VIE POLITIQUE- OPINIONS ET POINTS DE VUE-POLITIQUE EN
FRANCE/BENJAMIN STORA,WEB.TV
© Chahreddine Berriah/El Watan, jeudi 24 septembre 2026
«Les
crises politiques et diplomatiques récurrentes entre Paris et Alger sont dues à
l’incapacité d’une certaine élite française à se confronter au réel et à
reconnaître la pleine indépendance ainsi que la souveraineté de l’Algérie»,
estime-t-il.
Dans
un entretien diffusé en ligne le mardi 22 septembre 2026, Benjamin Stora,
l’historien le plus reconnu sur l’histoire de la Guerre d’indépendance
algérienne, de la colonisation et des mémoires de cette période, a souligné que «certains en France n’ont toujours pas assimilé le fait que
l’Algérie soit un Etat indépendant et souverain depuis 1962». Une réalité
nourrie, surtout, par les partis de la droite et de l’extrême-droite dans un
contexte de campagne présidentielle française. «Les
crises politiques et diplomatiques récurrentes entre Paris et Alger sont dues à
l’incapacité d’une certaine élite française à se confronter au réel et à
reconnaître la pleine indépendance ainsi que la souveraineté de l’Algérie».Une frange politique qui recourt périodiquement à
la «fabrique de crises et à l’orchestration de polémiques». B. Stora a
dépoussiéré les mémoires, en déclarant : «La France
a mobilisé un million et demi de soldats durant la Guerre d’indépendance.
De surcroît, un million d’Européens résidaient en Algérie et ont quitté le
territoire après 1962, auxquels s’ajoutent les harkis et leurs descendants,
ainsi que la diaspora algérienne. Ces données démographiques et ces
considérations historiques pèsent d’un poids considérable dans le paysage
électoral français». Il a tenu à rappeler que «l’Algérie demeure le plus vaste pays d’Afrique par sa
superficie et s’impose comme le premier exportateur de gaz du continent.
L’extrême-droite se doit de capituler devant l’évidence et d’admettre la
souveraineté de l’Etat algérien. Il s’agit d’une réalité incontournable dont la
France est impérativement tenue de s’accommoder».
Et de regretter que «les travaux menés par la commission mixte d’historiens algéro-français aient été (justement) percutés et freinés
par les aléas politiques et les instrumentalisations, notamment face à la
montée des courants nationalistes ou d’extrême droite». En juillet 2020, le
président de la République Emmanuel Macron charge Benjamin Stora d’une mission
sur «La mémoire de la colonisation et de la guerre
d’Algérie». L’historien remet son rapport au président le 20 janvier 2021
(publié sous le titre France-Algérie. Les passions douloureuses). Ce rapport
préconise des mesures concrètes permettant d’aller dans le sens d’un apaisement
des relations avec l’Algérie et d’une réconciliation des peuples français et
algériens. Il est critiqué par certains comme n’allant pas assez loin, et par
d’autres comme allant dans le sens d’une «repentance».
Son courage et ses engagements mémoriels sont la cause de ses ennuis avec des partis
nationalistes français, dont des hommes d’Etat, particulièrement l’ancien
président Nicolas Sarkozy qui «m’a inscrit sur une liste noire de 2006 à
2009 en raison de mes prises de positionw», a-t-il
confessé.
Né à Constantine dans une famille juive d’Algérie, Benjamin Stora est
auteur, entre autres, de Histoire de la guerre d’Algérie, Histoire de l’Algérie
coloniale, Doit-on s’excuser de la colonisation ?, France-Algérie,
anatomie d’une déchirure, Histoire dessinée de la guerre d’Algérie, La guerre
d’Algérie expliquée à tous…