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Taleb Abderrahmane

Date de création: 23-05-2026 19:47
Dernière mise à jour: 23-05-2026 19:47
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HISTOIRE- PERSONNALITÉS- TALEB ABDERRAHMANE

©W.A.O/ L’Expression, mercredi 20 mai 2026

Figure marquante de la Révolution algérienne, Taleb Abderrahmane incarne l’engagement radical d’une génération d’étudiants ayant mis leur savoir au service de la lutte de Libération nationale. Selon le chercheur-historien, le professeur Hamid Aït Habouche, également directeur du laboratoire d’études maghrébines et des élites à l’ubniversité d’Oran 1, le parcours de Taleb Abderrahmane illustre la transformation de l’élite universitaire en acteur central de la guerre de libération, notamment durant la bataille d’Alger. Né le 3 mars 1930 dans le quartier de la Casbah à Alger, au sein d’une famille modeste originaire d’Azeffoun, Taleb Abderrahmane grandit dans un environnement marqué par la précarité et la domination coloniale. Très tôt, il développe une conscience politique nourrie par les inégalités du système en place. Élève brillant, particulièrement attiré par les disciplines scientifiques, il poursuit ses études à la faculté des sciences d’Alger, où il se spécialise en chimie. Sa maîtrise de la langue allemande lui permet d’accéder à des ouvrages scientifiques avancés, notamment dans les domaines de la chimie organique et des matériaux explosifs, renforçant ainsi son expertise. Le tournant décisif intervient en 1955, lorsqu’il rejoint le Front de Libération nationale (FLN). Ce choix marque l’entrée d’un profil hautement qualifié dans les structures de la lutte armée. Contrairement à un simple engagement symbolique, Taleb Abderrahmane met directement ses compétences scientifiques au service de la Révolution. Dans un contexte de pénurie extrême de moyens, il participe à la conception d’explosifs artisanaux et à l’adaptation de procédés chimiques simples aux besoins du terrain. Cette capacité d’innovation lui vaut rapidement le surnom de «chimiste de la Révolution». Entre 1956 et 1957, période clé de la bataille d’Alger, son rôle devient encore plus stratégique. Il participe à la mise en place de laboratoires clandestins, notamment dans les quartiers d’El Biar et de la Casbah, véritables centres de production dissimulés au cœur du tissu urbain. Dans ces espaces secrets, les militants fabriquent des engins explosifs improvisés destinés aux opérations de guérilla urbaine. Malgré des conditions rudimentaires, outils domestiques, composants limités et déplacements constants, il parvient à développer des dispositifs efficaces, compacts et adaptés aux contraintes de la clandestinité. Il contribue également à la formation technique de plusieurs militants chargés de leur utilisation sur le terrain. L’appel historique à la grève du 19 mai 1956, lancé par l’Union générale des étudiants musulmans algériens, constitue une étape décisive. Comme de nombreux étudiants, Taleb Abderrahmane abandonne définitivement son parcours universitaire pour rejoindre la lutte armée. Ce basculement illustre l’ampleur de la mobilisation de l’élite intellectuelle algérienne. Dès lors, il s’implique pleinement dans les réseaux clandestins, combinant mobilité, discrétion et organisation méthodique pour échapper aux forces coloniales. Cependant, l’intensification de la répression française fragilise progressivement ces structures. L’explosion accidentelle survenue à la «Villa des Roses» en octobre 1956 constitue un tournant majeur, permettant aux autorités coloniales de remonter plusieurs filières liées aux laboratoires secrets. Identifié dans ce contexte, Taleb Abderrahmane entre dans une phase de clandestinité active avant d’être arrêté en juillet 1957 à la suite d’une embuscade. Durant sa détention, il subit de lourds interrogatoires accompagnés de tortures dans plusieurs centres de détention. Malgré ces conditions extrêmes, il refuse de livrer la moindre information, assumant entièrement la responsabilité des actions menées dans le cadre de ses activités techniques. Condamné à mort, il est exécuté le 24 avril 1958 à la prison de Barberousse à Alger. Selon plusieurs témoignages, il aurait prononcé, peu avant son exécution, un ultime appel à poursuivre la lutte armée, symbole de son engagement jusqu’au dernier instant. Au-delà de son parcours individuel, Taleb Abderrahmane demeure une figure emblématique de la convergence entre savoir scientifique et engagement révolutionnaire. Son itinéraire illustre le rôle décisif joué par les étudiants et les intellectuels dans la structuration technique de la Révolution algérienne. Pour le docteurAït Habouche, son héritage rappelle que la lutte de libération ne fut pas uniquement militaire, mais également intellectuelle, portée par une jeunesse instruite, déterminée à transformer ses connaissances en levier d’émancipation nationale