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Cinéma algérien - Historique

Date de création: 06-11-2010 16:44
Dernière mise à jour: 08-03-2011 05:20
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COMMUNICATION - ETUDES ET ANALYSES - CINEMA ALGERIEN - HISTORIQUE

 

BREF HISTORIQUE DU  CINEMA ALGERIEN               Par Belkacem Ahcene-Djaballah

   

Durant la période coloniale , l’Algérie était un gros consommateur de films. Mais, cette consommation (répartie sur 316 salles de cinéma équipées en 35 mm et  90 salles en 16 mm) était conçue en fonction de la densité de la population européenne, d’autant que les salles étaient centralisées dans les villes comme Alger (67 salles), Sidi Bel Abbès (42 salles), Oran (38 salles), Blida (36 salles), Annaba (23 salles ), Constantine (23 salles)…..

Sur le plan de la production , il n’existait rien, sinon quelques films réalisés par le gouvernement général et les services de l’ « Action psychologique » de l’Armée française. En fait, c’est dans le maquis , durant la guerre de libération qu’est né le cinéma algérien . Les premières bandes furent réalisées très souvent avec des moyens extrêmement  modestes et dans des conditions difficiles et dangereuses, le cinéma étant considéré d’abord  comme une arme de combat . Cela l’a , d’ailleurs , marqué pour bien longtemps, sur le plan organisationnel et sur le plan conceptuel.

Le 19 août 1964, toutes les salles équipées en 35 mm étaient « nationalisées ». Elles s’ajouteront à toutes celles déjà déclarées « biens vacants » et placées sous contrôle de « comités de gestion », issus des décrets sur l’autogestion de mars 1963. La nationalisation n’a pas touché le circuit 16 mm qui demeurera dans le secteur privé , sauf 50 salles . C’est le Centre national de la Cinématographie (Cnc) , créé le 8 juin 1964 qui devait administrer toutes ces salles … faire fonctionner tous les services : réglementation, contrôle, censure, diffusion populaire, Institut du cinéma et de la Tv….et créer des services ou activités principales ou connexes inexistantes auparavant. Car, de par sa fonction d’organisme officiel, le Cnc jouissait du monopole de fait de presque toutes les activités cinématographiques en territoire algérien. 

Mais, étant juge et partie, ceci n’a pas manqué de donner un « sac d’embrouilles » : Chargé de la programmation de toutes les salles nationalisées, le Cnc devait à la fois contrôler les sociétés de distribution ( les principales étaient Paramount, Francorex, Artistes Associés, El Djazair Films, Universal Films, International Mabrouka, Warner Bros, Twentieth Century Fox, Gaumont, Mgm, Cca, Rank, Actualités françaises, Régence, Prodis,….) et faire appel à elles , pour ses programmes tout en sachant qu’elles (celles citées) représentaient 65% de la programmation nationale. De plus , il avait, lui-même, un secteur de la distribution qui devait vivre et ne pas être déficitaire. Cela  n’alla pas sans mal jusqu’en 1967, date à laquelle la réglementation de l’art et de l’industrie cinématographiques fit l’objet de profondes modifications , surtout avec la création de l’Oncic (de 1962 à 1970, on produisit tout de même 100 films de 1965 à 1970 dont 14 Lm, 70 Cm et 16 co-productions sur un total de 198 films produits de 1965 à 1978).

On avait enregistré quelques résultats, mais la valeur des « produits » n’était pas en rapport avec les coûts (Cf. une interview de Mohamed-Lakhdar Hamina parue dans El Moudjahid du 24 avril 1968 et une interview de Abderahmane Laghouati  dans El Moudjahid du 10 mai 1974). Il a été calculé , en 1980-1981, qu’en moyenne, les films algériens n’étaient amortis qu’à 30% environ. Et, on a parlé de mauvaise gestion, de mauvais fonctionnement, d’erreurs politiques et aussi d’incompétence technique.

C’est seulement , en 1972 – dixième anniversaire de l’indépendance, année qui a vu une forte production – qu’une partie des problèmes évoqués ci-dessus ont été résolus car c’est, aussi, une date notable parce qu’elle a vu la fin de l’embargo sur les livraisons de films étrangers à l’Algérie , embargo imposé par les distributeurs étrangers, après la mise en application , le 30 juin 1969, du monopole de la distribution au profit de l’Oncic. Ce dernier, devenant le seul intermédiaire entre les exploitants (les Apc, depuis 1967, après la dissolution du Centre algérien du Cinéma, le Cac) et les producteurs ou distributeurs internationaux, allait retirer d’importants bénéfices à peu de frais, et avoir la possibilité de promouvoir une industrie cinématographique nationale. Du moins ,c’est ce qui était attendu des mesures prises.

Car, aussi absurde que cela puisse paraître, la production de films était, en Algérie (et ailleurs , dans beaucoup de pays africains en développement ) intimement liée à l’importation de films étrangers.

