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Satellites algériens (Historique) (II/III)

Date de création: 02-02-2026 19:41
Dernière mise à jour: 02-02-2026 19:41
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TÉLÉCOMMUNICATIONS - FORMATION CONTINUE- SATELLITES ALGÉRIENS/HISTORIQUE (II/III)

Auteur : Hamimi Rabie, ancien directeur général adjoint de l’Entv /Rediffusée In Facebook à l'occasion du lancement réussi ce 31 Janvier 2026 d'ALSAT-3B précédé d'un autre (3A) au début du même mois.

B/ALCOMSAT-1 : satellite de télécommunications (*)

Il s’agit du premier satellite algérien de télécommunications. Il a été développé par l'Académie chinoise des technologies spatiales dans le cadre du partenariat stratégique entre les deux pays. Sa masse brute est un peu plus de 5 200 kg, son envergure de 26 mètres et sa durée de vie nominale de 15 ans. Il a été lancé le 10 Décembre 2017 ( le 11 en fuseau horaire chinois en hommage aux manifestations du 11 Décembre ) par le lanceur ‘’Longue Marche’’ à partir de la base de Xichang en Chine et placé en orbite géostationnaire à une altitude de 36 000 km de la terre. Sa plateforme est équipée de 22 transpondeurs en bande KU pour la télévision et la radio, en bande KA pour le V-Sat et les transmissions internet ainsi que des transpondeurs en bande X, EHF et UHF pour les besoins de l’armée et des secteurs stratégiques de l'Etat. Son contrôle opérationnel est assuré par les ingénieurs algériens depuis les Centres d'exploitation de Boughezoul et Bouchaoui.

Sa zone de couverture comprend l'Algérie, le Maroc, la Mauritanie, le Sahara occidental, le Mali, le Niger, le Burkina Faso, la Libye, le nord Tchad et le nord Soudan. Autant dire une surface considérable qui dispose d’immenses richesses naturelles stratégiques et des ressources humaines, qui pèsent dans l’échiquier géopolitique mondial et plus particulièrement sous régional. Cette zone comprend également une bonne moitié de l'hémisphère Nord de la terre. Elle permet aussi d’optimiser la qualité du signal des satellites de géolocalisation et de diminuer les risques de brouillage ou de détérioration volontaire des signaux. Tout comme il est possible de sécuriser par exemple Internet dans ses contenus sensibles des institutions de l'Etat, à travers un débit indépendant des câbles sous-marins. Elle permet également un effet éminemment positif sur la surveillance du territoire national, et donc de renforcement de la souveraineté nationale sans le passage, jusque-là obligé, par les opérateurs étrangers qui, sous le couvert de partenariats économiques, ont facilement accès à des données ultra sensibles.Sur le plan de l’exploitation, ce satellite peut assurer la télédiffusion de 300 chaînes de télévision et autant de radio numériques, la diffusion de l'Internet à haut débit sur l’ensemble du territoire national en se soustrayant, en partie ou en totalité si les conditions l’exigent, à la fibre optique et aux câbles sousmarins d’entretien coûteux et d’exploitation onéreuse, et d’arroser en moyen débit les utilisateurs étrangers situés dans sa zone d’empreinte, ainsi que d’autres applications liées à la visioconférence (enseignement à distance, télémédecine, administration numérique, etc...), et au système de navigation renforcée par satellite en Algérie. Ces capacités satellitaires sont de nature pour l’Algérie à s’assurer une grande autonomie, voire une indépendance à l’égard des opérateurs étrangers, de faire des économies considérables en devises en mettant en place des bouquets de chaînes. Dans le domaine du transfert technologique qui a été, à la fin du siècle dernier, le cheval de bataille des pays en voie développement, il faut retenir que ces projets de technologie avancée qui ne sont pas inconnus de l’Algérie et de ses ingénieurs post indépendance, ont été une opportunité pour assurer auprès d’universités et des partenaires industriels, une formation de qualité et à grande échelle au profit de nationaux. De disposer ainsi d’une compétence opérationnelle et autonome apte à exploiter le système. Et que dans tout le processus qui a présidé à cette aventure spatiale, bien des cadres scientifiques et techniques algériens ont été associés in situ et à des degrés divers à la conception des satellites. Cela a été le cas pour les satellite d’observation et pour Alcomsat compte tenu du fait qu’il a été construit en Chine, pays ami et néanmoins naturellement proche de ses intérêts, laquelle a des relations de partenariat stratégique avec notre pays où elle a par ailleurs beaucoup de marchés à défendre et entretient avec lui, depuis notre guerre de libération, des rapports très étroits.

