HISTOIRE -PERSONNALITÉS- RÉVOLUTION ALGÉRIENNE NOVEMBRE
1954/LES 6 PÈRES FONDATEURS
Face aux colonialisme français, six (6) hommes
ont scellé le destin de toute une nation : Krim Belkacem, Mostefa Ben Boulaïd, Larbi Ben M’hidi,
Mohamed Boudiaf, Rabah Bitat et Didouche
Mourad. Fondateurs et stratèges de la Révolution algérienne, ils ont fait de
leur sacrifice et de leur soif absolue de liberté le moteur du sursaut
patriotique de novembre 1954.
Mostefa Ben Boulaïd, le roc
des Aurès
Né le 5 février 1917 à Arris, dans les Aurès, Mostefa Ben Boulaïd
est l’un des piliers du mouvement nationaliste algérien. Militant du Parti du
peuple algérien (PPA), puis du Mouvement pour le triomphe des libertés
démocratiques (MTLD), il comprend très tôt que les discours ne suffiront pas à
faire plier le système colonial. Son engagement se forge dans les montagnes chaouies, où il tisse des réseaux militants et prépare les
hommes au combat. Membre fondateur du Comité révolutionnaire d’unité et
d’action (CRUA), il prend la responsabilité de la zone des Aurès lors du
déclenchement de l’insurrection, le 1er novembre 1954. Son rôle est déterminant
: cette région montagneuse devient l’un des principaux foyers de la lutte
armée. Arrêté en février 1955 et condamné à mort, il parvient à s’évader de
prison en novembre de la même année. Mais le chef des Aurès ne verra pas
l’indépendance. Le 22 mars 1956, il meurt dans l’explosion d’un poste radio
piégé, après son retour au maquis. Il avait 39 ans. Sa disparition prive la
révolution d’un organisateur de premier plan, mais son nom reste indissociable
de la guerre de Libération nationale.
Mohamed Boudiaf, le
révolutionnaire revenu de l’exil
Né le 23 juin 1919 à M’Sila, Mohamed Boudiaf appartient à cette génération de
militants qui ont progressivement tourné le dos à l’action politique
traditionnelle pour miser sur la lutte armée. Engagé dans le mouvement
nationaliste, il participe à l’Organisation spéciale (OS), structure
clandestine chargée de préparer l’insurrection. Lorsque les divisions du
mouvement nationaliste s’aggravent, il fait partie de ceux qui cherchent une
nouvelle voie pour sortir de l’impasse. Il joue un rôle central dans la
création du CRUA, prélude à la naissance du Front de Libération nationale
(FLN). Chargé notamment de coordonner les différentes zones, il compte parmi
les six hommes qui préparent le déclenchement du 1er Novembre. Son parcours
bascule le 22 octobre 1956, lorsque l’avion qui le transporte avec d’autres
dirigeants nationalistes est intercepté par les autorités françaises.
Emprisonné, il ne retrouve la liberté qu’après le cessez-le-feu de 1962.
L’indépendance ne met pourtant pas fin à son éloignement de la scène politique
algérienne. Installé à l’étranger pendant plusieurs décennies, il revient en
janvier 1992 pour prendre la tête du Haut Comité d’État, dans un pays plongé
dans une grave crise politique. Le 29 juin 1992, il est assassiné à Annaba,
alors qu’il prononce un discours. Son retour, porteur d’espoirs pour une partie
de la population, s’achève tragiquement.
Larbi Ben M’hidi, le sourire
face à la mort
Né en 1923 à Aïn M’lila,
Larbi Ben M’hidi est l’une des figures les plus
marquantes de la génération du 1er Novembre. Engagé très tôt dans le mouvement
nationaliste, il rejoint le PPA, puis le MTLD. Comme plusieurs de ses
compagnons, il tire de l’impasse politique et de la répression coloniale la
conviction qu’une insurrection organisée est devenue nécessaire. Membre
fondateur du FLN, il prend la tête de la zone V, correspondant à l’Oranie.
Organisateur rigoureux, il participe à la structuration de la lutte armée et
s’impose par son sang-froid, son sens politique et sa capacité à mobiliser les
hommes. En 1956, il joue un rôle important dans la bataille d’Alger, où il
contribue à la coordination de l’action révolutionnaire dans la capitale.
Arrêté par les parachutistes français en février 1957, il est interrogé et
torturé. Il décède le 4 mars, après avoir été exécuté clandestinement par
l’armée française, sous les ordres du général Paul Aussaresses.
Sa mort, longtemps entourée de mensonges officiels, devient l’un des symboles
de la violence coloniale. Ben M’hidi reste un exemple
de courage exceptionnel. Face à ses tortionnaires, il n’a pas cédé d’un pouce.