La mainmise des grandes compagnies hollywoodiennes et européennes sur les salles de cinéma en Afrique était (et est encore) telle que les films africains (lorsqu’il y en a !) trouvent difficilement des salles de projection dans leurs pays tant celles-ci sont réservées de droit à l’amortissement de pires « westerns » occidentaux. Point de salle, point de rentabilisation, et sans rentabilisation , pas de bénéfice pour faire un second film : il ne faut pas chercher très loi,n les cause de l’inexistence de films africains. Car, si la puissance des compagnies cinématographiques étrangères n’est pas aussi grande que celle des trusts pétroliers, les méthodes sont similaires. Et, tout pays qui s’avise de vouloir mettre fin à ce « libre commerce », en installant un organisme d’Etat chargé de l’importation de films étrangers, subit les pires pressions , d’abord diplomatiques, avant de se voir puni de boycott. Il est privé totalement de films jusqu’à la fermeture des salles ou l’abandon des mesures de « monopole » qui « lèsent » les intérêts » étrangers. A cette époque, deux pays africains, la Tunisie (en 1960 et en 1964), et la Haute-Volta (en 1969), avaient été victimes de cette « pratique » et ont donc échoué .

Instruit par l’exemple des pays qui n’avaient pu tenir, face au boycott, parce qu’ils n’avaient pas , en fait, de « réserve » préalable de films, l’Oncic met trois années pour constituer un « frigidaire » de plus de 1 141 films 35mm achetés en grande partie à des distributeurs indépendants .

L’Algérie annonce , ensuite, aux grandes compagnies que, dorénavant, elle se donnerait le droit de choisir les films qui passeraient sur son territoire.

Commencé en 1969 par une circulaire enjoignant aux associés des grands trusts de ne plus livrer un seul film à l’Algérie, le boycott des grandes compagnies, dont les succursales assuraient l’approvisionnement du réseau national  (tout particulièrement 4 américaines : Fox, Paramount, Artistes Associés ,Mgm  et une françaises : Gaumont) a duré jusqu’en 1972.

Durant l’embargo, le syndicat patronal des producteurs et distributeurs français s’étant solidarisé avec les grandes compagnies, le cinéma algérien s’est trouvé contraint de recourir à de petites sociétés de distribution de films ou à des intermédiaires occasionnels qui n’avaient accès qu’à des productions médiocres ou inadaptées ….car le « frigo » constitué et les stocks récupérés par l’Oncic auprès des succursales nationalisées (un total de 2726 films en copies) n’avaient pas suffi, le parc de salles nécessitant 400 films/an. Il fallait, souvent, acheter des fims par stocks ou des films de pays amis….parfois non doublés (cela coûte assez cher et c’est une affaire de « spécialistes ») et bien souvent sous-titrés. Des difficultés économiques qui n’eurent pas raison de l’entêtement politique des Algériens !

Par la suite, voyant que les résultats escomptés  (fermeture des salles, chômage, crise dans la profession…)n’étaient pas atteints , les sociétés franco-américaines firent prévaloir l’aspect purement financier , en demeurant persuadées qu’il était inextricable.

Six rencontres eurent lieu entre les délégations de la Motion Picture Export Association of America (« Institution » chargée de veiller , outre-Atlantique, aux intérêts des sociétés américaines cinématographiques) et du ministère algérien de l’Information et de la Culture  Cela a abouti à un accord de transition. L’élément cristallisateur venait de disparaître et une telle situation mettait la Mpeaa dans l’obligation de libérer les échanges commerciaux, sous peine de se voir débordée et de perdre le contrôle des sociétés qui auraient repris séparément la fourniture de films à l’Algérie :une annonce officielle de la lavée du boycott fut alors faite sur demande es algériens.

L’annonce, en date du 28 février 1973, a déclenché la reprise immédiate, et même précipitée des livraisons par les sociétés françaises qui craignaient, sans doute, que les sociétés américaines, disposant de plus de films, ne s’accaparent la totalité du marché algérien et les crédits disponibles.

Cet apport de programmes nouveaux a permis ainsi à l’Oncic de surseoir à l’importation immédiate de films produits ou fournis par les sociétés américaines, et de négocier les prix et les conditions de diffusion dans une position renforcée : baisse des droits d’achat d’un film sur le territoire algérien, refus de la vente groupée de films, plus grand choix parmi le productions récentes….et, une grande partie des recettes reste sur le sol algérien.

Tout ceci a donné, aussi,  à l’Oncic l’accès au marché mondial dont la partie la plus intéressante financièrement, celle occidentale, restera encore très hostile, car dominée au niveau de la distribution par un nombre restreint de sociétés , en général américaines : le succès de « la bataille d’Alger » aux Etats-Unis n’a revêtu aucune signification pour l’avenir. En dépit du Lion d’Or de la Biennale de Venise qui lui fut attribué en 1966, ce film ne fut montré que quatre années plus tard à Paris, le visa de contrôle n’ayant été obtenu qu’en 1970. Retiré de l’affiche la veille de sa sortie suite aux pressions effectuées par les nostalgiques de l’Oas sur les exploitants des salles de cinéma qui l’avaient programmé , il ne revient sur les écrans français qu’en janvier 1981 (avec pour « accompagnement » des menaces d’attentats à la bombe contre les 4 salles parisiennes) ; Ce fut , par la suite , une très grade parenthèse, et il entamera une seconde carrière, tout particulièrement aux Etats-Unis, en 2004 après la seconde guerre en Irak.

L’autre exemple est celui d’ « Elise ou la vraie vie » est là pour le rappeler . Ce film , tourné en co-production  par l’Algérie, a été purement et simplement refusé par les distributeurs français . C’est le metteur en scène, Michel Drach, qui a assuré lui-même la distribution du film. Quant au « Vent des Aurès » et bien d’autres productions algériennes ou des co-productions, malgré leurs succès dans les festivals internationaux, ils n’eurent que rarement accès totalement et rapidement au marché international, tout particulièrement français.

( Extrait d'ouvrage de l'auteur)