas moins difficiles à appliquer.

Les affrontements continuèrent donc, au sein même d'un système qui n'avait pas encore basculé, mais ils étaient, cette fois-ci, exprimés par d'autres. L'Union des Journalistes Algériens, totalement discréditée, avait laissé la place au Mouvement des Journalistes Algériens (Mja)  qui — parfois manipulé surtout par des locataires de la Présidence de la République, mais aussi par le Ministre de l'Information, souvent anarchique mais toujours actif — occupe la scène jusqu'à la promulgation de la loi 90-07 relative à l'Information. Dès ce moment, et plus précisément avec la suppression du Ministère de l'Information et l'inexistence de toute cellule d'orientation au niveau du Chef de Gouvernement, Mouloud Hamrouche, les choses prirent une autre tournure, mais cette fois-ci en dehors du système :

Agression d'une équipe de l'Entv à Bou Ismail, début Novembre 1990 par un groupe de personnes "portant barbes et gandouras", procès intenté sur plainte du Président de l'Apc de Annaba contre un journaliste du Soir d'Algérie, en Décembre 1990, pour diffamation, Ben Bella qui accuse les journalistes algériens de "brosseurs" (Chiyatine) du système lors d'un "face à la presse" télévisé, Amar Belhimer, un "réformateur", très proche de Hamrouche qui, soudainement, lors d'une interview accordée au Soir d'Algérie accuse le Directeur Général de l'Aps, Mohamed Hamdi, "d'incompétent doublé de schizophrène et de psychopathe" et le Directeur d'Algérie-Actualité "de vouloir se refaire une virginité politique", Hocine Mezali qui quitte avec fracas le Nouvel Hebdo, accusant Kamel Belkacem de tous les maux dont celui de vouloir "descendre" à tout prix le Gouvernement Hamrouche, etc…

Il y eut, cependant, quelques ratés qui démontrèrent simplement, une fois de plus, qu'aucun exécutif n'est prêt à se départir totalement de son pouvoir d'intervention dans la presse. Ces ratés (dont les plus scandaleux furent la non-diffusion par la télévision des images d'une énorme manifestation en faveur de Ait Ahmed début Juin 1990 à Alger, et la publication d'un article jugé, par tous, perfide du Directeur Général de l'Aps à l'encontre de Ben Bella) que l'on peut seulement mettre sur le compte de zélateurs (naïfs ou individus non dépourvus d'arrière-pensées politiciennes) se disant plus réformateurs que d'autres ont eu certainement des effets désastreux sur les attitudes politiques des citoyens : "…l'électorat algérien, même en période électorale reste sous-informé. Prendre la responsabilité de faire silence (…) durant la période décisive, c'est aussi livrer l'électeur aux seuls discours du pouvoir et de la rumeur dont nous n'ignorons pas les bénéficiaires…" (El Badil, 30 Décembre 1990). Pour les cas sus-cités, c'est en fait le grand pourfendeur du système, en l'occurrence le Fis, qui en a tiré le  plus grand profit,  le 12 Juin 1990. Avec la bénédiction du gouvernement ? Qui sait !

D'autres exemples peuvent être cités confortant encore plus dans l'opinion publique l'idée que le système — et surtout ses exécutants — n'arrivait pas à se dépêtrer de réflexes dépassés et ce, malgré la large ouverture de la télévision et de la radio aux tribunes partisanes en Mars 1990 et les professions de foi, soit du Président de la République lui-même, soit du Chef de Gouvernement :

— Le 1er Juillet 1990, 2000 vieux exemplaires de Tribune d'Octobre (journal édité en France et très proche de Ben Bella) sont saisis par la police, alertée par les Douanes algériennes, au port d'Alger. Et ce, sans mandat judiciaire ou procès-verbal de saisie. Les militants du Mda (benbelliste) font une grève qui durera plusieurs jours — sur les lieux de la saisie — et alertent l'opinion publique pour violation de l'article 36 de la Constitution. La justice est saisie officiellement. Le 11 Juillet, la Chambre administrative de la Cour d'Alger tranchera en faveur du Mda par une ordonnance en référé ordonnant à l'Etat, en la personne du Ministère de l'Intérieur, la restitution des exemplaires retenus au port d'Alger. Cette rétention est considérée par la justice comme "une voie de fait caractérisée". En d'autres termes, le Ministre de l'Intérieur  est accusé par la justice… de "hogra".

