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Parcours scolaire et universitaire/Population féminine/Réussite (II/II)

Date de création: 12-03-2025 17:02
Dernière mise à jour: 12-03-2025 17:02
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EDUCATION- ENQUÊTES ET REPORTAGES- PARCOURS SCOLAIRE ET UNIVERSITAIRE/ POPULATION FÉMININE/RÉUSSITE (II/II)

 

©El Watan/ Nassima Oulebsir, lundi 9 mars 2025

 

Grâce aux études, les filles accèdent à une nouvelle donnée sociologique : la rue. Lorsque la fille est dans le village ou le quartier, le contrôle social est grand, mais si elle a accès à une «rue» (ville), elle sera dans l’anonymat et acquiert une plus grande marge de liberté. Autrement dit, si elle échoue à l’école, elle retombe dans le schéma traditionnel limitant ainsi son indépendance, soit se marier, avoir des enfants et rester femme au foyer. Tous les membres de sa famille s’ingèrent, à ce moment-là, dans sa vie ! Trois éléments soulevés par Samir Rebiaï, chercheur en anthropologie au Centre de recherche en anthropologie sociale et culturelle (Crasc). 

Premièrement, les nouvelles mutations familiales observées font que les jeunes couples  donnent de l’importance à la scolarisation de leurs enfants, particulièrement les mères. 

Deuxièmement, les représentations sociales données à la réussite elle-même. C’est-à-dire «réussir les études est garantir un avenir, s’émanciper», toujours selon le même chercheur. Et enfin, le milieu rural Dz est caractérisé par une précarité. Pour surmonter cette précarité, les filles se lancent des défis contrairement aux garçons qui se trouvent dans la «débrouillardise». «Cette réussite est très révélatrice dans les wilayas classées très pauvres avec un niveau d’analphabétisme remarquable, explique encore l’anthropologue. 

 

Lorsque les filles accèdent aux universités, elles se déplacent, changent même de wilayas et quittent le domicile familial. Fatima Oussedik parle «d’espace acquis», plus large que la houma, grâce à ces études universitaires. Les filles, explique-t-elle, sont aujourd’hui très conscientes de «l’autonomie relative» que leur procurent les études. 

Ce statut se valorise encore plus lorsque ces diplômées décrochent un emploi. Même si l’Algérienne a toujours eu de l’argent (des commerces et des terre, mais pas un salaire), avoir un salaire est synonyme de valorisation des compétences de la femme en tant qu’individu. 

Les enquêtes menées au Centre de recherche en économie appliquée pour le développement (Cread) montrent que lorsqu’une femme devient salariée, elle investit plus que ses frères dans la vie de famille. Elle s’occupera plus des détails familiaux. 

Peu à peu avec cet argent, elle atteint d’autres objectifs. C’est-à-dire, voyager à l’étranger, étudier et même travailler. Ces salariées demeurent toutefois peu nombreuses, car les statistiques montrent qu’elles représentent 19% des travailleurs. 

Un paradoxe ? C’est là qu’on met le doigt sur la question de l’emploi en Algérie, insiste Fatma Oussedik. Les plus grands chômeurs sont les filles et les jeunes garçons diplômés. L’université offre les instruments pour se construire et construire une carrière.

Le savoir est dévalorisé aujourd’hui face au business. Mme Oussedik donne les exemples de ses étudiants qui préfèrent saisir les opportunités commerciales au détriment des examens universitaires ! D’autres, dans certaines disciplines, particulièrement en sciences humaines, leurs inscriptions universitaires est seulement une couverture. Ils veulent esquiver le Service national. 

Et en attendant, ils sont à la recherche de la moindre opportunité commerciale pour «construire une carrière», surtout qu’ils sont convaincus que les sciences humaines, par exemple, sont des fabriques à chômeurs. 

En sciences humaines justement, on trouve plus de filles que de garçons, même si leur bac leur permet d’autres spécialités technologiques ou matheuses. Une énigme que Fatma Oussedik ne trouve pas d’explication pédagogique. Un avis rejoint par Nabila Hamedi Siad qui témoigne d’une forte présence des garçons en informatique ou en génie mécanique ou d’autres spécialités technologiques.

Une disproportion qui mériterait une étude. Les chercheurs de l’INRE expliquent toutefois que des études ont montré que les filles sont plus capables de maîtriser plusieurs langues et surtout ont des capacités d’apprentissage et de parcœurisme. Les garçons, expliquent les chercheurs de l’INRE, sont plus faibles en langues comparativement à leur camarades filles, et aussi les problèmes disciplinaires sont plus mentionnés chez eux. 

Ce différentiel observé entre les filles et les garçons a aussi des effets sur le mariage. Il y a de plus en plus de diplômées qui épousent des jeunes non bacheliers ou peu instruits, alors qu’une autre catégorie préfère le célibat. «Plus le niveau d’instruction augmente, plus le taux de célibat augmente chez les femmes», observe Fatima Oussedik.

Les diplômées se marient peu. Un fait nouveau : de plus en plus de célibat définitif chez les femmes. Un choix. Contrairement aux années 1980, où le mariage était le destin de toutes les filles, aujourd’hui, la fille qui devient le bras droit de ses parents est moins encouragée au mariage. Avec les nouvelles formules de logement, les femmes y accèdent facilement et vivent seules. Plus d’autonomie, plus d’indépendance, meilleur statut. Le choix est vite fait pour ne pas choisir le mariage. Si mariage il y a, ces femmes dépensent plus. 

Dans les statistiques de budget familial, les femmes dépensent dans la scolarité des enfants, les soins, les achats, l’ameublement…, alors que les conjoints investissent dans le logement et le véhicule, et en cas de divorce, elles ont tout à perdre ! Dans son étude «Mutations familiales en milieu urbain en Algérie» où elle a géré une équipe multidisciplinaire, Fatima Oussedik affirme que les figures familiales ont en effet changé. On observe aussi qu’il y a «des femmes analphabètes qui militent dans des associations, d’autres qui sortent pour apprendre la couture ou la peinture sur soie, font les courses ou emmènent les enfants chez le médecin. 

Et même dans les familles, relativement conservatrices, composées de plusieurs noyaux familiaux organisés autour d’un même feu, elles vont à la mosquée, reçoivent des amies et sont 25% à sortir avec ces amies… Toutes ont changé. Des mutations importantes ont été observées dans les rôles et statuts des femmes au foyer. L’économie domestique est fortement marquée par le rapport des femmes au marché. Ainsi, l’analyse de ce point a montré le poids des femmes dans la gestion des budgets familiaux»

Ce sont ces changements que la sociologue Oussedik considère comme des «signaux faibles» dans la mutation de société. Tout est en train de changer ! Une mutation importante, des éléments qui apparaissent comme par exemple des parents qui lèguent la maison aux filles. 

Des diplômées qui ont réussi à changer une donne historique et sociologique : Une transmission qui se féminise. Le métier de l’enseignement se féminise aussi. Il y a plus d’enseignantes. A Tipasa, elles représentent 85% de l’encadrement, même état de figure à Boumerdès, El Tarf et El Meniaâ.