CULTURE- BIBLIOTHEQUE D’ALMANACH- NOUVELLES OUALI MOUTERFI- « LE VIEIL
ÂNE DE LA CASBAH..... »
Le vieil âne de la Casbah et autres contes. Nouvelles de Ouali Mouterfi. Éditions Imtidad,
Alger 2026, 142 pages, 800 dinars
Un recueil savoureux de contes mêlant fantaisie et regard social.
Entre fantaisie et gravité, et avec des dialogues révèlant
une ironie mordante et un regard souvent désabusé, il donne la parole aux
animaux pour mieux parler des hommes.
L’auteur, qui avait déjà publié quelques nouvelles au milieu des années
1980, s’inscrit dans une riche tradition où les animaux sont porteurs de sagesse.La Fontaine , pas
loin !
Le livre s’ouvre sur l’histoire d’un vieil âne
révolté , à la Casbah d’Alger , destiné , à sa retraite pourtant très
bien méritée après un dur labeur au service des habitants se débarrassant de
leurs ordures, à servir de repas aux fauves du jardin zoologique . On a un
mouton noir portant la poisse ou........la chance. Puis des poules, l’ incontournable coq, le chat à l’affût de proies
(les poussins, pardi !) .Puis, un olivier
millénaire qui renaît de ses cendres. Puis un escargot chargé de chausser un
mille-pattes…
Ah ! Il y a quand même une histoire d’hommes, la moins
exemplaire : celles de la région des cinq collines avec des villages qui
se détestent et se combattent .......chacun ayant son défaut.....ce
qui n’arrange guère l’étranger.
Pour ma part, j’ai très apprécié le conte (pas si conte que ça !)
mettant en scène un pou qui change constamment de refuge
en fonction de la qualité de l’alimentation disponible.
Extraits (il y en a d’autres encore plus
« savoureux » ) : « Il fut un temps où le pou n’était pas
mal vu et vivait en bons termes avec l’homme.Enfin,
presque, parce qu’il nous fallait quand même payer un certain tribut. Cela se
passait le plus naturellement du monde. Nous avons élu domicile sur les têtes
de pauvres hères comme celle des rois, des riches et des indigents, des
ignorants et des savants, des cons et des hippis....C’était la belle époque.Tout
allait bien, jusqu’à cette horrible ère moderne génocidaire encombrée d’armes
de destruction massive... » ;
Un dernier , pour la route : « J’ai
tenté l’exploration de la tête de son professeur de sociolinguistique.Pas
vraiment de quoi s’emballer, finalement.Cette vieille
fille se faisait trop de mauvais sang.Ça gâche le
goût de la nourriture.J’ai essayé un autre prof’,
mais ce n’était pas fameux non plus.Ce petit
échantillon m’a dégoûté des soit-disant têtes pensantes.J’ai quitté l’université en me promettant
bien de ne plus jamais y remettre les pieds » .Sévère conseil ?!
Un premier livre, tout en espérant voir naître bien
d’autres pour le plaisir des grands et des moins grands.
L’Auteur : Journaliste et écrivain algérien, il a notamment collaboré avec des
journaux nationaux comme « Algérie-Actualité » et
« Horizons »
Table des matières :Préface (de Kamel Medjdoub)/8 contes
Extraits : « Il lui expliqua
aussi qu’à une certaine époque, les habitants des cinq villages formaient une
seule communauté et un seul village, mais que les différends qu’ils n’ont pu
aplanir les ont progressivement amenés à vivre chacun séparément (p 59),
« Tu conviens avec moi qu’un grain de maïs ne fait pas un tas ?/C’est
exact/ L’ajout d’un autre grain ne le transforme pas en tas/ C’est tout aussi
évident/ Finalement, un tas n’est un tas qu’à partir du moment où on ne sait
pas combien de grains il y a dans le tas ! » (p
77), « Le Gardien de la maison est un protecteur. Chaque demeure avait le sien .Ce n’était pas un secret, tout le monde le savait.Même si personne ne pouvait le voir.Invisible, il choisit l’endroit qui lui sied et y élit
domicile tant que la maison reste debout » (p 87),
« L’invité d’un jour est supportable, celui de deux jours est insipide,
celui de trois jours, chasse -le à coups de bâton (Proverbe ) » (p
91),
Avis :Il n’y a pas de plus
belle et de plus émouvante nouvelle que celle qui fait remonter le
passé......avec ses mauvais et ses bons côtés. Des nouvelles ? Non !
Des contes qui racontent , à leur manière, (et avec un
style fluide dominé par l’auteur) le temps de l’innocence , de la naïveté
, de l’espoir et de l’humanité.Malgré toutes les
désillusions.
Citations : « Aussi loin que
l’on puisse remonter dans le temps et dans le coin le plus reculé du monde, il
y a des contes. À écouter, à lire ou à raconter.Le
conte refuse de décliner tant que l’homme sent le besoin de raconter et
de se raconter.De l’oral à l’écrit, il se transmet et
se renouvelle tout le temps par un élan de création permanent d’auteurs qui
donnent libre champ à leur imagination » (p 5), « La
peur est une puissante force contre le changement » (p 60), « On ne
peut aider que ceux qui veulent bien de notre aide « (p 63), « Partir
vers l’inconnu exige toujours du courage » (p 84), « Aller quérir le
bonheur dans les pays lointains, c’est comme chercher les racines du
brouillard » (p 93), « La nature est une bibliothèque et chaque
chose, chaque être est un livre ouvert » (p 105), « L’exil est notre
séculaire malédiction et la nostalgie notre perpétuelle douleur » (p
108), « On ne perd que ce qu’on possède et le temps n’appartient à
personne. Quand on perd son argent, on n’en a plus, mais quand on perd du temps,
il nous en reste toujours. Tout le monde a du temps, même ceux qui croient ne
pas en avoir.Les riches
comme les pauvres.Il arrive, parfois, qu’on n’ait
plus le temps. mais, à ce moment-là, on n’existe plus
et on ne compte plus pour personne. Dans cette situation, ni l’argent ni le
temps ne comptent également » (117)