— Mardi 5 Février 1990 éclata une affaire "Parcours Maghrébins" (édition en langue arabe). Des pressions se seraient exercées tout au long de la semaine de la part du cabinet du Chef du Gouvernement pour faire cesser la parution d'une série d'articles, extraits du livre "L'histoire d'Al Saoud"… livre qui développait la thèse que les Al Saoud étaient… d'origine juive.

Le directeur Général et le Rédacteur en Chef étaient, par la suite, convoqués à la Direction Générale de la Sûreté Nationale sur demande du Ministère public. Une occasion à ne pas rater par la rédaction qui diffuse, tous azimuts, un communiqué dénonçant "les pressions", et demandant la "solidarité de tous pour exercer notre mission de service public et à garantir au citoyen le droit à une information complète et intègre". La justice a été saisie. Par qui ? Et, même si c'est une action publique s'appuyant sur l'article 97 de la loi relative à l'information, qui, au départ, a protesté ! La Présidence de la République ? Le Ministère des Affaires Etrangères, saisi par l'ambassadeur d'Arabie Séoudite en Algérie ? Une question à laquelle nul n'avait intérêt à répondre en ce temps de guerre du Golfe.

Sous le gouvernement Merbah, on peut dire que la lutte pour la liberté d'expression s'exprimait contre le système encore en place. Ici, deux affaires méritent d'être signalées, car assez symptomatiques de la mentalité monopartisane et surtout autoritariste.

— Le 31 Janvier 1989, le Directeur du quotidien oranais El Djoumhouria et futur Directeur de l'hebdomadaire satirique en arabe Essahafa, Habib Racheddine était brutalement renvoyé et deux journalistes, Leila Ghezzar et Kheira Tarah étaient, par la suite, interpellées par les services de sécurité : Ils s'étaient penchés", à partir du 16 Janvier, avec force détails, par le biais d'articles publiés, sur l'attribution à des personnes privées de certains bâtiments publics de Mostaganem, articles dans lesquels ils affirmaient que les lois en vigueur n'étaient pas respectées et que les heureux bénéficiaires étaient proches du "tout Etat" algérien. Les documents publiées, à l'appui des "révélations", établissaient notamment qu'une villa et des terrains appartenant à la Sûreté Nationale avaient été attribués à un certain Kader L. (qui ne serait autre que l'un des gendres du Président Chadli, alors Wali de Tipaza). Une autre maison, appartenant au Ministère de l'Agriculture était, elle, attribuée au père du fameux Kader L. Le tout, couvert par des décrets officiels établis en 1986. Outre ces attributions jugées frauduleuses, les journalistes évoquaient plusieurs autres dossiers litigieux traités de 1984 à 1988.

Malgré les protestations de la section oranaise de la Ligue algérienne des droits de l'homme (la Direction d'Alger ne s'était pas inquiétée), les trois journalistes furent déférés devant le parquet — pour atteinte à corps constitué, diffamations et offenses à la personne du Chef de l'Etat — qui a alors décidé de leur mise en liberté provisoire. En Octobre 1990, la justice se prononçait sur un non-lieu. La décision, (comme, d'ailleurs, le renvoi de Racheddine) ne connut pas de publicité, tant il est vrai que l'impair — volontairement créé par des adversaires du Président de la République dans le cadre de règlement de comptes ? — était politique, or la politique avait beaucoup évolué. Aussi, le Président de la République a été clair : "Nous croyons à la liberté de la presse nationale car celle-ci pourrait ainsi aider le régime à dévoiler certaines réalités…" (23 Mai 1990).

— En Mai 1989,  c'est une affaire tout aussi importante qui éclate : le n° 1230 du 10 Mai 1989 d'Algérie-Actualité est envoyé au pilon à cause de l'éditorial du Directeur Général de l'Enerim et directeur de la publication, intitulé "le droit à la critique" dans lequel Kamel Belkacem jugeait sévèrement la politique gouvernementale, tout en se réclamant des orientations de la "Présidence de la République".

