Casquette ou béret
ou chapeau toujours vissé sur la tête, cache-nez autour du cou, moustache à la Menguellet finement taillée, démarche lente et mesurée,
comme voulant passer inaperçu, yeux toujours en alerte derrière de grosses
lunettes de vue. Par tous les temps. Ici et là !
Juillet 1974 : le fils de Sidi Aissa (M’sila), né le 8 janvier 1950, débute sa carrière de
journaliste à «La République» (quotidien francophone,
Oran), à la fin de ses études en sociologie. Puis l’Aps
et enfin El Moudjahid. Toujours au sein de «la sportive»,
une rubrique connue pour être à l’avant-garde de la liberté d’expression ce
qui, évidemment, marque. Là, il côtoie certains grands noms ce qui, évidemment,
forme. Par la suite, en compagnie d’autres jeunes journalistes professionnels,
grâce aux retombées des événements d’Octobre 88 et au décret de Mouloud Hamrouche d’avril 90, il se lance dans
«l’aventure intellectuelle» (et non économique ou commerciale comme
certains le pensent encore aujourd’hui, oubliant les demandes de l’époque,
celles de «liberté» et d’une indépendance éditoriale encore plus large au service
de l’intérêt général). El Watan est créé !
Le reste est un long et beau parcours de
journaliste professionnel, au départ toujours spécialisé, avec des incursions
dans le monde de la caricature de presse et, par la suite, dans l’analyse
politique.
Mais là où il y a excellé (avec d’autres
si peu nombreux), c’est bien dans le «portrait». Un
genre extrêmement difficile car mélangeant le bon choix du
«sujet» en tenant compte des attentes des lecteurs aux idées souvent
divergentes, surtout en matière d’Histoire, la précision, la délicatesse, la
discrétion, le style, l’art de «faire parler», bref, toute la compétence du
journaliste professionnel associée à l’empathie avec l’ «autre» et of course,
la maîtrise de l’écriture et, si possible un style original qui attire vite et
retient jusqu’au bout les attentions.
Tout un long et beau parcours qui a,
d’ailleurs, débouché sur l’édition d’un beau livre regroupant un gros lot de
portraits. Un ouvrage de référence, hélas non ré-édité.
Après le départ pour l’autre monde d’une
bonne partie sinon la quasi -totalité de la génération des années 60, voilà le
tour de la génération des années 70-80, le terrorisme des années 90 ayant
raréfié par ses méfaits criminels – plus de 120 meurtres de journalistes et de
travailleurs de la presse - la matière grise. Paix à leurs âmes !
Reste cependant une question essentielle
liée à la mémoire culturelle du pays qui ne doit pas, qui ne peut pas laisser
tomber dans l’oubli celles et ceux qui ont produit et diffusé, presque
quotidiennement depuis 62, l’information aux citoyens. Souvent au péril de
leurs vies. Parfois sacrifiant leur vie de famille. Toujours (ou presque)
bousculés par les pouvoirs de l’heure. Ils ont fait la
«culture du présent» du pays. Ils ont participé à l’écriture ou, parfois,
la ré-écriture de l’histoire. Ils ont vulgarisé du
savoir, parfois bien mieux que l’Ecole et l’Université et les politiques. Ils
ont sorti de l’oubli des pans entiers de la vie de la Nation. Il s’agit ni de
mettre sur pied des Prix (qui seront, comme d’habitude, assez vite écartés ou
abandonnés) ou même de délivrer des diplômes de mérite (assez vite décernés à
presque tous), ou d’ériger des stèles et des plaques commémoratives (assez vite
vandalisées) mais surtout, au niveau de la recherche scientifique universitaire
(mémoires et thèses versées dans l’information, la presse et la communication
), de se pencher sur les parcours, les réalisations et les œuvres, même les
plus discutables. Pour en tirer des leçons. Pour mettre en valeur des exemples.
Et, Hamid Tahri en est un.