DEFENSE- ENQUÊTES ET REPORTAGES-
ESPIONNAGE/MAROC.ESPAGNE
© El Watan/ Chahreddine Berriah, 26 août 2026
Un déballage
qui éclabousse un régime prêt à tirer à vue et à concocter les pires
stratagèmes pour faire diversion et réaliser des projets machiavéliques, non
pour sauver un pays en pleine décadence, mais pour maintenir un roi moribond et
son trône vacillant.La révélation d’une liste de 70
000 espions marocains, par le groupe de hackers Jabaroot,
est un coup de massue effroyable asséné aux services de renseignement
marocains, la Direction générale de la surveillance du territoire (DGST), les
services intérieurs marocains et la Direction générale de la sûreté nationale
(DGSN).
Deux structures du Royaume, dirigées d’une main de fer par le sinistre
Abdellatif El Hammouchi. Les fameux hackers ont
dévoilé, sur leur chaîne Telegram, noms et prénoms,
dates et lieux de naissance, numéros d’identification, de matricule
professionnel et revenus bancaires des policiers et d’agents du renseignement.
Un appareil réputé, pourtant, parmi les plus répressifs, mais aussi, le plus
cadenassé. Un véritable viol qui met chaos le patron de la police politique et
de tous les systèmes sécuritaires. Une défloration qui ébranle le palais royal
déjà chancelant. Et ce n’est pas fini, les hackers promettent de publier en
ligne une seconde liste de près de 1400 personnes, mettant au jour des
informations supplémentaires (grades et identifiants bancaires, entre autres).
Selon des médias espagnols, qui ont également rapporté cette information, les
fuites des données concerneraient aussi des agents du renseignement marocains
découverts parmi les 70 000 migrants ayant envahi l’enclave de Ceuta les
30 et 31 juillet derniers. Un déballage qui éclabousse un régime prêt à tirer à
vue et à concocter les pires stratagèmes pour faire diversion et réaliser des
projets machiavéliques, non pour sauver un pays en pleine décadence, mais pour
maintenir un roi moribond et son trône vacillant. L’implication dans ce
débarquement en terre ibérique d’espions marocains, mêlés à des milliers de
citoyens de tous âges fuyant la misère et l’injustice, place l’Espagne comme
une priorité chez le Makhzen.
Selon le site Menadefense de
notre confrère Akram Kharief,
«l’Espagne est évidemment en première ligne. Près d’un million de
ressortissants marocains vivent sur le territoire espagnol. Les deux pays
partagent une frontière terrestre, des enjeux migratoires, une coopération
policière et antiterroriste extrêmement dense, mais aussi un contentieux
historique autour de Ceuta et Melilla. Les relations entre Madrid et Rabat
mélangent depuis longtemps coopération officielle, méfiance stratégique et
affaires d’espionnage. La presse espagnole évoque déjà ouvertement cette
dimension. Infobae décrivait encore le 24 août une véritable »guerre froide » entre les deux pays,
faite d’espions, de hackers, de pressions migratoires et de rivalités
souterraines…»
Le drame de Ceuta, pour rappel, s’est soldé par 82 morts, selon les autorités
espagnoles, et seulement 11 pour leurs homologues marocains. Des milliers de
migrants sont toujours dans l’enclave dans l’attente d’une issue à leur aventure.
Cette action s’inscrit dans une série de cyberattaques menées par le groupe Jabaroot, qui affirme «agir en
représailles à des actions hostiles et au cyberharcèlement sur les réseaux
sociaux». Malgré la sensibilité des données exposées, les autorités marocaines,
curieusement, restent de marbre. En fait, c’est une posture habituelle du
Makhzen qui fait le dos rond à chaque fois qu’il est attrapé la main dans le
sac…