Un numéro, expurgé de l'éditorial, a été, par la suite, mis en vente. L'affaire est rendue publique, suite à un communiqué de la Ladh (signé de son Président Miloud Brahimi que l'on disait très proche de certains services de la Présidence de la République), une réponse du Ministère de l'Information qui base son intervention sur l'article 5 du code de l'Information (de 1985)… et, aussi, son annonce au Journal télévisé de 20 heures, le Jeudi 12 Mai… et ce, "au nom de la démocratie et de la Constitution". L'analyse du Mja le 14 Mai 1989, est claire :

"…Pourtant, tous les jours et dans tous les médias, y compris la télévision, des journalistes sont censurés sans pour cela en informer l'opinion publique. Ni l'affaire Racheddine, ni la grève d'El Moudjahid n'ont par exemple bénéficié d'un tel traitement médiatique (…). Nous ne sommes pas dupes. Aujourd'hui, à travers cette affaire, l'opinion publique est prise à témoin d'une lutte acharnée entre différents appareils politiques (…). Les moyens d'information sont utilisés par les uns et les autres comme lieux et enjeux de divergences qui prennent des proportions inquiétantes (…)". Ils n'étaient pas loin de la vérité.

Par la suite, la presse, libérée (en grande partie, mais pas totalement) par la loi relative à l'information et malgré les ratés ci-dessus présentés ou les lacunes de la réglementation, l'expression des journalistes s'est trouvée au milieu d'une tourmente nouvelle, plus large et parfois insaisissable, excluant ou emportant les appareils traditionnels et concernant la société dans son ensemble, les nouveaux partis politiques y compris. Une tourmente réelle, d'autant qu'en matière de concepts tout était à faire… ou à refaire.

Une tâche difficile, les appareils traditionnels comme le Ministère de l'Information et le Mja ayant tous disparu. La presse avait gagné la liberté mais avait perdu la sécurité.

Le 28 Mars 1991; le Jeune Indépendant, premier hebdomadaire (?) privé, d'informations générales, fêtait, dans les locaux du Club de la presse installé à la Maison de la Radio, son premier anniversaire, et son 25ème numéro, en présence de nombreux journalistes et de Ministres. C'était là, en fait, plus qu'une simple cérémonie. C'était, aussi, le symbole du succès de la toute jeune presse algérienne… succès reconnu désormais à l'étranger, puisque beaucoup lue ou suivie dans les pays où elle était exportée comme la Tunisie, le Maroc et la France.

Le succès était d'autant plus notable que le journal venait, une semaine auparavant, de réaliser un "scoop", lui qui avait comme cible sanglante et favorite le trio Hidouci - Goumeziane - Ghrib : Une interview du Chef du Gouvernement, Mouloud Hamrouche. A travers lui, toute la presse venait, tout simplement de prouver qu'elle était désormais, pour tous les appareils et les hommes politiques, un "passage obligé" entre le pouvoir et l'opinion publique. Pour un temps ? Pour longtemps ? L'arrivée de Sid-Ahmed Ghozali à la tête d'un nouveau gouvernement allait quelque peu changer les choses, mais pas la déferlante. En effet, au début de l'année 1992, on comptait désormais 140 titres, toutes périodicités confondues (18 quotidiens), pour un tirage quotidien qui avoisine le million et demi d'exemplaires. Tout ceci sans compter la multitude d'agences spécialisées et de régies publicitaires, faisant éclater concrètement tous les monopoles en place. On a, d'ailleurs, même vu, les autorisations d'émettre se faisant attendre, l'apparition de quelques (rares et éphémères, il est vrai) radios-pirates. Bien sûr, la floraison ne s'est pas faite sans heurts ni incompréhensions, ni déviations ou manipulations… Comme cela s'était déjà vu avec les précédents gouvernements. A cette grosse différence près que le Chef du Gouvernement… aidé en cela par les comportements de certains journaux et journalistes… avait une idée bien précise (assez négative) du journalisme algérien et une "dent" bien dure contre son prédécesseur et tout ce qu'il avait réalisé.

L'attitude est d'abord illustrée par la re-création d'une Administration centrale chargée de la communication, assez vite considérée par la profession comme la continuation de trop fameuse commission de suivi créée par Mouloud Hamrouche et alors "drivée" par son Ministre du Travail et des Affaires Sociales. En fait, il n'y eut rien de plus, sinon une tentative de distribution quasi-clandestine, et en dehors de tout cadre réglementaire précis, d'argent aux journaux et à des entreprises publiques en difficulté. On organisa, aussi, en Décembre 1991, grâce à l'aide de l'Anep, juste après le premier tour des élections législatives, une "rencontre sur la communication" qui fut un échec, les préoccupations du moment n'allant plus avec les réalités politiques.

