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Nouredine Bouhired

Date de création: 20-09-2026 18:38
Dernière mise à jour: 20-09-2026 18:38
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TÉLÉCOMMUNICATIONS- PERSONNALITÉ- NOUREDINE BOUHIRED

© Casbah Tribune/Khaled Drareni, 19 septembre 2026

Le 19 septembre 1989, Nouredine Bouhired disparaissait dans l’accident du DC-10 d’UTA, au Niger attribué au régime de Muammar Kadhafi. Seul Algérien à bord de l’appareil, cet homme discret, polyglotte et brillant avait consacré une grande partie de sa vie à l’Algérie, d’abord dans la lutte pour l’indépendance, puis au sein de l’Armée nationale populaire et dans les télécommunications internationales. Sa sœur, la grande moudjahida et ancienne condamnée à mort Djamila Bouhired, partage avec Casbah Tribune ses souvenirs d’un frère hors du commun. 

Né le 27 décembre 1933 à la Casbah d’Alger, Nouredine Bouhired grandit dans une famille connue pour son engagement nationaliste. Très jeune, il poursuit sa scolarité à Alger et obtient successivement son certificat d’études, son brevet puis son baccalauréat.

Son père, Omar Bouhired, était particulièrement sévère avec lui. C’est son oncle Mustapha Bouhired qui décide alors de prendre en charge son avenir. Au début des années 1950, il l’envoie en France et l’inscrit à l’université.

Mais Nouredine ne tarde pas à s’engager dans la lutte pour la cause nationale. Recherché en France en raison de son militantisme, il disparaît alors du quotidien familial. La famille apprend par la suite qu’Abdelhafid Boussouf l’a envoyé en Union soviétique, à l’académie militaire de Leningrad, pour y suivre une formation.

Pendant plusieurs années, les Bouhired perdent sa trace. Les rares nouvelles passent notamment par quelques lettres échangées avec sa sœur Djamila, alors emprisonnée et condamnée à mort par la justice coloniale française.

À l’indépendance, en 1962, Nouredine rentre en Algérie. La famille a entre-temps quitté la maison de la rue de Grenade, à la Casbah, pour s’installer avenue du 1er Novembre. Il retrouve les siens dans une Algérie devenue indépendante et rejoint l’Armée nationale populaire.

Il y exerce comme enseignant et formateur d’officiers, notamment dans le domaine des télécommunications. Ses compétences techniques et son parcours international le conduisent ensuite vers la représentation de l’Algérie dans les instances internationales.

En 1986, Nouredine Bouhired est nommé représentant de l’Algérie auprès de l’Union internationale des télécommunications (UIT), dont le siège se trouve à Genève. Polyglotte, il parle arabe, français, anglais et italien. Dans les réunions internationales, il se distingue autant par ses connaissances que par son aisance à l’oral.

Mais derrière l’officier, l’enseignant et le représentant international se cachait aussi un passionné de musique, un aspect de sa personnalité que sa sœur Djamila évoque avec beaucoup d’émotion.

« Pour moi, Nouredine, on ne peut pas le décrire en une ou deux phrases. Il avait beaucoup de qualités. Il était très généreux, brillant, fraternel », témoigne Djamila Bouhired pour Casbah Tribune.

Elle se souvient également du frère qui, lorsqu’elle était jeune, lui faisait réciter ses leçons : « Quand j’étais jeune, il me faisait réciter mes leçons. »

Nouredine aimait profondément la musique, mais il pratiquait cet art avec discrétion, presque en secret, en raison de la sévérité de leur père. « Il adorait la musique en cachette de mon père et il est mort musicien », raconte sa sœur.

Il jouait du chaâbi et maîtrisait plusieurs instruments. Sa passion musicale l’avait même conduit à composer. Djamila évoque notamment une chanson interprétée par Warda avant la disparition de son frère, dont la musique avait été composée par Nouredine.

Cette passion pour la musique et son goût pour la transmission complétaient le portrait d’un homme que Djamila décrit comme profondément discret, mais capable de captiver un auditoire lorsqu’il prenait la parole.

« Il était très discret, Nouredine. Quand il y avait des réunions de l’UIT à Genève, il savait attirer la foule par sa force orale et sa façon de s’exprimer », se souvient-elle.

Marié et père de deux enfants, un garçon et une fille, Nouredine Bouhired mène ainsi plusieurs vies : étudiant en France, militant de la cause nationale, élève d’une académie militaire soviétique, officier et formateur au sein de l’ANP, représentant de l’Algérie à l’UIT, mais aussi musicien passionné.

Le 19 septembre 1989, son parcours s’arrête brutalement. Nouredine Bouhired meurt dans l’accident du DC-10 d’UTA, qui s’écrase au Niger. Il est alors le seul Algérien présent à bord.

Trente-sept ans après sa disparition, son nom reste associé à une histoire familiale intimement liée à celle de l’Algérie contemporaine. Mais à travers le témoignage de sa sœur Djamila Bouhired apparaît surtout le portrait d’un homme resté longtemps dans l’ombre : un frère aimé, un homme de savoir, un officier, un polyglotte et un musicien discret, dont la vie fut profondément marquée par l’histoire de son pays.