RELATIONS INTERNATIONALES- FRANCE- FRANCE.ALGÉRIE/
VISITE À ALGER SÉGOLÈNE ROYAL (JANVIER 2026)
Les chefs d’entreprise que j’ai
rencontrés ce matin m’ont fait part du potentiel considérable que représente
l’excellente formation des salariés et des collaborateurs ici dans le pays,
leur motivation, leur envie de créer et de réussir. C’est pourquoi la
reconstruction de l’amitié entre la France et l’Algérie est un devoir que nous
avons d’abord envers les jeunes générations des deux rives, qui ne demandent
qu’à développer ensemble leurs projets. L’histoire entre la France et l’Algérie
est une histoire blessée, faite de domination et de violences indignes, mais
aussi de luttes, de résistances, de destins mêlés, de familles construites
entre les deux rives, de projets économiques et culturels communs, de
partenariats et de potentiels trop souvent occultés ou méconnus que nous devons
mettre en valeur. Il faut le faire. Les postures politiciennes, les
provocations et les discours qui déchirent, portés par ceux qui ne veulent pas
que l’Algérie avance et qui refusent encore d’admettre la souveraineté
nationale de l’Algérie, son rôle diplomatique dans le monde, sa décision de
non-alignement et sa liberté totale de choisir ses alliances et ses causes,
doivent être dépassés. Moi, je respecte profondément cela et j’espère que les
autorités françaises finiront aussi par respecter cette souveraineté nationale
de l’Algérie. Certains ne veulent pas qu’elle réalise des projets d’excellence
comme elle est en train de le faire. C’est pourquoi l’amitié réparée entre nos
pays et nos peuples doit se réaliser, je le souhaite de tout mon cœur. Elle
viendra, j’en suis sûre, pour libérer les envies de construire, de créer, de
comprendre, d’inventer, bref, de bâtir des trajectoires de vie heureuses.
Abattre les murs pour construire des passerelles de savoir et de respect par le
dialogue. La mémoire n’est jamais une rente ni une culpabilité héréditaire :
c’est la vérité des blessures et des traumatismes qui doivent être nommés,
réparés, reconnus, sans je ne sais quelle contrepartie. Il s’agit de pouvoir
construire ensemble le « plus jamais ça ». Justement pour regarder l’avenir, le
premier geste que doit faire la France, et qui aurait dû être fait depuis
longtemps, c’est la restitution des biens culturels et des archives. J’y
mettrai toute ma force : d’abord les objets de l’émir Abdelkader et des autres
personnalités algériennes, ensuite les ossements conservés au Musée de l’Homme,
afin qu’ils soient honorablement inhumés, comme l’a dit le président
Abdelmadjid Tebboune. Puis l’ensemble des archives conservées à Aixen-Provence, déjà en partie numérisées, qui peuvent être
rendues très rapidement, ainsi que le canon d’Alger qui se trouve à Brest. Tout
cela a d’ailleurs été confirmé par la commission mixte Histoire et Mémoire dans
son rapport du 29 novembre 2023. Je veux y ajouter, parce que c’est un domaine
que je connais bien pour avoir été ministre de l’Énergie, les archives et le
dossier complet sur les essais nucléaires dans le Sahara, afin de mesurer
l’ampleur des dégâts et de les réparer. Je voudrais citer ici l’émir
Abdelkader, qui a écrit : « « L’homme est grand par ce qu’il sait et noble par
ce qu’il fait. » Il serait donc noble de rendre au peuple algérien les objets
qui lui appartiennent. C’est ce que je dirai au président Emmanuel Macron à mon
retour, pour l’inciter à agir en ce sens, comme il l’avait d’ailleurs affirmé
au début de son quinquennat. Car la mémoire, bien dite, oblige et élève. Elle
permet de construire le futur. C’est même en construisant le futur que l’on
changera le regard porté sur chacun de nos deux magnifiques pays et sur la
coopération franco-algérienne. Je vous invite à croire que la relation entre
nous peut devenir, j’en suis certaine, créatrice et enthousiaste, avec des
générations qui vivent passionnément, qui innovent, avec des entreprises qui
coopèrent pour les deux rives. Et quel plus beau rapprochement aussi que la
culture. Je visiterai demain, avec la ministre de la Culture que je remercie,
le Bastion 23 et le musée du Bardo. Nous avons d’ailleurs évoqué les prochains
évènements culturels, qui me donneront l’occasion de revenir, et je m’en fais
déjà une grande joie. Nous avons un destin commun parce que nous avons un
patrimoine commun, la Méditerranée. Nous avons des civilisations mêlées qui se
nourrissent les unes les autres. Je voudrais terminer par cette belle pensée de
l’Algérien Saint Augustin, qui a écrit : «La vérité
est comme un lion : laissez-la libre, elle se défendra ellemême.
» Alors libérons la vérité de notre passé et construisons une nouvelle alliance
par des projets communs, d’égal à égal.