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Ecriture de l'Histoire coloniale-Benjamin Stora (Août 2020)
Date de création: 10-08-2020 18:25
Dernière mise à jour: 10-08-2020 18:25
Lu: 1171 fois
HISTOIRE- OPINIONS ET POINTS DE VUE- ECRITURE DE L’HISTOIRE COLONIALE- BENJAMIN STORA (AOÛT 2020)
© par Naoufel Brahimi El Mili
/Le Soir d’Algérie, 10.08.2020
Le professeur
d’histoire Benjamin Stora est officiellement chargé
par le président de la République française, Emmanuel Macron,
par une lettre de mission datée du 24 juillet dernier, de faire l’état des
lieux sur la question mémorielle qui est au centre des relations
franco-algériennes. Il faut rappeler que le Pr Stora
conduit ce travail bénévolement et qui est au centre de l’essentiel de ces
travaux. Une quarantaine d’ouvrages historiques qui couvrent tous les sujets
liés à la colonisation, au mouvement nationaliste et à la guerre
d’indépendance, sont à son actif. Il prend le temps de répondre à nos
questions.
Le Soir d’Algérie : Depuis votre nomination pour
conduire la mission de faire un état des lieux sur la mémoire de la
colonisation et de la guerre d’Algérie, une incroyable polémique s’est
déclenchée chez un courant idéologique en France. Comment allez-vous
appréhender votre travail pour aboutir à un apaisement plus que nécessaire ?
Benjamin Stora : Cette réaction de refus de
regarder en face le passé colonial de la France n’est pas nouvelle.
Malgré de nombreux travaux académiques anciens d’historiens français comme
ceux, par exemple, de Charles-André Julien, Charles-Robert Ageron,
Gilbert Meynier, ou René Gallissot
; malgré les combats citoyens livrés par des associations sur les disparus
algériens de la guerre, contre les atteintes aux droits de l’Homme sur les
immigrés
maghrébins ; les batailles contre le racisme de type colonial et sa
persistance, cette position de valorisation du temps colonial ne disparaît pas.
C’est toujours le même courant idéologique qui le porte, les héritiers des
ultras de l’Algérie française qui n’ont jamais accepté l’indépendance.
Le simple fait de travailler pendant de longues années sur la partie algérienne
de cette histoire (j’ai soutenu mon mémoire de maîtrise sur le nationalisme
algérien sous la direction de René Rémond en… 1974 !)
m’a valu les accusations de partialité, et aussi quand j’ai travaillé avec les
grands historiens algériens comme Mahfoud Kaddache et
Mohammed Harbi, pour établir mon Dictionnaire
biographique de militants nationalistes algériens (600 biographies, livre
publié en 1985).
L’accusation de partialité est tendancieuse car j’ai également travaillé sur le
côté français, par exemple avec les biographies de Charles de Gaulle ou de
François Mitterrand ; sur l’histoire des appelés, et sur les juifs d’Algérie, «
indigènes » devenus français par le décret Crémieux de 1870.
La bataille pour la décolonisation des imaginaires est une entreprise de longue
durée.
Le fort engagement du Président Emmanuel Macron
vis-à-vis de cette question mémorielle, va-t-il aboutir à la formulation des
excuses comme attendu par l’opinion publique algérienne ?
D’autres
présidents français ont déjà condamné les massacres pendant la colonisation. Et
de très nombreux travaux de chercheurs en France ont bien documenté cette
séquence d’histoire, avec une grande publication d’ouvrages. Je ne sais pas si
un nouveau discours d’excuses officielles suffira à apaiser les mémoires
blessées, de combler le fossé mémoriel qui existe entre les deux pays. À mes
yeux, il importe surtout de poursuivre la connaissance de ce que fut le système
colonial, sa réalité quotidienne et ses visées idéologiques, les résistances
algériennes et françaises à ce système de domination. C’est un travail de
longue haleine que nous devons mener ensemble des deux côtés de la
Méditerranée. Par les images et par les écrits, par des conférences et des
échanges universitaires, pour transmettre aux jeunes générations, qui ne l’ont
pas connu, la réalité de cette période. Pour éviter la répétition du passé.
Du côté algérien, le Président Abdelmadjid Tebboune a désigné le Dr Abdelmadjid Chikhi
pour mener une mission similaire. Comment voyez-vous le déroulement de ce
travail, éventuellement, en binôme ?
Dans
la mission confiée par le Président français, Emmanuel Macron,
je dois remettre un rapport faisant un état des lieux sur l’histoire des
rapports entre la France et l’Algérie. Dans cette lettre de mission, il n’est
pas question d’écrire une histoire commune de l’Algérie, mais d’envisager des
actions culturelles sur des sujets précis, à déterminer, comme par exemple les
archives ou la question des disparus. J’espère pouvoir m’entretenir avec le Dr Abdelmadjd Chikhi, pour évoquer
ces questions, essentielles pour l’avenir des deux pays.
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