HISTOIRE- PERSONNALITÉS- LOTFI (BENALI DGHINE BOUDGHÈNE)/COLONEL ALN
Le 27 mars 1960, Benali Dghine Boudghène , plus connu sous le nom de colonel Lotfi, tombait au
combat au djebel Béchar près de la ville
du même nom, à l’âge de presque 26 ans .
À l’occasion de cet anniversaire, il convient de rappeler l’itinéraire d’un
homme qui consacra sa vie à la lutte pour l’indépendance de son pays. Le
colonel Lotfi ne fut pas seulement un acteur de la guerre de Libération : il
fut aussi un homme de réflexion, guidé par un idéal et par un profond sens du
devoir envers l’Algérie et son peuple.
Né le 7 mai 1934 à Tlemcen, Lotfi grandit dans l’Allée
des Sources, à El-Kalaa, un quartier réputé pour
avoir donné de nombreuses figures du militantisme national. Orphelin de mère
très jeune, il est élevé par Hadja Zohra, la seconde épouse de son père, une
dame européenne convertie à l’Islam qui l’a aimé comme son propre fils et qui
lui a transmis des valeurs comme la discipline, le courage, le respect des
autres et l’ouverture d’esprit, des valeurs qui ont façonné son caractère et
son engagement futur.
Dès l’adolescence, il se distingue par une
maturité et un sens des responsabilités remarquables. Il s’investit pleinement
dans ses études et encourage ses camarades à faire de même. «Il
ne faut pas négliger ce que l’on apprend aujourd’hui, car c’est demain que tout
se joue» répète-il souvent.
Influencé par la poésie arabe classique et perse
ainsi que par les grandes figures héroïques de l’histoire arabo-islamique, il
nourrit très tôt un imaginaire fait d’épopées, de courage et de grandeur
morale. Ses années d’études, d’abord à l’école primaire
«indigène» Décieux, puis au lycée
franco-musulman (Medersa) contribuent à forger son esprit critique et sa
curiosité intellectuelle. Passionné par les questions politiques et sociales,
il lit, débat et cherche à comprendre les défis auxquels son pays est
confronté. Selon le témoignage du moudjahid Hadj Amine Damerdji,
«le jeune Benali rédigeait ses lettres avec une encre verte, une couleur qui
symbolisait pour lui l’indépendance de l’Algérie.»
En octobre 1955, à l’âge de 21 ans, il rejoint
les rangs de l’Armée de libération nationale (ALN) dans la Wilaya V. Rapidement
remarqué pour son intelligence et ses qualités d’organisation, il participe à
la mise en place des cellules clandestines du FLN dans la région de Tlemcen et
de Sebdou, avant de contribuer à la structuration des
réseaux de fedayin dans toute l’Oranie. Après le Congrès de la Soummam de 1956,
il prend part à plusieurs opérations militaires dans le Sud sous le nom de
guerre «Si Brahim».
Sa progression au sein de l’ALN est rapide.
Promu capitaine et chef de zone en janvier 1957, il est élevé au grade de
colonel en mai 1958 sous le nom de guerre «Lotfi»,
devenant ainsi le plus jeune colonel de la guerre de Libération. À la tête de
la Wilaya V, il doit alors faire face à l’intensification des opérations
militaires françaises et à la mise en place des lignes Morice et Challe aux
frontières, destinées à empêcher l’acheminement des armes vers les maquis.
Au début de l’année 1960, après avoir participé
aux travaux du Conseil national de la Révolution algérienne à Tripoli, il
décide de regagner le maquis, mettant lui-même en pratique les principes qu’il
avait toujours recommandés à ses camarades de lutte établis à l’étranger. Peu
de temps après, il tombe dans une embuscade tendue par l’armée coloniale dans
les montagnes de Béchar aux côtés de plusieurs de ses compagnons d’armes, dont
son fidèle lieutenant, le commandant Ferradj.
Le colonel Lotfi était pleinement conscient du
prix de son engagement. Sa correspondance personnelle témoigne de son
attachement profond à la cause nationale. À sa femme, avant de partir
combattre, il écrit : «Je ne suis et ne serai jamais
que par la Révolution et pour la Révolution.» À son père, il adresse ces mots : «Je te confie la famille pour rejoindre les frères au
maquis pour la libération de l’Algérie.» Quelques temps avant sa mort, il
aurait même déclaré à ses compagnons : «J’ai le
sentiment que je vais mourir demain au combat.»