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Bande dessinée/Boukhalfa Amazit

Date de création: 11-10-2026 19:29
Dernière mise à jour: 11-10-2026 19:29
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COMMUNICATION- CHRONIQUES- BANDE DESSINEE/BOUKHALFA AMAZIT

UN FESTIVAL EST UN MIROIR ET NON UN PORTRAIT

© Boukhalfa Amazit/Le Soir d’Algérie, 9 octobre 2026

La Bande Dessinée, BD ou bédé, pour ses intimes de 7 à 117 ans, tient du cristal sa luminosité, de la porcelaine, son inaltérabilité et des deux leur fragilité. Le 9ème Art, a été canonisée, en 1964 sous cette expression, par le critique et historien, Claude Beylie, connu pour avoir notamment écrit dans les légendaires Cahiers du Cinéma. Depuis, auteurs, journalistes, louangeurs, bédéphiles, bédéistes, se sont saisi de la formule, pour le moins élogieuse, pour la buriner sur l’acrotère du fronton des temples de la Culture. Ce n’était que justice pour cet enfant morganatique de graphite et d’encre de Chine, qui croque des diablotins qui gesticulent dans tous les sens et qui parlent dans des bulles appelées phylactères.
Le préjugé tenace, attribue aux Américains, et à leur esprit d’entreprise, la paternité du pénultième des arts, le dixième et dernier artialisé, étant le Jeu vidéo et le multimédia. Que nenni ! Pas un poil ! Les « mikiyates », ainsi prénommées de ce côté-ci de la Méditerranée, ne nous viennent pas d’outre-Atlantique, mais d’outre-Manche, de chez la Perfide-Albion ! Oui, les encyclopédies, les thésaurus, et autres codex y relatifs, s’accordent pour désigner « Ally Slopers half Holiday » (in french : La demi-journée de congé d’Ally Sloper), premier magazine consacré dans son entièreté à la bande dessinée, dûment enregistré sur l’état-civil de la bd mondiale. Historiens et archivistes sont d’accord pour concéder qu’avant 1884, date de naissance de cet ancêtre Brit, il y avait certes, admettent-ils, des « précurseurs » en abondance, un peu partout en Europe occidentale et en Amérique-du-Nord, dont d’ailleurs, ils citent moults noms.
Les spécialistes, rigoristes, pour leur part, vont très vite trouver et très loin dans le passé, une analogie dans la volonté permanente des humains de communiquer sur leurs faits et gestes, depuis les temps immémoriaux. D’où l’importance, à travers la terre entière, à des degrés différents, des arts pariétaux. En la matière, l’Algérie figure parmi les pays où les artistes préhistoriques ont été les plus prolifiques. La place qu’occupent les fresques et l’ancienneté de leur datation, sont remarquables. Le Tassili, le Hoggar, les chaines de l’Atlas Saharien et Tellien, regorgent, en effet de peintures et de gravures qui témoignent de la richesse de la vie « en ces âges farouches ». Le narratif figuré, tant par sa finesse achevée, l’ampleur des situations reproduites, la somptuosité du cadre, font que l’on peut lire aperto libro et découvrir depuis déjà avant le paléolithique, tout le néolithique, jusqu’aux premiers siècles de notre ère.
Si le Royaume Uni est reconnu, comme la matrice de ce qui deviendra « la littérature illustrée », cette industrie du livre prendra dès son ensemencement aux Etats-Unis, un essor remarquable. D’abord la presse quotidienne, d’une façon générale, va s’emparer de la multitude de créations, pour en faire ses choux gras. Des auteurs vont s’inspirer des phylactères des dessins religieux du moyen âge, pour introduire « the word balloons » (littéralement : bulles de mots). La tradition de publier des bandes illustrées, dans la presse toutes périodicités confondues, a atteint un peu moins d’un siècle après, des sommets vertigineux. Certains personnages, à l’image de Garfield, pour ne citer que celui-là, entré sur le marché en 1978, est catapulté par, tenez-vous bien, 2.580 quotidiens, magazines et autres revues dans 110 pays. Il déverse son fiel dans un Comic’s strip, trois images par histoire, dans le genre de Snoopy et Charlie Brown, de Schulz. Les aventures du chat obèse, rouquin, paresseux, cynique aux propos acerbes, sont traduites dans une trentaine de langues. Le