SANTÉ– MALADIE- CŒUR.REIN/INSUFFISANCES
Le duo
cœur-reins, autrement dit l'insuffisance cardiaque et l'insuffisance rénale,
constitue aujourd-'hui un véritable défi de santé
publique. Cette double pathologie pèse lourdement, à la fois sur les patients,
les autorités sanitaires et le budget de l'État.Le
syndrome cardio-rénal (SCR) représente, en effet, une entité complexe. Le cœur
ou le rein entraîne parfois une détérioration de l'autre. Une interaction qui
aggrave le pronostic et alourdit la prise en charge.Toutefois, cette corrélation défavorable n'est
pas une fatalité. Les spécialistes insistent sur l'importance d'une prise en
charge intégrée dans le cadre d'un parcours de soins coordonné cardio-rénal. Un
diagnostic précoce, associé à des traitements adaptés, permet de retarder
significativement les complications de l'insuffisance cardiaque, notamment la
dégradation de la fonction rénale.
Le
professeur Farid Haddoum, chef du service de
néphrologie et d'hémodialyse au CHU Mustapha, tire la sonnette d'alarme. Il
évoque la nécessité de revoir la stratégie actuelle dominée par l'hémodialyse
chronique, particulièrement coûteuse pour le système de santé et contraignante
pour les patients.
Le
spécialiste souligne également le caractère silencieux de la maladie rénale. «Qui est sûr et certain que ses propres reins fonctionnent
correctement ?», s'interroge-t-il, rappelant que la pathologie évolue souvent
sans symptômes, conduisant à un diagnostic tardif et, inévitablement, à la
dialyse chronique. «Nous enregistrons 1500 à 2000
nouveaux cas chaque année», déplore-t-il.Selon les
données nationales de 2025 présentées par le Pr Haddoum,
sur 42 500 patients atteints d'insuffisance rénale, 3 500 ont bénéficié d'une
greffe, 1 000 sont traités par dialyse péritonéale, tandis que près de 38 000
sont sous hémodialyse. Une situation qui pèse lourdement sur les finances
publiques, l'État déboursant près d'un milliard de dollars pour la prise en
charge d'environ 40 000 patients.Le
professeur estime que l'hémodialyse chronique représente «l'échec de la
médecine», alors que de nouveaux traitements, notamment les inhibiteurs ISRAA,
ISGLT2 et aGLP1, permettent de protéger significativement la fonction rénale.
Le coût annuel de ces traitements varie entre 35 000 et 70 000 dinars par
patient, contre près de 2 millions de dinars pour l'hémodialyse annuelle.Le spécialiste plaide
également pour le renforcement du dépistage précoce. Des examens biologiques
simples, réalisés sur des échantillons sanguins et urinaires, permettent
d'évaluer la fonction rénale pour un coût d'environ 4 000 dinars, évitant ainsi
l'évolution vers des complications lourdes si le traitement est instauré à temps.Dans ce contexte, le vice-président de l'Association
des laboratoires d'analyses médicales (ALAM), le Dr Akli Lamani,
a insisté sur l'urgence d'actualiser la nomenclature nationale des actes de
biologie médicale, inchangée depuis 1987, afin de garantir le remboursement de
ces examens essentiels au diagnostic précoce.
C'est ce
qui a été abordé lors d'une journée de formation organisée par NHS Mediacom, l'Association des laboratoires d'analyses
médicales, de la Société algérienne de cardiologie et de la Société algérienne
de médecine générale, avec le soutien de producteurs pharmaceutiques, notamment
AstraZeneca et El Kendi,
avant-hier, à Alger .Des spécialistes ont animé un débat interactif consacré au
syndrome cardio-rénal avec la presse. Les intervenants ont abordé cette
problématique sous plusieurs angles, notamment les facteurs de risque, les
contraintes diagnostiques, les options thérapeutiques disponibles ainsi que les
enjeux de la pharmaco-économie.Par
ailleurs, l'insuffisance cardiaque constitue un enjeu majeur de santé publique.
Selon l'Organisation mondiale de la santé, 64,3 millions de personnes dans le
monde en souffrent, avec près de 4 millions de nouveaux cas chaque année. En
Algérie, la prévalence augmente en raison de la progression des facteurs de
risque. Par extrapolation, près de 990 000 Algériens seraient atteints
d'insuffisance cardiaque, dont 30% évoluent vers une insuffisance rénale
nécessitant la dialyse après quelques années.Le
professeur Mohamed Chettibi, chef du service de
cardiologie au CHU Issad Hassani de Béni Messous et concepteur du plan national anti-infarctus,
rappelle que les maladies non transmissibles représentent 65,7% des décès chez
les personnes âgées de 30 à 69 ans.Les maladies
cardiovasculaires arrivent en tête avec 36% des décès, loin devant les cancers
(13%), les maladies transmissibles (15%), les pathologies respiratoires (3%) et
les traumatismes (10%).Selon le Pr Chettibi, les
principaux traitements de l'insuffisance cardiaque sont disponibles en Algérie,
mais il demeure essentiel d'optimiser les parcours de soins, notamment durant
la période critique suivant la première hospitalisation.Abordant
la question sous l'angle de la pharmaco-économie, le professeur Zoubir Sari,
spécialiste en médecine interne, estime que l'insuffisance cardiaque et rénale
constitue un facteur d'«effondrement des systèmes de santé». Le syndrome
cardio-rénal entraîne, selon lui, des hospitalisations répétées, souvent pour
décompensation cardiaque ou rénale, nécessitant des technologies coûteuses
telles que la dialyse, les biomarqueurs, l'échocardiographie ou encore les
soins intensifs.Ce fardeau impacte également les
familles, confrontées à la perte de revenus, aux dépenses non remboursées et au
stress financier, tout en accentuant la pression sur le budget de l'État et les
structures hospitalières.Le spécialiste recommande
ainsi une prise en charge intégrée, dans le cadre d'un parcours de soins
coordonné cardio-rénal. Il appelle à sortir d'une médecine en silos pour
adopter une approche globale centrée sur la prévention, qu'elle soit primaire,
secondaire ou tertiaire, afin d'améliorer le pronostic et la qualité de vie des
patients.Les experts réunis
lors de ce débat interactif ont plaidé pour une restructuration du système de
soins visant à prévenir l'insuffisance cardiaque et à réduire la dépendance au
«tout dialyse», particulièrement coûteux, au profit d'une approche orientée
vers le «tout néphrologie». Une réorganisation du parcours de soins apparaît
ainsi indispensable pour anticiper et l'insuffisance cardiaque et rénale,
améliorer la prise en charge et alléger la pression sur le système de santé.