"Pour le reste, rien. Ni problème d'impression réglé, ni environnement préparé, ni maison de presse fonctionnelle"… celle de Sétif installée dans une ancienne maison de tolérance (Association nationale des éditeurs de la presse indépendante, 4 Mars 1991).

Cette conclusion amère restait valable jusqu'au début de l'année 1992, et elle fut d'ailleurs illustrée par de nombreuses et grandes difficultés matérielles, en cours de route, nécessitant, pour les contrer, une ferme opposition des opérateurs et une certaine mobilisation de l'opinion publique, dont les partis politiques.

Ainsi, durant le Ministère de la Culture et de la Communication, dirigé par Cheikh Bouamrane, les imprimeurs ayant échoué dans leurs multiples tentatives de procéder à des augmentations unilatérales, il fut décidé (par qui ? Par la suite, un fonctionnaire du Ministère de l'Economie essuya les plâtres), brusquement, d'augmenter les tarifs d'impression (pour les journaux de format tabloïd de 24 pages ou de format ordinaire de 12 pages, les magazines connaissant au niveau des 3 ou 4 grandes imprimeries spécialisées un calvaire encore plus intense lorsqu'on sait que le prix de revient par exemplaire revient entre 20 et 25 dinars pour des délais de fabrication inimaginables), de 1,20 dinar à 2,01 dinars et ce, à partir d'Octobre 1991… Ce qui, immanquablement, allait entraîner la disparition de la plupart des titres : "Garde-à-vous la presse ! (…). On est bien obligé de se demander si cette mesure d'augmentation n'est pas prise pour asphyxier les indépendants…" écrivait Zoubir Souissi, Directeur du Soir d'Algérie (1er Octobre 1991)…

Une inquiétude bien légitime, sachant bien que Cheikh Bouamrane, ignorant des aspects économiques de l'information, s'était empressé, mi-Septembre, de déclarer (Aps) qu'il n'était pas question pour l'Etat d'accorder une aide directe à la presse privée et indépendante, et qu'elle devait dorénavant ne compter que sur elle-même, et chercher ailleurs des sources de financement pour continuer à exister… que le Conseil Supérieur de l'Information tardait à déterminer les règles de l'aide étatique aux organes de presse prévue par la loi relative à l'information… et que, l'administration publique (Le Ministère de l'Economie) ne s'était engagé à régler que le différentiel, calculé sur la base de 1,76 dinar englobant la période du 1er Janvier au 30 Septembre 1991 (le manque à gagner avait été évalué à 20 milliards de centimes).

Heureusement, le tout nouveau Ministre de la Communication, Aboubekr Belkaïd, bien plus "politique" que son prédécesseur, un véritable homme à gaffes, et avec l'approche des élections législatives, ainsi que pour soigner l'image de marque du Chef du Gouvernement (qui reçut d'ailleurs les responsables des quotidiens privés le 11 Septembre 1991), aida à la mise en œuvre (seulement en Février 1992) d'un programme de soutien temporaire ne nuisant ni aux intérêts des imprimeurs ni à ceux des éditeurs qui étaient menacés de "non-tirage" : Une partie du différentiel (110 millions sur 118) sera versé aux imprimeurs.

Cela donnerait ainsi le temps aux journaux tirés sur rotative d'organiser leur avenir et, à l'Enamep, totalement inorganisée, de verser aux journaux leur dû. Mais, ce n'était là qu'une solution provisoire toute politique. Et, encore, fallait-il qu'elle se concrétisât pleinement.

La presse du secteur public connut, elle aussi, bien des problèmes. D'abord dans son fonctionnement, avec les changements des responsables, décidés par le nouveau Chef du Gouvernement, sous la pression de certains partis politiques, il est vrai, ainsi que des résistances au sein même des rédactions, avec tout ce que cela comporte comme bouleversements et réajustements internes au niveau de la hiérarchie ainsi que du contenu.

