TÉLÉCOMMUNICATIONS- PERSONNALITÉ-
NOUREDINE BOUHIRED
© Casbah Tribune/Khaled Drareni, 19 septembre 2026
Le 19 septembre 1989, Nouredine Bouhired disparaissait
dans l’accident du DC-10 d’UTA, au Niger attribué au régime de Muammar Kadhafi. Seul Algérien à bord de l’appareil, cet
homme discret, polyglotte et brillant avait consacré une grande partie de sa
vie à l’Algérie, d’abord dans la lutte pour l’indépendance, puis au sein de
l’Armée nationale populaire et dans les télécommunications internationales. Sa
sœur, la grande moudjahida et ancienne condamnée à
mort Djamila Bouhired, partage avec Casbah Tribune
ses souvenirs d’un frère hors du commun.
Né le 27 décembre 1933 à la Casbah
d’Alger, Nouredine Bouhired
grandit dans une famille connue pour son engagement nationaliste. Très jeune,
il poursuit sa scolarité à Alger et obtient successivement son certificat d’études,
son brevet puis son baccalauréat.
Son père, Omar Bouhired,
était particulièrement sévère avec lui. C’est son oncle Mustapha Bouhired qui décide alors de prendre en charge son avenir.
Au début des années 1950, il l’envoie en France et l’inscrit à l’université.
Mais Nouredine
ne tarde pas à s’engager dans la lutte pour la cause nationale. Recherché en
France en raison de son militantisme, il disparaît alors du quotidien familial.
La famille apprend par la suite qu’Abdelhafid Boussouf l’a envoyé en Union soviétique, à l’académie
militaire de Leningrad, pour y suivre une formation.
Pendant plusieurs années, les Bouhired perdent sa trace. Les rares nouvelles passent
notamment par quelques lettres échangées avec sa sœur Djamila, alors
emprisonnée et condamnée à mort par la justice coloniale française.
À l’indépendance, en 1962, Nouredine rentre en Algérie. La famille a entre-temps
quitté la maison de la rue de Grenade, à la Casbah, pour s’installer avenue du
1er Novembre. Il retrouve les siens dans une Algérie devenue indépendante et
rejoint l’Armée nationale populaire.
Il y exerce comme enseignant et
formateur d’officiers, notamment dans le domaine des télécommunications. Ses
compétences techniques et son parcours international le conduisent ensuite vers
la représentation de l’Algérie dans les instances internationales.
En 1986, Nouredine
Bouhired est nommé représentant de l’Algérie auprès
de l’Union internationale des télécommunications (UIT), dont le siège se trouve
à Genève. Polyglotte, il parle arabe, français, anglais et italien. Dans les
réunions internationales, il se distingue autant par ses connaissances que par
son aisance à l’oral.
Mais derrière l’officier, l’enseignant
et le représentant international se cachait aussi un passionné de musique, un
aspect de sa personnalité que sa sœur Djamila évoque avec beaucoup d’émotion.
« Pour moi, Nouredine,
on ne peut pas le décrire en une ou deux phrases. Il avait beaucoup de
qualités. Il était très généreux, brillant, fraternel », témoigne Djamila Bouhired pour Casbah Tribune.
Elle se souvient également du frère qui,
lorsqu’elle était jeune, lui faisait réciter ses leçons : « Quand j’étais
jeune, il me faisait réciter mes leçons. »
Nouredine aimait
profondément la musique, mais il pratiquait cet art avec discrétion, presque en
secret, en raison de la sévérité de leur père. « Il adorait la musique en
cachette de mon père et il est mort musicien », raconte sa sœur.
Il jouait du chaâbi et maîtrisait
plusieurs instruments. Sa passion musicale l’avait même conduit à composer.
Djamila évoque notamment une chanson interprétée par Warda avant la disparition
de son frère, dont la musique avait été composée par Nouredine.
Cette passion pour la musique et son
goût pour la transmission complétaient le portrait d’un homme que Djamila
décrit comme profondément discret, mais capable de captiver un auditoire
lorsqu’il prenait la parole.
« Il était très discret, Nouredine. Quand il y avait des réunions de l’UIT à Genève,
il savait attirer la foule par sa force orale et sa façon de s’exprimer », se
souvient-elle.
Marié et père de deux enfants, un garçon
et une fille, Nouredine Bouhired
mène ainsi plusieurs vies : étudiant en France, militant de la cause nationale,
élève d’une académie militaire soviétique, officier et formateur au sein de
l’ANP, représentant de l’Algérie à l’UIT, mais aussi musicien passionné.
Le 19 septembre 1989, son parcours
s’arrête brutalement. Nouredine Bouhired
meurt dans l’accident du DC-10 d’UTA, qui s’écrase au Niger. Il est alors le
seul Algérien présent à bord.
Trente-sept ans après sa disparition, son
nom reste associé à une histoire familiale intimement liée à celle de l’Algérie
contemporaine. Mais à travers le témoignage de sa sœur Djamila Bouhired apparaît surtout le portrait d’un homme resté longtemps
dans l’ombre : un frère aimé, un homme de savoir, un officier, un polyglotte et
un musicien discret, dont la vie fut profondément marquée par l’histoire de son
pays.