Cette réalisation est, bien entendu, à inscrire au fronton des grandes étapes de notre développement. Il faut donc s'en féliciter tout naturellement, sincèrement et sans a priori politique ou démagogie. Tout le mérite revient en particulier à nos scientifiques et ingénieurs qui viennent de faire montre de leurs compétences, tout comme l’ont fait du reste auparavant leurs aînés dans le même domaine. Cela étant dit, une remarque exprimée de manière apaisée s’impose. Il est, en effet, inexact au regard des faits et injuste à l’égard des pionniers algériens des télécommunications, d’occulter et / ou de ne pas reconnaître l’apport de ces derniers, connu, salué, honoré, et reconnu par ailleurs mondialement dans l’aventure spatiale. Pour un pays qui s’est relevé courageusement de ses ruines au lendemain de son indépendance au prix d’immenses sacrifices, se prévaloir de quelques compétences en la matière, était osé et relevait de l’utopie et de la gageure, tant l’indice de formation technique et scientifique légué par la France coloniale était outrageusement dérisoire. Et donc un sujet de fierté pour le pays.

Dans un tel état, il s’est trouvé des ingénieurs algériens et de souche authentiquement algérienne, en nombre réduit à quelques individualités, qui avaient osé s’aventurer dans la cour des grands et y jouer en égal à leurs semblables, non pas aux cerfs volants, mais bien à ces engins à la Jules Verne, qui troublaient déjà la quiétude de l’espace, et qui permettaient aux hommes de se rapprocher davantage malgré les distances considérables qui les séparaient. Ces compétences d’obédience plébéienne et donc battante à souhait, se trouvaient au ministère en charge des Télécommunications, au niveau de la RTA, de l'ANP, de la DGSN, les principaux utilisateurs pour rester dans le langage professionnel, ainsi qu’auprès d’autres organismes et institutions. Et qui se retrouvaient régulièrement en Comité de coordination avant que la notion de synergie n’apparaisse en vogue dans le dico actuel, pour corréler leurs acquis et savoir-faire dans le domaine de l’exploitation, ou pour préparer les conférences de planification des fréquences de l'Union Internationale des Télécommunications (UIT).

Que ces aînés qui sont de ma génération, sous l’autorité morale desquels j’ose m’aventurer dans un domaine qui n’est pas le mien, que j'ai souvent côtoyés dans des rencontres professionnelles et où sont nées de nobles amitiés et se sont développés d’authentiques rapports fraternels, permettent au petit juriste en retraite que je suis, d’évoquer en quelques mots avec l’humilité qui sied en pareille circonstance, deux illustres personnalités, véritables chevilles ouvrières de l'époque héroïque des télécommunications en Algérie, au destin si peu commun, que le lecteur de maintenant découvrira certainement médusé, tant ils sont peu ou pas du tout connus dans le domaine qui a été le leur. Comment le pourrait-il du reste lorsque 60 ans après notre libération, on n’a pas encore soldé notre compte avec la mémoire ? Ne dit-on pas que nul n’est prophète en son pays.

Noureddine BOUHIRED avait dédié sa prime jeunesse à la défense de sa patrie et sa vie au secteur naissant des télécommunications, après de brillantes études d'Ingéniorat à Moscou. Force tranquille et homme de conviction, l’âme kasbadjie en bandoulière d'où il puisait son immense énergie, il avait été notamment ce chef d’orchestre qui, avec sa baguette magique, coordonnait au plan national les positions des nombreux utilisateurs des télécommunications. En battant, il portait les revendications de son pays et ceux des Non-Alignés à l’Union Internationale des Télécommunications, devenue par la force des intérêts antagonistes, l’arène de prédilection de la nouvelle Reconquista démocratique. Aidés par ses confrères d’Algériens de grande valeur et mandatés par ses collègues du Tiers-monde, il avait osé s’attaquer à la sacro sainte règle, inéquitable et fondamentalement injuste, ‘’du premier arrivé, premier servi'', alors en vigueur dans le domaine des fréquences que s’étaient déjà partagées les grandes puissances, et qui constituent une ressource naturelle limitée.

Grâce au travail de réflexion notamment de ses collègues du Boulevard des Martyrs, auxquels s'étaient associés des non ingénieurs, dans la foulée de la création de la Communauté des Organismes de Radiodiffusion des pays Non-Alignés (ORDNA/BONAC) au sein de laquelle la RTA avait joué le rôle de leader, l'importante délégation algérienne qu'il conduisait, avait réussi au cours de la CAMR de 1979 chargée de la révision du (RR) Règlement des Radiocommunications, à rééquilibrer le rapport des forces en matière d’utilisation du spectre des fréquences radioélectriques et des orbites des satellites géostationnaires et de faire admettre le principe d’égalité d’accès pour tous les pays, grands ou petits, et la réservation du même nombre de canaux aux pays qui n’avaient pas encore accédé à la souveraineté nationale. Principe passé dans le droit public international.

Ceux de ses collègues qui y étaient là, à cette occasion ou en une autre, se rappellent sans doute de l’émotion qu’il avait provoquée en tambourinant sur sa table en pleine conférence, à la manière d'un Khrouchtchev mais sans la godasse, son désaccord avec ses pairs… Le hasard de la vie a fait qu'il ait perdu la vie dans l’avion d’UTA qui s'est écrasé en Septembre 1989 au dessus du Tchad, de retour d’une mission sur les télécommunications, à un âge où il avait tant de choses encore à nous donner et à nous communiquer aussi sa passion de la musique cha3bie en grattant un ‘’soubhane Allah yalttif''.