Son parcours rappelle que la révolution algérienne ne reposait pas seulement
sur les armes, mais aussi sur une volonté politique portée par des hommes d’une
détermination rare, que la répression n’a pas réussi à briser.
Didouche Mourad, le jeune chef tombé au combat
À 27 ans, il avait déjà engagé sa vie dans la révolution. Né le 13 juillet 1927
à Alger, Didouche Mourad appartient à la génération
des jeunes nationalistes impatients de voir l’Algérie sortir de la domination
coloniale. Militant du PPA, puis du MTLD, il s’engage dans l’action clandestine
et participe aux réseaux de l’Organisation spéciale. Son parcours le conduit à
travailler étroitement avec Mohamed Boudiaf, avec lequel il partage la
conviction que le Mouvement national doit se réorganiser autour d’un objectif
clair : l’indépendance. Il compte parmi les fondateurs du CRUA et fait partie
des six dirigeants qui préparèrent l’insurrection de novembre 1954. La
responsabilité de la zone II, dans le Nord Constantinois, lui est confiée. Sur
le terrain, il s’attache à organiser les premiers groupes de combattants et à
donner une structure à une lutte encore balbutiante, confrontée au manque
d’armes, de moyens et d’expérience militaire. Son destin est brutalement
interrompu le 18 janvier 1955, lors de la bataille de l’Oued Boukerker, près de Condé-Smendou,
dans la région de Constantine. Il meurt à 27 ans, quelques semaines seulement
après le déclenchement de la révolution. Sa disparition prématurée prive le
mouvement d’une de ses pièces essentielles. Didouche
Mourad n’aura pas connu les grandes étapes de la guerre ni l’indépendance. Mais
son engagement précoce, sa place dans l’organisation du 1er Novembre et sa mort
au combat ont fait de lui l’une des figures emblématiques les plus attachantes
du 1er novembre 1954 .
Krim Belkacem, du maquis aux accords d’Évian
Né le 15 décembre 1922 dans la région de Draâ El Mizan, en Kabylie, Krim Belkacem est le seul des six chefs
historiques à avoir connu et tenu le maquis plusieurs années avant le
déclenchement de l’insurrection. Dès les années 1940, il s’engage dans le
mouvement nationaliste. Recherché par les autorités françaises, il prend le
chemin de la clandestinité et organise des groupes de combattants dans les
montagnes kabyles. Lors de la préparation du 1er Novembre, il apporte au futur
FLN une expérience militaire et des réseaux d’une importance capitale.
Responsable de la zone III, il participe à l’organisation de la lutte armée et
s’impose rapidement parmi les principaux dirigeants de la révolution. Son
parcours évolue ensuite vers les responsabilités politiques et diplomatiques.
En mars 1962, il est le négociateur en chef des accords d’Évian, qui ouvrent la
voie à la fin de la guerre et à l’indépendance. C’est lui qui signe, au nom de
la délégation algérienne, les textes mettant fin au combat libérateur et à plus
de 130 années de colonisation barbare. Du maquis aux négociations d’Evian, son
itinéraire témoigne du parcours d’un révolutionnaire hors pair.
Rabah Bitat, l’homme de
l’ombre d’Alger
Né le 19 décembre 1925 à Aïn El Kerma, dans la région de Constantine, Rabah Bitat est l’un des six chefs historiques du FLN. Son
engagement nationaliste commence au sein du PPA, puis se poursuit dans le MTLD
et l’Organisation spéciale. Militant clandestin, il acquiert une expérience
précieuse dans la préparation des actions et la structuration des réseaux, à
une époque où la surveillance policière rend chaque déplacement risqué. Lors
des préparatifs du 1er Novembre 1954, il reçoit la responsabilité de la zone
IV, centrée sur Alger et sa région. La mission est délicate : la capitale
concentre les forces de sécurité coloniales, les infrastructures
administratives et les principaux centres de décision. Il participe à la mise
en place du dispositif insurrectionnel, dans des conditions où le secret et la
coordination sont essentiels.
Arrêté le 23 novembre 1955, il est emprisonné pendant plusieurs années et ne
retrouve la liberté qu’après le cessez-le-feu. Contrairement à plusieurs de ses
compagnons, il survit à la guerre de libération et prend part à la construction
de l’État indépendant. Après 1962, il occupe différentes fonctions politiques,
avant de devenir président de l’Assemblée populaire nationale en 1977, poste
qu’il conserve jusqu’en 1990.Rabah Bitat meurt le 10
avril 2000. Son parcours relie deux périodes intimement liées : celle de la
clandestinité révolutionnaire et celle des institutions de l’Algérie
indépendante. Il demeure l’un des acteurs essentiels de la préparation du
soulèvement de 1954.