talent, la créativité, combinés avec le merchandising, les droits d’auteur, les royalties, sur les droits d’adaptation, et tutti-quanti, ont permis à son auteur, Jim Davis d’engranger une « petite » fortune estimée entre 500 et 800 millions de dollars. On note que la franchise est désormais propriété de la major-compagnie Paramount, qui l’a acheté pour une valeur tenue confidentielle. L’auteur originel, sur sous hamac sous les cocotiers, palpe tranquillement, entre 50 et 100 millions de dollars par an ! Ceci, compte non tenu des produits annexes, poupées, peluches, mugs, casquettes etc. qui drainent à eux seuls, la bagatelle de 750 millions à un milliard de dollars par an ! Garfield n’est pas un phénomène de foire. C’est un acteur économique et commercial dans un gigantesque marché. Des personnages de mangas, style japonais, qui domine aujourd’hui de très haut l’édition de bandes dessinées et de films d’animation, arrivent à cumuler plus de 500 millions d’exemplaires ! Une concurrence qui a envoyé au rencart les comics de Walt Disney qui depuis les années trente du siècle dernier, chapeaute cette industrie. Tout cela n’a de sens et d’explication que lorsqu’on s’installe dans l’implacable logique économique.
Le Festival international de la bande dessinée d’Alger (FIBDA), s’est clôturé, lundi 5 octobre 2026, sur l’Esplanade de Riadh el Fet’h. Les responsables n’ont pas encore communiqué leur analyse chiffrée, mais tout porte à croire que ce millésime est encourageant pour la poursuite de cette manifestation qui préfigure par cousinage littéraire et voisinage calendaire, le Salon international du livre d’Alger (SILA). Vous avez sans doute remarqué que nous venons de changer d’univers, pour aponter chez nous. Disons tout de go quelque soit le niveau d’inventivité de ses organisateurs, l’audace de leur imagination et je sais pour les avoir rencontrés, qu’ils n’en manquent pas, sans flagornerie aucune, ni pommade adulative, ce n’est pas le genre de la maison : Un festival ne fabrique pas de la réalité, il la traduit. Ce n’est pas un portrait mais un miroir.
Le FIBDA est avec le SILA, une manifestation que l’on peut qualifier de très courageuses. Oui courageuses ! Car il en faut, quand on connait l’état du neuvième art chez nous et que des gars qui n’ont pour eux que l’amour presque confucéen de la bédé, passent leur année, je le sais, à préparer la prochaine édition pour maintenir vive la flamme d’un art-chrysalide qui a du mal à s’extraire de son cocon pour voler au soleil.
Disons-le dès l’abord, la bédé a connu et connait jusqu’à maintenant les difficultés de l’édition, de la promotion, de la diffusion, de la commercialisation de tout le secteur du livre, plus ses propres infirmités. Une asthénie, proche du collapsus, diagnostiquée depuis des lustres qui tend à se propager pour contaminer d’autres secteurs de la création culturelle. Les efforts de quelques éditeurs qui tentent de satisfaire le lectorat, pour brider les coûts de fabrication et éviter les incendies des étalages des librairie sont démesurés. Un album de bande dessinée coute deux fois, sinon plus qu’un roman. Si je reste dans les généralités c’est en raison du manque de statistiques fiables. L’IA et internet donnent des chiffres mais ils demeurent aléatoires et souvent peu fiables du fait de l’absence de sources et du peu de représentativité des échantillons.
Nous venons de faire un saut en wingsuit (combinaison ailée) depuis les cimes de la bédé mondiale, prenons la précaution d’ouvrir le parachute pour atterrir.
L’ouverture sur l’e-création et l’assistance électronique pour débrider d’une façon décisive, les secteurs paresseux qui tardent à prendre leur envol en réduisant considérablement le poids des contraintes financières et des surcoûts de revient des produits est une opportunité. Elle est à saisir, car cela permettra le décollage de ces arts qui, trop longtemps, ont été considérés comme mineurs. Il n’y a aucune raison, recevable pour que cela marche ailleurs et pas ici !
Note : Les sources chiffrées sont d’Internet et IA.