POPULATION- BIBLIOTHEQUE
D’ALMANACH- ROMAN SALIHA KACI - « YENAD OU LA COMPLAINTE
D’AUTOMNE »
Yenad ou la
complainte d’automne. Saliha Kaci, Éditions Imtidad, Alger
2026, 191 pages, 900 dinars
Il a , d’abord, encore jeune marié, quitté Alger pour Laghouat.
Pour se libérer, peut-être de l’influence de son père. Ensuite, il a
quitté Laghouat pour revenir à Alger. Laisant
derrière lui son boulot, ses amis, sa famille. ...et son épouse . D’après lui, il le fallait.Pour sauver ce qui restait d’encore vivant
autour de lui et.....pour se retrouver . Employé d’un hôtel de la capitale,
protégé (mais non gâté ) par la fille du propriétaire
, elle-même gérante célibataire de l’établissement, il va se retrouver mêlé à
une affaire de trafic de drogue et d’un homicide involontaire... . Toute
une traversée solitaire (ou presque) qui lui permet de sortir d’une atmosphère de
presque -folie. Dans sa chambre d’hôtel, n’entendait-il pas, en solitaire, des
papillons lui parler de sa condition d’ « homme-seul »........qui,
tout simplement , ne connaissait pas son bonheur, ......auprès de son épouse
légitime (et aimée)
A
la lecture de ce roman, on devine l’influence d’œuvres de grande profondeur psychologique. L’auteur
l’avoue d’ailleurs dans un de ses
entretiens à la presse nationale :
Dostoïevski et son
« Crime et Châtiment », Tolstoï et sa « Guerre et
Paix » ! Culpabilité, folie, crises existentielles, mélancolie, désenchantement
: autant de thématiques qui interpellent au quotidien. « L’inventaire pourrait se
poursuivre à l’infini, tant chaque œuvre fondatrice a contribué à un être en
devenir, débarrassé de certitudes stériles et annihilantes.
De « L’Insoutenable Légèreté de l’être » de Kundera à « Ainsi
parlait Zarathoustra » de Nietzsche, sans omettre le monumental
« Deuxième Sexe » de Beauvoir et « La Vie devant soi » de
Romain Gary, et j’en passe, des meilleurs. Des fuites momentanées, mais
salutaires »
L’Auteure : Enseignante (Prof’ de lycée, Tizi Ouzou) et déjà
auteur d’un recueil de nouvelles , « Les
Frondeuses » (Editions El Qobia , 2023)
Sommaire :
Chapitre 1 : La fuite/ Chapitre 2 : La
Tentation/ Chapitre 3 : Le Naufrage/ Chapitre 4 : L’Expiation/
Épilogue
Extraits :
« Tous autour de nous se cherchaient, mon pays
aussi » (p 20), « Avec Tamilla, il a
fallu attendre la délivrance du livret de famille pour avoir droit à de courts
moments d’intimité.Des
moments volés à la monotonie de la vie de jeunes à qui on autorise tout sauf
vivre dans la plénitude de leurs sens en ébullition » (p 27), « Mon
père allait voir sa résidence secondaire comme tous les heureux propriétaires,
dans un pays qui dépensait sans compter ce qu’il ne produisait pas
surtout » (p 47), « J’ai lu dans les livres que ce qui fait échouer
une rencontre, c’est le désir obsessionnel et rapide de posséder le bijou, le
laisser emprisonné dans son écrin de peur que le méchant gnome vienne le
dérober » (p 57), « Tu planifies pour les trente ans à venir alors
qu’on a la flemme de rendre visite aux malades à l’hôpital ou d’organiser un
volontariat dans la cité (p 67)
Avis :La rupture avec une vie familaile peut-être trop monotone, car trop ordonnée pour un grand rêveur.A
la recherche d’une autre existence..... L’être humain : un éternet
insatisfait ? .....Un bon sujet de philo !
Si celle-ci existe encore.Quant
à l’écriture elle-même, un exercice de syle original
qui , parfois , déconcerte ; l’écriture dominant largement l’histoire.
Citations : « Le mariage est un distributeur de tâches
normées selon le genre auquel vous appartenez » (p 62), « L’être
humain est un drôle d’animal ! Il crée du vent qui soulève des poussières venues de
nulle part, ça s’agite, tourbillonne, s’évapore dans l’indifférence du silence »
(p 65), « Une voiture, ça dépanne et ça procure une satisfaction morale,
celle d’appartenir à un monde qui bouge » (p 82), « Aimer est le
contraire de posséder » (p 90), « Dur, dur de gérer une liberté de
parole quand on en a pas les codes, les astuces comme on dit ! Longtemps
réprimée, cette parole explose dans un désordre affreux et installe la
cacophonie » (p 105), «Nous trainons nos
incertitudes, nos fêlures , nos insuffisances que chaque génération léguait à
la suivante.Alors, les plus malins vont se saisir de
ces tâtonnements pour placer leur pion même dans le brouillard » (p 124),
« Je ne comprends pas cet élan stupide que nous avons tous à n’être en
phase avec personne ! »
(p 135)