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Cancer/ Plan national cancer/ Evaluation Cour des comptes du Plan 2015.2019

Date de création: 04-01-2026 19:02
Dernière mise à jour: 04-01-2026 19:02
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SANTÉ- MALADIE- CANCER/ PLAN NATIONAL CANCER/ÉVALUATION COUR DES COMPTES  PLAN 2015.2019

En dépit des efforts soutenus consentis par l’Etat algérien dans la lutte contre les maladies cancéreuses tant sur le plan normatif que dans la mobilisation de ressources financières, humaines, infrastructurelles et technologiques, le cancer continue de s’imposer comme un enjeu majeur de santé publique, à l’échelle mondiale comme nationale.

Le rapport annuel de la Cour des comptes pour l’année 2025 rappelle qu’en 2012, le monde a enregistré 14,1 millions de nouveaux cas de cancer, pour 8,2 millions de décès. En Algérie, la situation demeure tout aussi préoccupante : 45 000 nouveaux cas et 24 000 décès ont été recensés en 2014, tandis que les projections avaient fait état de près de 60 000 nouveaux cas à l’horizon 2024.

Dans le détail des dispositifs engagés par les pouvoirs publics, le rapport souligne qu’en 2014, un programme d’envergure a été inscrit, portant sur «la réalisation de quinze Centres de lutte contre le cancer (CLCC) ainsi que d’un Institut national du cancer, pour une enveloppe globale estimée à 20,9 milliards de dinars». Ces structures ont été réparties sur plusieurs wilayas, à savoir Adrar, Chlef, Laghouat, Béjaïa, Djelfa, Médéa, Oran, Tiaret, Batna, Béchar, Tlemcen, Tizi Ouzou, Sidi Bel Abbès, Annaba, El Oued et Sétif.

En parallèle, un compte d’affectation spéciale, dénommé «Fonds de lutte contre le cancer», a été institué par la loi de finances pour 2011 ; à la clôture de l’exercice 2014, son solde atteignait 16,5 milliards de dinars. S’agissant du système d’information sanitaire, il est précisé que, bien avant le lancement officiel du Plan national cancer (PNC), un registre du cancer était déjà opérationnel dans les régions Centre, Est et Ouest. La wilaya de Sétif avait d’ailleurs initié la tenue de son propre registre dès 1986, suivie par Oran en 1996, tandis que l’Institut national de santé publique (INSP) assurait la gestion du registre de la wilaya d’Alger. D’autres acteurs institutionnels, tant publics que privés, contribuent également au diagnostic et à la prise en charge thérapeutique des cancers, à l’instar de la Caisse nationale des assurances sociales (CNAS).

En matière de prévention, plusieurs départements ministériels – notamment ceux de l’Agriculture, de l’Environnement et du Commerce – interviennent aux côtés d’associations engagées dans des actions de sensibilisation et de promotion du dépistage précoce.

La question demeure toutefois centrale : ces efforts multiples ont-ils permis d’atteindre les objectifs escomptés sur le terrain ? Les résultats obtenus sont-ils à la hauteur des ambitions affichées ? A ce sujet, la Cour des comptes formule une évaluation critique de l’exécution du Plan national cancer 2015-2019. Le rapport rappelle que le PNC repose sur huit axes stratégiques, visant l’amélioration de la prévention, du dépistage, du diagnostic, du traitement, de l’accompagnement des patients, du système d’information et de communication, de la formation et de la recherche en cancérologie, ainsi que du financement.


Ces axes se déclinent en 19 objectifs, 60 actions et 239 mesures. L’évaluation conduite par la Cour ne s’est pas limitée à la période de mise en œuvre du plan (2015-2019), mais a couvert un spectre temporel élargi allant de 2012 à 2022, incluant les phases préparatoires jusqu’à la remise des bilans définitifs par le comité de lutte contre le cancer.

Les données analysées s’étendent même jusqu’en 2024, année marquée par l’installation de la nouvelle instance nationale de lutte contre le cancer. Il ressort de cette évaluation que, bien que le PNC ait constitué une avancée institutionnelle notable, sa mise en œuvre a été entravée par des insuffisances organisationnelles, une gouvernance inadaptée et une gestion peu efficiente des ressources mobilisées. Plusieurs objectifs stratégiques n’ont pas été atteints, en raison notamment d’un déficit de «coordination entre les nombreux acteurs impliqués». La Cour souligne en outre que la multiplication des comités n’a pas permis un pilotage efficace, tandis que les projets de construction et d’équipement des Centres de lutte contre le cancer ont évolué de manière parallèle, sans articulation suffisante.

Plus fondamentalement, les difficultés rencontrées dans la production des prestations de santé nécessaires à la prévention et au traitement des cancers relèvent de dysfonctionnements systémiques affectant trois piliers essentiels. Le premier concerne le système de mobilisation et d’allocation des ressources, incapable de garantir, de manière adéquate, la disponibilité des moyens humains, matériels, financiers et cognitifs requis. Le second renvoie au système décisionnel, marqué par des carences dans l’élaboration, l’application et le suivi des décisions stratégiques.

