HISTOIRE- PERSONNALITES- ANDRÉ MANDOUZE
(Complément)
André Mandouze (10 juin 1916-
5 juin 2006) était un éminent latiniste, historien et universitaire français,
reconnu comme l’un des grands spécialistes de saint Augustin et militant
anticolonialiste durant la guerre de Libération nationale. « ‘Profondément
croyant, chrétien de gauche, homme lié à Dieu’, disait-il, il a transcendé les
interdits pour prêcher la paix, la tolérance et le respect de la dignité
humaine. Il a placé son existence au service des principales luttes du XXe :
l’antinazisme et l’anticolonialisme», écrit
l’historienne Malika El Korso dans une contribution
en hommage de ce «guerrier de la paix». Elève de l’ENS de la rue d’Ulm, agrégé
de lettres classiques, jeune professeur au lycée de Bourg-en-Bresse en 1940, il
refuse le régime de Pétain et entre en résistance contre le nazisme allemand.
Au début de l’année 1943, il devient rédacteur en chef du journal clandestin
Témoignage chrétien fondé une année plus tôt à Lyon par le père Chaillet. En 1945, il part enseigner en Algérie, sur les
traces de saint Augusti, évêque d’Hippone (Annaba).
Le massacre de Sétif est encore tout récent. Il découvre effaré
l’aveuglement et le racisme profond qui infectent jusqu’à de nombreux chrétiens
pieds-noirs.
Pendant des années, depuis l’Algérie, il tire en vain la sonnette d’alarme et
prophétise la guerre d’indépendance, qui éclate en novembre 1954. Malgré ses
avertissements, les gouvernements successifs s’enfoncent dans la répression.
Dénonçant la torture, Mandouze reçoit de multiples
menaces de mort et doit quitter l’Algérie pour la région parisienne avec sa
famille. Son domicile à Neauphle-le-Château sera plastiqué par l’OAS et
recouvert de graffiti haineux.
En janvier 1956, invité par le Comité d’action des intellectuels contre la
poursuite de la guerre en Afrique du Nord au meeting à la salle Wagran (Paris), il déclare apporter «le
salut de la résistance algérienne».
«Ce matin encore, j’étais à Alger et je vous apporte le salut de la résistance
algérienne»
«Ce matin encore, j’étais à Alger et je vous apporte le salut de la résistance
algérienne. Je viens du théâtre d’opération. Il est partout et dans Alger même.
Il y a des gens qui ne croient pas que dans les rues, ils croisent l’Armée de
libération nationale… Et si vous voulez l’exiger, demain, les négociations peuvent
s’engager, demain les combattants peuvent discuter avec le gouvernement
français, demain, alors pourront se réconcilier deux peuples…»,
écrivait-il. Il est jeté en prison à la Santé pour plus de quatre semaines, fin
1956. Libéré, il poursuit son combat, conteste le retour de de Gaulle au
pouvoir parce qu’il n’empêche pas la guerre de se poursuivre pendant quatre
ans. Il signe aussi le « Manifeste des 121 pour le droit à l’insoumission
en Algérie », et qui proclame que «la cause du peuple algérien est celle
de tous les hommes libres». Après l’indépendance, il
revient en Algérie pour devenir le premier directeur de l’enseignement
supérieur du pays indépendant. Déçu par l’arabisation forcée et par l’éviction
de Ben Bella par Boumediène (1965), il se retire puis
rentre en France, tout en gardant des liens étroits avec l’Algérie toute sa
vie. En 1968, André Mandouze soutient sa thèse de 800
pages intitulée : Saint Augustin. L’aventure de la raison et de la grâce. En
2001, c’est grâce à lui qu’un colloque sur saint Augustin a pu être organisé en
Algérie : pour la première fois depuis 40 ans, le pays reconnaissait
officiellement l’existence de son passé pré-arabe et pré-musulman, celui des
Amazighs, de Rome et du christianisme. En 2006, le Salon international du livre
d’Alger lui rendra hommage. Coïncidant avec la célébration du 1er Novembre, le
SILA a proposé dans la collection «Voix de
l’anticolonialisme» une somme de textes réédités par l’ANEP et préfacés par le
président de la République Abdelaziz Bouteflika. Parmi la floraison de textes
(Albert Memmi, Ferhat Abbas, Aimé Césaire…) il y a « La Révolution algérienn »e par les textes
d’André Mandouze.