Ainsi, la plupart des directions générales changèrent de titulaires (Abdou Benziane de la télévision, Mohamed Hamdi de l'agence de presse, Ali Drâa du quotidien El Massa, Kheirredine Ameyar d'Algérie Actualité, tous "hamrouchiens, mortellement réformateurs"… suivis de Tahar Ouettar qui a su tirer son épingle du jeu un certain temps, mais pas très longtemps) parfois dans des circonstances quasi-rocambolesques, l'Etat de droit ne permettant plus aux "politiques" d'aller franchement droit au but et le Conseil d'administration refusant parfois les conseils des tutelles (comme ce fut le cas d'El Massa et, semble-t-il, d'Algérie Actualité). Ensuite, dans son organisation, l'expérience prouvant — tout du moins pour les titres de la presse écrite  — qu'il était illusoire de concevoir l'existence d'une presse libre à capitaux publics.

"C'est un rêve fou que vouloir transformer le secteur d'Etat en presse indépendante" écrivait Fouad Boughanem, journaliste du Soir d'Algérie.

D'une part, il y avait, directement ou indirectement, les pressions des gouvernants de l'heure pour influer sur le contenu.

D'autre part, il y avait des Fonds de participation ayant une vue si commerciale de la gestion qu'à l'évidence aucun risque financier ne serait pris : "En un mot, les Epe de presse courent à la faillite dans un train plombé et scellé par les pesanteurs de la gestion bureaucratique voire politique" (El Kadi Ihsane, Horizons, 9 Octobre 1991). On a, par la suite, parlé d'une cession et d'une privatisation de la presse publique. A qui ? Aux journalistes et aux employés ? Aux investisseurs privés ? Mais, qui allait soumissionner, les divers gouvernements ayant consommé toute la substantifique moëlle, ayant discrédité titres et plumes auprès des acheteurs, et les finances étant amplement alourdies par les dettes ?

Tout ce paysage connut, aussi, bien d'autres mésaventures dont certaines, bien que d'apparence superficielle, étaient, en fait, l'expression de luttes d'appareils :

— Crise au sein du Nouvel Hebdo, en Février-Mars 1991, où plus rien n'allait entre Soufi Tahar, le gérant de la société éditrice et le directeur de la publication Kamel Belkacem, le premier ayant demandé au second de "modérer ses attaques" contre le gouvernement Hamrouche.

En fin de compte, Kamel Belkacem s'en ira créer un quotidien (Le Quotidien d'Algérie) et la famille Soufi créera un hebdomadaire, l'Observateur, sous la direction de Hocine Mezali, un transfuge du Nouvel Hebdo.

Une partie de l'équipe rédactionnelle, dirigée par Abderrahmane Mahmoudi, créera l'Hebdo-Libéré, avec l'aide indirecte, dit-on, d'un ex-haut fonctionnaire de la Présidence et d'un officier, "retraité", de l'Anp.

— Crise au sein d'Algérie-Républicain, en Mai-Juin 1991, qui vit toute une partie de son personnel journalistique s'en aller créer, après une grève, un autre quotidien, Le Matin (sous la direction de Mohamed Bentchicou). "Les causes seraient (…) à rechercher du côté des débordements critiques d'El Ghoul…" (A. Mahmoudi, l'Hebdo-Libéré, 30 Mai - 5 Juin 1991), le Pags, tendance pro-gouvernementale, voyant ses manières d'écrire, d'un mauvais œil. La crise ne s'arrêtera pas là puisque la nouvelle équipe dirigeante (Abdelhamid Harbi et cinq journalistes) quittera le journal le 11 Février 1992 et Abdelhamid Benzine sera obligé d'interrompre sa retraite.

— Crise au sein de l'Observateur, en Novembre 1991 : Hocine Mezali quitte la direction du journal (ainsi que Nourredine Khelassi, le directeur de la rédaction), et est remplacé par une autre équipe, plus ghozalienne, dirigée par Tewfik Khelladi, ex-journaliste de l'Aps et d'Alger-Républicain, secondé par Malika Abdelaziz, ex-journaliste d'Algérie-Actualité (qui, eux-mêmes, avec Bachir Rezzoug, démissionneront le 30 Mai 1992 "à la suite de multiples pressions exercées par l'éditeur et propriétaire Hadj Soufi, sur le journal, pour passer des écrits du magistrat Abderrahim Kharroubi, et ce, depuis l'éclatement de l'affaire dite "Abderrahmane Mahmoudi"…).

