SANTE- MALADIE- BRONCHOPNEUMOPATHIE CHRONIQUE
OBSTRUCTIVE
Mai 2026 : Une simple toux que l’on met sur
le compte du tabac. Un essoufflement dans les escaliers que l’on attribue à la
vieillesse ou au manque de sport. Des milliers de personnes banalisent ces
symptômes quotidiens, ignorant qu’un mal irréversible détruit peu à peu leurs
poumons : la BPCO. Souvent diagnostiquée à un stade critique, cette
maladie est la 3e cause de décès dans le monde. Quels sont ces premiers signes
anodins qu’il ne faut absolument plus ignorer ?Longtemps
reléguée au second plan derrière d’autres maladies respiratoires plus connues,
la bronchopneumopathie chronique obstructive (BPCO) avance
discrètement. Pourtant, ses conséquences restent lourdes. Souvent associée au
tabagisme, cette maladie chronique irréversible figure aujourd’hui
parmi les principales causes de décès dans le monde. Son principal danger
réside justement dans son caractère silencieux. En effet, les premiers symptômes
passent souvent inaperçus ou se banalisent jusqu’à l’apparition de
complications sévères.
C’est autour de cette problématique qu’une table ronde
dédiée à la sensibilisation à la BPCO a récemment réuni le Pr Merzak Gharnaut, président de la
Société algérienne de pneumologie (SAP), le Pr Rachida Khelafi,
cheffe du service de pneumologie au CHU de Beni Messous, le
Pr Kachenoura Aldjia,
cheffe du service de cardiologie au CHU de Béjaïa, ainsi que Monsieur Rami
Scandar, président du laboratoire AstraZeneca
pour le Proche-Orient et le Maghreb et Madame Leila Mrad, directrice
d’AstraZeneca Algérie.Les échanges
ont porté sur la maladie, son diagnostic, ses facteurs de risque, les
symptômes, mais aussi les solutions thérapeutiques aujourd’hui disponibles en
Algérie.
Selon les chiffres de l’Organisation mondiale de la
santé (OMS), la BPCO représente actuellement la troisième cause
de décès dans le monde. En 2021, elle a provoqué près de 3,5 millions de
décès. Cela représente environ 5 % des décès mondiaux.La maladie réduit progressivement le
flux d’air dans les poumons en provoquant des lésions irréversibles au
niveau des bronches et des alvéoles pulmonaires. Elle se manifeste
principalement par une toux chronique, souvent accompagnée d’expectorations. On
observe aussi un essoufflement à l’effort, une respiration sifflante et une
fatigue persistante.Pourtant,
malgré cette fréquence, elle reste méconnue du grand public. Le Pr Rachida
Khelafi rappelle qu’à Alger, la BPCO toucherait
environ 9,2 % des personnes âgées de plus de 40 ans, selon des données issues
de travaux scientifiques publiés dans la « Revue des maladies respiratoires ». Elle
souligne cependant la nécessité de mettre en place un registre national basé
sur des critères clairement définis. Cela permettrait d’obtenir une vision plus
précise de l’ampleur réelle du phénomène dans notre pays.L’un des principaux obstacles reste le retard
diagnostique. Les spécialistes observent régulièrement le même scénario : le
patient minimise ses symptômes. Une toux persistante ? Il l’attribue au tabac.
Une gêne respiratoire ? Il pense simplement vieillir ou perdre sa condition
physique. Résultat : beaucoup consultent uniquement lorsque la maladie
atteint déjà un stade avancé.« The silent
killer », ou « le tueur silencieux », comme certains spécialistes
l’appellent désormais, agit précisément de cette manière. Très souvent, le
diagnostic intervient après une aggravation brutale des symptômes, appelée
exacerbation, qui conduit le patient vers les urgences ou une consultation
spécialisée. À ce stade, une obstruction sévère des voies respiratoires s’est
déjà installée.
Les experts rappellent qu’un examen simple permet
pourtant de confirmer le diagnostic : la spirométrie, une exploration
fonctionnelle respiratoire qui mesure la capacité pulmonaire. L’examen dure
entre 15 et 20 minutes.Les
deux spécialistes ne plaident pas pour un dépistage systématique à grande
échelle, mais insistent sur la nécessité d’examiner rapidement les patients
présentant des symptômes évocateurs.Le
tabagisme demeure le facteur de risque numéro un. Dans les pays à revenu
élevé, il serait responsable de plus de 70 % des cas de BPCO. Le tabagisme
actif comme passif joue un rôle majeur. Mais les spécialistes rappellent que la
maladie ne concerne pas uniquement les fumeurs.
