La
Maison-Blanche a invité une soixantaine de pays (l’Algérie ne figure pas
dans la liste) à siéger au sein d’un « Conseil de la paix » que
le président des États-Unis entend formellement lancer ce jeudi en marge du
Forum économique mondial à Davos. Cette initiative intergouvernementale dirigée
par Donald Trump et poussée par la diplomatie étatsunienne vise à
« promouvoir la stabilité, à rétablir une gouvernance fiable et légitime,
et à garantir une paix durable dans les zones touchées ou menacées par des conflits ».Selon
Trump, les travaux de l’organisation devraient « commencer avec Gaza puis
se poursuivre avec les conflits au fur et à mesure qu’ils
surgiront » 1.Si sa structure demeurait floue jusqu’ici, on dispose
aujourd’hui de plus de détails grâce à la version intégrale obtenue par
le Times of Israel.Aucune
mention n’est faite de Gaza, mais la structure de ce « Conseil »
révèle une nouvelle itération de la géopolitique du clan Trump : calquée
sur un modèle de board privé, cette
structure intergouvernementale sans autre objet que « la paix
durable » serait contrôlée personnellement par le président américain, qui
en serait nommément le chef, aurait le pouvoir absolu de choisir son successeur
à la tête de l’organisation, de révoquer la membership d’un
État ou encore de trancher les décisions lui-même en cas d’égalité des voix.Au-delà du pouvoir personnel de Trump, l’objectif est
bien celui de la prédation économique : le président disposerait selon
cette Charte de la capacité de gérer les fonds. Surtout, l’adhésion des
« pays invités » au Conseil serait limitée à trois ans : si l’un
d’eux souhaite rester plus d’un an, il est prévu qu’il contribue au fonds géré
par Trump à raison d’un milliard de dollars comptant. Comme dans une pyramide
de Ponzi, le temps du versement à court terme est ici explicité : cet
« investissement » dans le véhicule américain ne pourrait pas
attendre mais devrait se faire « au cours de la première année suivant
l’entrée en vigueur de la Charte ».Selon notre
recension, au mardi 20 janvier à 16h (Paris), 54 des 60 pays invités par la
Maison-Blanche à siéger au sein du Conseil ont fait une déclaration publique.
Seuls 10 pays (dont le Maroc et la Biélorussie) ont toutefois
publiquement accepté de rejoindre l’organisation, tandis que la France est le
seul pays à avoir refusé l’invitation.Plusieurs
gouvernements européens ont déclaré nourrir des inquiétudes quant à l’impact
qu’une telle organisation pourrait avoir sur la crédibilité et les travaux de
l’ONU.Des sources diplomatiques ont notamment indiqué
que le président américain « souhaitait que le Conseil de la paix joue à
terme un rôle plus large au-delà de Gaza, afin de superviser les autres
conflits qu’il déclare avoir résolus » 2 et
c’est l’impression que donne le texte de la Charte, qui ne fait mention d’aucun
conflit en particulier.
PRÉAMBULE :
Déclarant qu’une paix durable exige un
jugement pragmatique, des solutions sensées et le courage de s’écarter des
approches et des institutions qui ont trop souvent échoué ;Reconnaissant
qu’une paix durable s’enracine lorsque les populations sont habilitées à
s’approprier leur avenir et à en assumer la responsabilité ;Affirmant que
seul un partenariat durable, axé sur les résultats et fondé sur le partage des
charges et des engagements, peut garantir la paix dans des régions où elle
s’est trop longtemps avérée insaisissable ;Déplorant que trop d’approches
en matière de consolidation de la paix favorisent une dépendance perpétuelle et
institutionnalisent la crise au lieu d’aider les populations à la
surmonter ;Soulignant la nécessité d’un organisme international de
consolidation de la paix plus agile et plus efficace ;Résolues à former
une coalition d’États volontaires engagés dans une coopération pratique et une
action efficace, guidées par le jugement et respectueuses de la justice, les
Parties adoptent par la présente la Charte du Conseil de la paix.
CHAPITRE
I – OBJECTIFS ET FONCTIONS
Article
1 : Mission : Le Conseil de la paix
est une organisation internationale qui vise à promouvoir la stabilité, à
rétablir une gouvernance fiable et légitime et à garantir une paix durable dans
les régions touchées ou menacées par des conflits. Le Conseil de la paix
exercera ces fonctions de consolidation de la paix conformément au droit
international et comme cela peut être approuvé conformément à la présente
Charte, y compris l’élaboration et la diffusion de bonnes pratiques pouvant être
appliquées par toutes les nations et communautés en quête de paix.
CHAPITRE
II – COMPOSITION
Article
2.1 : États membres : La
composition du Conseil de la paix est limitée aux États invités à y participer
par le président et prend effet dès notification de l’acceptation par l’État
concerné d’être lié par la présente Charte, conformément au chapitre XI.
Article
2.2 : Responsabilités des États membres/ (a) Chaque État membre est représenté au Conseil de la
paix par son chef d’État ou de gouvernement./ (b) Chaque
État membre soutient et assiste les opérations du Conseil de la paix
conformément à ses autorités juridiques nationales respectives. Aucune
disposition de la présente Charte ne peut être interprétée comme conférant au
Conseil de la paix une compétence sur le territoire des États membres ou comme
obligeant les États membres à participer à une mission particulière de
consolidation de la paix sans leur consentement. /© Chaque État membre
exerce un mandat d’une durée maximale de trois ans à compter de l’entrée en
vigueur de la présente Charte, renouvelable par le président. La durée de trois
ans du mandat ne s’applique pas aux États membres qui versent plus de 1 000 000
000 USD en espèces au Conseil de la paix au cours de la première année suivant
l’entrée en vigueur de la Charte.
Article
2.3 : Cessation de l’adhésion : L’adhésion
prend fin à la première des dates suivantes : (i) l’expiration d’un mandat
de trois ans, sous réserve de l’article 2.2© et du renouvellement par le
président ; (ii) le retrait, conformément à l’article 2.4 ; (iii) une
décision de révocation par le président, sous réserve d’un veto à la majorité
des deux tiers des États membres ; ou (iv) la dissolution du Conseil de la
paix conformément au chapitre X. Un État membre dont l’adhésion prend fin cesse
également d’être partie à la Charte, mais cet État peut être invité à redevenir
membre, conformément à l’article 2.1.
Article
2.4 : Retrait : Tout État membre peut se
retirer du Conseil de la paix avec effet immédiat en adressant une notification
écrite au président.