Le troisième pilier, relatif à l’organisation et au fonctionnement du réseau des structures de prévention, de diagnostic et de traitement, souffre d’un manque de coordination et de défaillances dans la communication interinstitutionnelle, compromettant ainsi la réactivité et l’adéquation de la réponse aux besoins des patients. La Cour note également que la nécessité d’améliorer substantiellement la lutte contre le cancer est largement partagée par les associations de malades, dont les constats convergent avec ceux de l’institution de contrôle. Les résultats d’enquêtes menées auprès de professionnels de santé et d’associations confirment, par ailleurs, la pertinence des conclusions formulées.

Parmi les dysfonctionnements relevés, il convient de souligner, plus particulièrement, ceux liés aux budgets de fonctionnement alloués à certains établissements connaissant une activité soutenue dans la prise en charge du cancer. A cet égard, les dotations destinées au fonctionnement des services d’oncologie de 56 établissements ont connu une progression notable, passant de 30,780 milliards de dinars en 2016 à 33,44 milliards en 2017. Dans le même temps, les services d’hématologie ont bénéficié d’une enveloppe financière de 16,72 milliards de dinars en 2017, contre 15,39 milliards de dinars l’année précédente.
S’agissant du compte d’affectation spéciale (CAS) dédié à la lutte contre le cancer, le taux de consommation des recettes annuelles est demeuré particulièrement faible, oscillant entre 0 et 2,75% sur la période allant de 2015 à 2020. Une évolution significative a toutefois été observée en 2021 et 2022, années au cours desquelles ce taux a été porté respectivement à 9,45% et 11,65%.

Cette amélioration s’explique par la délégation de la gestion du CAS aux directions de la santé et de la population (DSP) des wilayas, instaurée par la loi de finances 2020, laquelle confère aux directeurs de la santé de wilaya la qualité d’ordonnateurs secondaires. Néanmoins, le reliquat de fin d’exercice du CAS a enregistré une hausse marquée, passant de 16,461 milliards de dinars en 2014 à 58,421 milliards de dinars en 2022, traduisant une accumulation croissante de crédits non consommés.

De même pour les crédits d’équipement consacrés à la réalisation des Centres de lutte contre le cancer qui se caractérisent par un faible taux de consommation annuel, ce qui se traduit par «des retards significatifs dans l’achèvement des infrastructures, des réévaluations budgétaires récurrentes ainsi qu’une augmentation sensible des coûts de construction».

A ce titre, les opérations relatives à l’édification de 16 Centres de lutte contre le cancer, inscrites au budget d’équipement de l’Etat depuis 2005, représentaient, à la fin de l’année 2022, un volume financier cumulé de 22,215 milliards de dinars. Le montant de l’autorisation de programme en cours (PEC) afférente à ces opérations s’élève à 89,506 milliards de dinars, ce qui correspond à un taux moyen de réévaluation de 302,91%.

En dépit de ces ajustements successifs, le taux de consommation des crédits cumulés atteignait 85,59% à fin 2022. Il convient de préciser que l’inscription initiale de ces projets s’est échelonnée, dans l’ensemble, entre les années 2005 et 2014.

Le développement de la recherche en cancérologie constitue un autre point critique mis en exergue par le rapport. Le renforcement de la recherche scientifique apparaît comme un levier essentiel pour améliorer la prise en charge des patients et réduire l’incidence et la mortalité liées au cancer.

Or, les données disponibles traduisent une implication encore limitée. Dans le cadre du Programme national de la recherche scientifique (1997-2007), seuls 30 projets sur 2731 en santé concernaient le cancer, soit 1,1%.

Dans le programme lancé en 2021, cette proportion s’élève à 3,45%, avec 7 projets sur 203. Par ailleurs, «31 laboratoires sur 82, affiliés à l’Agence thématique de recherche en sciences de la santé et de la vie (ATRSSV), sont dédiés à la recherche sur le cancer, dont six créés depuis 2015. Ces structures, réparties sur 13 universités et écoles, couvrent 144 thématiques dans des domaines variés, tels que la médecine, la biochimie et la génétique».

Les données issues de la plateforme du Centre de recherche sur l’information scientifique et technique (Cerist) indiquent une progression du nombre de thèses consacrées au cancer entre 2012 et 2023, avec un pic notable entre 2018 et 2020. Toutefois, en matière de publications scientifiques, la plateforme ASJP révèle que les articles consacrés au cancer, apparus à partir de 2015, demeurent quantitativement marginaux par rapport à l’ensemble des publications en sciences médicales.

Malgré la reconnaissance de certains efforts par les spécialistes, le développement de la recherche demeure entravé par de multiples contraintes : insuffisance des moyens, faible coordination entre les structures sanitaires et celles dédiées à la recherche, absence d’outils structurants, tels que les tumorothèques, les cytothèques et la télémédecine, qualité limitée des données épidémiologiques et inexistence d’un institut national de recherche sur le cancer.

Les initiatives de coopération internationale engagées par des chercheurs algériens, bien que prometteuses, gagneraient à être davantage soutenues et structurées.