Parmi les autres facteurs de risque figurent : L’exposition
prolongée aux poussières et produits chimiques en milieu professionnel / La
pollution atmosphérique intérieure et extérieure / Certaines infections
respiratoires répétées durant l’enfance /asthme mal contrôlé /Certains facteurs
génétiques plus rares.
Le Pr Khelafi et le Pr Kachenoura ont également insisté sur la nécessité d’agir
dès le plus jeune âge à travers une prévention primaire dans les établissements
scolaires pour sensibiliser aux dangers du tabac et de la pollution.L’un des points majeurs
abordés durant cette rencontre concerne les complications associées à la maladie.Contrairement aux idées reçues, la
BPCO ne se limite pas aux poumons. Elle entraîne une inflammation
généralisée dans l’organisme et favorise plusieurs maladies associées :
diabète, ostéoporose, anxiété, dépression, mais surtout des complications cardiovasculaires.Le Pr Khelafi a rappelé que les décès liés à la BPCO ne résultent
pas majoritairement d’une insuffisance respiratoire. Selon elle, près de 70 %
des décès surviennent à cause des maladies cardiovasculaires associées.Hypertension artérielle, troubles du rythme
cardiaque, insuffisance cardiaque ou maladies coronariennes peuvent évoluer en
parallèle et parfois passer inaperçus derrière les symptômes respiratoires.Les spécialistes plaident ainsi pour une
prise en charge conjointe entre pneumologues et cardiologues afin d’évaluer
systématiquement ces risques.La prévention ne repose
pas uniquement sur les médicaments. Le Pr Kachenoura
a insisté sur l’importance de la vaccination antigrippale et
antipneumococcique afin de limiter les infections respiratoires susceptibles
d’aggraver l’état des patients.L’activité
physique régulière fait également partie intégrante de la prise en charge. Les
spécialistes alertent sur les effets de la sédentarité chez les personnes
atteintes de BPCO.Mais avant tout, une priorité
demeure : l’arrêt du tabac. Les médecins rappellent que le sevrage
tabagique constitue la première mesure à mettre en œuvre après le diagnostic.Les experts se montrent
rassurants sur un point : les traitements existent. Bronchodilatateurs,
corticoïdes inhalés, nouvelles associations thérapeutiques et innovations
récentes, comme certaines trithérapies, figurent aujourd’hui parmi les
solutions accessibles en Algérie.Ces traitements
permettent d’améliorer la fonction respiratoire, de réduire les exacerbations
et de limiter les complications cardiovasculaires. Les intervenants ont
également mis en avant les progrès réalisés avec les traitements inhalés
combinés. Ces progrès permettent de simplifier la prise quotidienne et
d’améliorer l’adhésion des patients.Parmi les
innovations thérapeutiques évoquées lors des échanges figure
notamment la trithérapie inhalée, présentée comme une avancée dans la
prise en charge des patients atteints de BPCO. Cette solution, introduite en
Algérie par AstraZeneca, vise à simplifier le
traitement grâce à une association thérapeutique intégrée, avec pour objectif
d’améliorer l’observance des patients et de réduire le risque d’exacerbations
ainsi que certaines complications associées.En
outre, le Pr Khelafi et le Pr Kachenoura ont également rappelé qu’après le
diagnostic, la prise en charge thérapeutique se poursuit généralement à vie. Si
certains patients expriment des inquiétudes concernant d’éventuels effets
secondaires, les deux spécialistes assurent que ceux-ci restent faibles au regard
des bénéfices apportés. Parmi ces bénéfices figurent la réduction des
exacerbations, l’amélioration de la qualité de vie et la prévention des complications.Pour les
spécialistes réunis lors de cette rencontre, le défi n’est donc plus seulement
thérapeutique. Le véritable combat commence bien avant : reconnaître les
symptômes suffisamment tôt. Car face à ce « tueur silencieux », quelques
mois gagnés sur le diagnostic peuvent parfois faire toute la différence sur la
qualité de vie et l’évolution de la maladie.