HISTOIRE-
ETUDES ET ANALYSES- LES ALGERIENS ET LEUR HISTOIRE-SONDAGE ECOTECNICS/LE SOIR
D’ALGERIE S 15 JUILLET 2021 (II/IV)
Une connaissance
parcellaire de l’histoire de la lutte pour l’indépendance
Pour tester les connaissances des
Algériens sur l’histoire de la lutte pour l’indépendance, nous avons proposé
aux sondés de nous citer les événements qui ont eu lieu à cinq dates : le 8 Mai
1945 (manifestations et leur répression dans l’est (Sétif, Kherrata,
Guelma), le 1er Novembre 1954 (déclenchement de la lutte armée), le 20 Août
1956 (tenue du Congrès de la Soummam), le 19 Mars 1962 (signature des accords
d’Evian (la veille et cessez-le-feu) et enfin le 5 Juillet 1962 (1er jour de
l’indépendance).
Les réponses à cette dernière date risquaient d’être biaisées dans la mesure où
le sondage se déroulait dans la période de commémoration de l’anniversaire de
l’indépendance et il était difficile de ne pas en entendre parler.
En principe, tout au moins. A contrario, l’ignorance de l’événement relatif à
cette date signifie une profonde méconnaissance de l’histoire contemporaine de
l’Algérie.
Des différentes dates, la plus connue est le 1er Novembre (81%). Le premier
jour de l’indépendance arrive en 2e position avec 68%. Ceci est évidemment une
surprise dans la mesure où le sondage s’est déroulé dans la période de la
commémoration du 59e anniversaire. Les événements relatifs aux autres dates
sont beaucoup moins connus.
Des trois, c’est le 8 Mai 1945 qui est le plus connu avec 50%. Le Congrès de la
Soummam vient en deuxième lieu avec 39%, et enfin la date du cessez-le-feu loin
derrière, avec seulement 27%.
Afin de mieux cerner la faible imprégnation de cette connaissance d’une
histoire normalement accessible à tous les Algériens, nous avons testé l’effet
de quatre variables : le niveau d’instruction, l’âge, le genre ainsi que la
région. Toutefois, pour ne pas tester ces variables une à une, nous avons
construit une note, qui est la somme des notes obtenues à chacune des
questions. Les réponses des sondés étant notées 1 ou 0 suivant que la réponse
donnée soit juste ou fausse. L’analyse fait apparaître une liaison avec le
niveau d’instruction et l’âge. La relation est par contre beaucoup moins
évidente avec le genre ou la région.
Pour illustrer la relation, nous allons prendre les deux extrêmes, les
personnes analphabètes et les personnes de niveau supérieur. On constate que
les proportions chez les analphabètes baissent en allant de la plus faible à la
plus élevée, et l’inverse chez les personnes du supérieur.
L’effet du niveau d’instruction semble donc clair, même si on se serait attendu
à ce que des personnes ayant fait le supérieur aient toutes la note 5. Ici,
elles sont malheureusement moins de 40%. Concernant l’âge, il est clair qu’il y
a déjà une relation entre l’âge et l’instruction : la proportion de personnes
ayant fait le supérieur est beaucoup plus importante chez les nouvelles
générations. Mais il y a d’autres effets de l’âge. Notamment celui d’une plus
grande proximité des événements eux-mêmes pour les anciennes générations. Il
peut y avoir aussi d’autres effets. Par exemple, il pourrait y avoir une plus
grande motivation des jeunes à étudier l’histoire. Mais ce n’est qu’une
hypothèse, bien entendu. C’est sans doute ces différents effets entremêlés qui
empêchent que ne se dégage une relation claire entre l’âge et la connaissance
de l’histoire de la lutte pour l’indépendance, tout au moins d’après la manière
dont nous la mesurons.
En tous cas, il apparaît bien un effet
de l’âge. Mais très ambigu. Si on se limite aux notes 4 ou 5, on peut émettre
l’hypothèse de deux populations différentes : les 18-44 ans et les 45 ans et
plus. Dans les deux cas, les proportions baissent avec l’âge. Les explications
à cette configuration ne semblent pas évidentes. Nous avons effectué un sondage
similaire en 2012 (voir El Watan du 28 mars 2012),
avec les mêmes questions se rapportant aux mêmes dates historiques. Presque dix
années après, les réponses donnent presque la même hiérarchie dans la
connaissance des dates. Celles du 1er Novembre et du 5 Juillet étant les plus
connues, même s’il y a une inversion de l’ordre entre les deux sondages. Le 5
juillet 1962 en tant que 1er jour de l’indépendance était l’événement le plus
connu en 2012. En 2021, c’est le 1er Novembre. Mais le phénomène le plus
frappant est que les proportions des personnes qui connaissent les événements
associés à ces dates ont toutes baissé, sauf une, celle du 20 Août 1956.
Concernant cette dernière date, cela pourrait être un effet indirect du Hirak. Nombre de slogans ou de références ont été puisés de
la plateforme ou des personnes qui ont animé le congrès. Cette baisse est
évidemment préoccupante. Cela voudrait dire que, non seulement les Algériens ont
des lacunes importantes concernant la connaissance de leur histoire récente,
mais, qu’en plus, ces lacunes concernent de plus en plus de personnes.