HISTOIRE- PERSONNALITES-
MOHAMED LAMINE DEBAGHINE (Complément)
DISCOURS
PRONONCÉ DEVANT LE PARLEMENT FRANÇAIS EXTRAITS DU DISCOURS DU Dr MOHAMED LAMINE
DEBAGHINE (Source JORF, Débats, 1947, p.4463)
«N’oubliez pas, Mesdames et Messieurs,
l’Algérie est une Nation. Elle a été une Nation et a été souveraine. Seule
l’agression de 1830 lui a fait perdre sa souveraineté. (…) Les traités conclus
entre l’État algérien et des nations telles que l’Angleterre, les États-Unis et
la France elle-même prouvent que l’Algérie était considérée comme une nation
souveraine. Bien mieux, non seulement la France a échangé des instruments
diplomatiques qui ne laissent aucun doute sur la reconnaissance de la
souveraineté de l’Algérie à cette époque, mais encore – et cela on ne le sait
pas suffisamment – il y a eu au XVIe siècle une véritable alliance entre la
France et l’Algérie. Et une alliance ne peut se conclure qu’entre deux États
souverains et non entre un vassal et un suzerain. L’Algérie était à ce point
considérée comme un État souverain par la France elle-même, qu’en 1793, pendant
la guerre que celle-ci soutenait contre l’Europe entière, aussi bien pendant la
Révolution que pendant le Consulat, la France jugea que, seule la nation
algérienne, qui était à cette époque souveraine, pouvait la ravitailler en blé,
en chanvre pour les cordages de ses navires, en chevaux et même lui prêter
gracieusement de l’argent. Cela s’est produit en 1797. Les sommes prêtées par
l’État algérien s’élevaient à plusieurs millions de francs-or.
Les considérations dont je viens de faire état ne peuvent laisser aucun doute
quant à la reconnaissance de la souveraineté algérienne par la France (…)
L’Algérie, malgré son héroïque lutte, a perdu sa souveraineté dans une guerre
qui fut malheureuse. Nous ne pouvons admettre que ce sera là le terme de sa
souveraineté. Elle reconquerra sa liberté, elle redeviendra elle-même, nous en
sommes persuadés (…). Un siècle d’oppression n’a pas fait perdre à l’Algérie sa
personnalité ni sa farouche détermination de redevenir elle-même. C’est la
raison pour laquelle, aujourd’hui, comme hier, il ne peut s’agir pour nous,
Algériens, d’accepter une solution, quelle qu’elle soit, qui ne postule pas
avant toute chose le respect de la personnalité algérienne, le développement de
notre culture arabe et surtout la garantie absolue du retour à notre
souveraineté nationale (…). L’Algérie a le droit de disposer d’elle-même. Ce
droit, elle l’a acquis sur le champ de bataille ; elle le revendique
aujourd’hui. C’est pourquoi elle s’élève contre tout statut que, de force, on
voudrait lui imposer. Le peuple algérien considère qu’il a le droit et le
devoir de se déterminer lui-même et de choisir les institutions politiques qui
doivent le régir (...) L’Algérie ne reconnaît pas l’état de fait créé par la
conquête de 1830, l’Algérie n’est pas française, elle ne l’a jamais été et elle
ne reconnaît pas à la France le droit de lui donner un statut quel qu’il soit
(…).» Mohammed Lamine Debaghine