COMMUNICATION- PERSONNALITES- MOHAMED BENCHICOU
(JOURNALISTE)
www.elwatan.dz, ParAkram El Kebir, 26 septembre 2026
Mohamed Benchicou est mort jeudi 24 septembre 2026, en France, , à l’âge de 74 ans, après s’être battu contre une longue
maladie. Son nom restera immanquablement lié à celui de l’histoire de la presse
algérienne tant sa plume, pendant des décennies, a marqué d’une pierre blanche
le paysage médiatique algérien (La République d’Oran, Aps,
El Moudjahid, Alger Républicain )
Directeur du Matin (créé après octobre 1988) jusqu’à
sa fermeture en 2004, il avait pourvu son journal d’une ligne éditoriale
virulente, d’une liberté de ton et d’articles «coup-de-poing»
qui ne manquaient jamais de donner des coups de pied dans la fourmilière. Il
était la bête noire des autorités de l’époque tant les articles et les
investigations qu’il publiait dans son journal avaient le mérite de les sortir
de leurs gonds. Pendant la décennie noire, en dépit de la menace que faisaient
peser les terroristes islamistes sur les journalistes algériens, son journal a
continué inlassablement à dénoncer les agissements de ces derniers.
Le choix de sa liberté a cependant commencé à lui en
coûter en août 2003 lorsque, de retour d’un voyage, alors qu’il se trouvait à
l’aéroport Houari Boumediène d’Alger, il fut
interpellé pour une sombre histoire de bons de caisse. S’en est suivi un
contrôle judiciaire avec interdiction de quitter le territoire national. Nous
étions aux portes de la rentrée sociale de 2003 et l’élection présidentielle
d’avril 2004, où l’ancien président Abdelaziz Bouteflika avait l’intention de
se présenter pour un second mandat, approchait à grands pas. Certains
observateurs ont alors vu, en cette pression judiciaire exercée sur Benchicou et sur son journal, ni plus ni moins qu’une
volonté de l’intimider et le faire revenir «à de
meilleurs sentiments».
Mais plutôt que de faire profil bas, Mohamed Benchicou a continué de publier dans son journal ses
articles incendiaires, et s’est même mis à l’écriture d’une biographie sur
l’ancien Président : Bouteflika, une imposture algérienne, qui paraîtra
clandestinement en février 2004, soit à deux mois de la présidentielle. Il
s’agit, pour les autorités d’alors, de la goutte d’eau qui a fait déborder le
vase : en juin 2004, prenant pour prétexte l’histoire des bons de caisse,
Mohamed Benchicou s’est vu condamner à deux ans de
prison ferme pour «infractions régissant le contrôle
des changes et le mouvement des capitaux». Le 14 juin 2006, jour de sa sortie
de la prison d’El Harrach, il fut reçu par les vivats d’une importante foule de
sympathisants.
Une année après, en 2007, il a publié chez Inas Les geôles d’Alger, où il est revenu, en détails, sur
les deux années de son emprisonnement, offrant à ses lecteurs un formidable
reportage, s’étalant sur tout un livre, qui traite du monde carcéral dans
l’Algérie des années 2000. Le journal Le Matin n’existant plus en
version papier, Benchicou jette son dévolu sur
internet, en créant une version en ligne du Matin. D’autres livres ont été
publiés par la suite, dont Je pardonnerai (recueil de poèmes) et Journal d’un
homme libre, les deux publiés en 2008.
Rappelons aussi que Benchicou
a été, en 1989, l’un des membres fondateurs du Mouvement des journalistes
algériens (MJA), de même qu’il a aussi dirigé, pendant deux ans, le journal
Alger républicain avant de le quitter en 1991. C’est alors qu’il avait fondé Le
Matin, avec notamment le journaliste Saïd Mekbel,
avant que ce dernier ne soit assassiné par les terroristes en décembre 1994. Il
a été inhumé à Alger /Garidi samedi 26 septembre 2026