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André Mandouze (Complément)

Date de création: 17-04-2026 19:23
Dernière mise à jour: 17-04-2026 19:23
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HISTOIRE- PERSONNALITES- ANDRÉ MANDOUZE (Complément)

 

André Mandouze (10 juin 1916- 5 juin 2006) était un éminent latiniste, historien et universitaire français, reconnu comme l’un des grands spécialistes de saint Augustin et militant anticolonialiste durant la guerre de Libération nationale. « ‘Profondément croyant, chrétien de gauche, homme lié à Dieu’, disait-il, il a transcendé les interdits pour prêcher la paix, la tolérance et le respect de la dignité humaine. Il a placé son existence au service des principales luttes du XXe : l’antinazisme et l’anticolonialisme», écrit l’historienne Malika El Korso dans une contribution en hommage de ce «guerrier de la paix». Elève de l’ENS de la rue d’Ulm, agrégé de lettres classiques, jeune professeur au lycée de Bourg-en-Bresse en 1940, il refuse le régime de Pétain et entre en résistance contre le nazisme allemand. Au début de l’année 1943, il devient rédacteur en chef du journal clandestin Témoignage chrétien fondé une année plus tôt à Lyon par le père Chaillet. En 1945, il part enseigner en Algérie, sur les traces de saint Augusti, évêque d’Hippone (Annaba). Le massacre de Sétif est encore tout récent. Il découvre effaré l’aveuglement et le racisme profond qui infectent jusqu’à de nombreux chrétiens pieds-noirs.
Pendant des années, depuis l’Algérie, il tire en vain la sonnette d’alarme et prophétise la guerre d’indépendance, qui éclate en novembre 1954. Malgré ses avertissements, les gouvernements successifs s’enfoncent dans la répression. Dénonçant la torture, Mandouze reçoit de multiples menaces de mort et doit quitter l’Algérie pour la région parisienne avec sa famille. Son domicile à Neauphle-le-Château sera plastiqué par l’OAS et recouvert de graffiti haineux.
En janvier 1956, invité par le Comité d’action des intellectuels contre la poursuite de la guerre en Afrique du Nord au meeting à la salle Wagran (Paris), il déclare apporter «le salut de la résistance algérienne».
«Ce matin encore, j’étais à Alger et je vous apporte le salut de la résistance algérienne»
«Ce matin encore, j’étais à Alger et je vous apporte le salut de la résistance algérienne. Je viens du théâtre d’opération. Il est partout et dans Alger même. Il y a des gens qui ne croient pas que dans les rues, ils croisent l’Armée de libération nationale… Et si vous voulez l’exiger, demain, les négociations peuvent s’engager, demain les combattants peuvent discuter avec le gouvernement français, demain, alors pourront se réconcilier deux peuples…», écrivait-il. Il est jeté en prison à la Santé pour plus de quatre semaines, fin 1956. Libéré, il poursuit son combat, conteste le retour de de Gaulle au pouvoir parce qu’il n’empêche pas la guerre de se poursuivre pendant quatre ans. Il signe aussi le « Manifeste des 121 pour le droit à l’insoumission en Algérie », et qui proclame que «la cause du peuple algérien est celle de tous les hommes libres». Après l’indépendance, il revient en Algérie pour devenir le premier directeur de l’enseignement supérieur du pays indépendant. Déçu par l’arabisation forcée et par l’éviction de Ben Bella par Boumediène (1965), il se retire puis rentre en France, tout en gardant des liens étroits avec l’Algérie toute sa vie. En 1968, André Mandouze soutient sa thèse de 800 pages intitulée : Saint Augustin. L’aventure de la raison et de la grâce. En 2001, c’est grâce à lui qu’un colloque sur saint Augustin a pu être organisé en Algérie : pour la première fois depuis 40 ans, le pays reconnaissait officiellement l’existence de son passé pré-arabe et pré-musulman, celui des Amazighs, de Rome et du christianisme. En 2006, le Salon international du livre d’Alger lui rendra hommage. Coïncidant avec la célébration du 1er Novembre, le SILA a proposé dans la collection «Voix de l’anticolonialisme» une somme de textes réédités par l’ANEP et préfacés par le président de la République Abdelaziz Bouteflika. Parmi la floraison de textes (Albert Memmi, Ferhat Abbas, Aimé Césaire…) il y a « La Révolution algérienn »e par les textes d’André Mandouze.