— Grève en Décembre 1991, de 6 jours, des travailleurs du quotidien El Moudjahid, après la création, le 5 Septembre, dans la quasi-clandestinité, d'une société par actions dénommée "Groupe Novembre", holding regroupant les titres (dont les quotidiens Ech Chaâb et El Moudjahid… avec l'imprimerie de ce dernier) et les imprimeries "du" Fln, opération qualifiée de "hold-up" par beaucoup de partis politiques d'opposition… au Fln… comme le Rcd ou le Ffs.

— Polémique en Septembre, puis en Décembre 1991, autour de l'utilisation de l'argent du "fonds de promotion de la presse écrite et audio-visuelle" créé par la loi de finances 1991.

D'abord, c'est le Ministre de la Communication et de la Culture qui, par des propos vagues, laisse croire que tout l'argent (40 milliards de centimes) a été (mal) distribué. Les précisions apportées par la suite par les services du Chef du Gouvernement eux-mêmes ne pourront pas corriger les effets de cette bavure de Cheikh Bouamrane.

Ensuite, c'est Kasdi Merbah qui, lors de la rencontre partis politiques - Gouvernement, mal informé, met "le pied dans le plat" en affirmant que 33 milliards de centimes "ont été affectés à des organes de presse politiquement proches de l'ex-gouvernement Hamrouche".

En fait, seuls un peu plus de 26,5 milliards de centimes avaient  été affectés aux salaires des journalistes jusqu'à la fin de l'année 1992 — issus du secteur public — partis tenter l'aventure de la nouvelle presse, publique, privée ou partisane, et ce, conformément à la circulaire gouvernementale n° 4 du 19 mars 1990.

Au niveau des difficultés immatérielles, le journaliste algérien, s'il fut "agressé" jusqu'à  mi - 1991, surtout par les partis et l'environnement politiques (comme ce fut le cas pour Parcours Maghrébins, en arabe, qui à force de trop s'appesantir sur la carte "islamiste", sans doute pour mieux vendre son produit, a connu une saisie, début Septembre, après la publication d'une lettre de cinq pages de Ali Benhadj. Et, pour l'Entv aussi, accusée de tous les maux et de "Cnn" ou, pour Alger-Républicain, menacé par un certain "mouvement armé Salah El Ayoubi", en Février 1991) sera, par la suite, secoué par le Pouvoir lui-même (Chef du Gouvernement, Ministres, Gendarmerie Nationale, Ministères de la Défense Nationale et des Affaires étrangères, Entreprises Publiques, etc…) sans compter les associations surtout politiques.

Il est vrai que la presse privée (et certains titres de la presse publique et partisane) et ses journalistes — affaiblis, de plus, par des luttes intra-sectorielles et inter-personnelles souvent déplorables dont certaines remontaient à l'avant - Octobre et à l'époque du Mja : Algérie-Actualité — Hebdo Libéré / Alger Républicain — Le Matin / El Khabar - Alger Républicain  — Le Soir d'Algérie / Alger Républicain - Quotidien d'Algérie / Massar Maghribi - Parcours Maghrébins / Vie Economique - Parcours Maghrébins / El Massa - El Khabar / L'Observateur - Unité / El Akida - Presse francophone / etc… — n'y allaient plus de main morte (appliquant à "la lettre" une circulaire — N° 01 en date du 4 Janvier 1990 — du Ministère de la Justice qui précisait que "le journaliste est dépositaire d'un pouvoir indirect du contrôle populaire sur le fonctionnement des institutions, la Justice y compris…), exploitant tous les faits et tous les sujets, jusqu'au sensationnel…, stratégie de conquête commerciale ou partisane des publics oblige !.

"Aujourd'hui, les dérives, les dangers sont internes au métier, les principaux ennemis du journalisme deviennent les journalistes eux-mêmes, du moins une certaine catégorie d'entre-eux : Délation, insultes, mensonges…", écrivait Smaïl Hadj Ali (La Semaine, 3/9 Septembre 1991), réputé sévère, il est vrai.

Saâd Bouakba, lui, va jusqu'à parler de "presse de la hogra et de journalistes charognards" (Le Quotidien d'Algérie, 23 Octobre 1992). Quant à Sid Ahmed Ghozali, il employera, un jour de colère, à la télévision — contre un titre d'El Watan — le terme de "chienlit".

(...... suite 2/2)