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Journalisme et sensationnel/ Entretien Ahmed Brahim, août 2026

Date de création: 14-08-2026 19:41
Dernière mise à jour: 14-08-2026 19:41
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COMMUNICATION- FORMATION CONTINUE- JOURNALISME ET SENSATIONNEL/ENTRETIEN AHMED BRAHIM, AOÛT 2026

 

© Farida Belkhiri, Horizons, mardi 11 août 2026

 Informer sans juger et sans déshumaniser» Face aux drames collectifs tels que les incendies, les catastrophes naturelles ou les accidents majeurs, certains médias oscillent trop souvent entre le devoir d’informer et la course au sensationnalisme. Dans cet entretien, l’expert des médias Ahmed Brahim Mohamed analyse l’impact de la couverture médiatique sur la dignité des victimes de ces drames. Il plaide pour l’urgence d’adopter en Algérie un journalisme sensible aux traumatismes, soutenu par des réformes structurelles majeures.

À quelles épreuves sont soumis les médias face aux drames comme ceux des accidents de la route à l’instar de celui de l’autobus survenu à Boumerdès ? :Il faut savoir que chaque catastrophe, chaque drame constitue un test majeur. Ils mettent à l’épreuve deux éléments fondamentaux : d’une part, les capacités logistiques et opérationnelles des services de secours sur le terrain, et d’autre part, la conscience professionnelle des médias. Dans ces moments de détresse collective, le rôle du journaliste change de dimension.

 Justement, quelle est sa véritable mission dans ces moments:Il devient un acteur à part entière de la crise. Son travail a un impact direct sur l’évolution de la situation. Selon la manière dont il exerce son métier, ses articles ou ses reportages peuvent soit apaiser la situation, soit l’aggraver de façon dramatique. Un journalisme responsable peut grandement contribuer à rassurer la population angoissée. Il permet également de combattre activement la propagation des rumeurs, qui se multiplient souvent en temps de crise, et d’accompagner efficacement l’action des autorités publiques.

 À l’inverse, quelles sont les dérives possibles si l’éthique n’est pas respectée ?: Si la recherche du sensationnel prend le pas sur l’éthique, le travail des médias peut accentuer la souffrance des victimes. La douleur humaine est alors instrumentalisée, ce qui nuit gravement à la gestion de la crise et au tissu social. Les incendies qui ont frappé plusieurs wilayas ces dernières années, ainsi que les accidents de la circulation ont rappelé à quel point une information fiable et responsable est absolument indispensable pour la nation. Les médias nationaux, et je tiens à souligner particulièrement le rôle important des radios locales, ont accompli une mission de service public essentielle. Ils ont été un relais majeur dans la gestion de la crise sur le terrain.

Concrètement, quelles ont été leurs contributions positives ? :Ils ont excellé dans trois domaines : d’abord, la diffusion rapide des consignes officielles de sécurité, ensuite, l’orientation précise des citoyens face au danger et enfin, la mise en valeur des efforts fournis par la Protection civile, l’Armée nationale populaire, le Croissant-Rouge algérien ainsi que les Tout à fait. Les expériences internationales nous montrent que les rédactions les plus performantes à travers le monde accordent aujourd’hui une place essentielle au journalisme sensible aux traumatismes, que l’on appelle aussi le Trauma Informed Journalism. C’est une méthode qui invite les professionnels des médias à prendre pleinement en compte l’état psychologique fragile des victimes. Ce qui est remarquable, c’est qu’elle fait cela tout en respectant scrupuleusement les exigences de rigueur, d’exactitude et de vérité de l’information. Cette approche demande une préparation.

Quelles compétences le journaliste de terrain doit-il posséder ? : La couverture des catastrophes ne s’improvise pas. Elle suppose une préparation spécifique des journalistes appelés à intervenir. Le professionnel doit posséder des compétences indispensables : la connaissance pointue des procédures de sécurité, le respect strict des périmètres d’intervention des secours, la coordination fluide avec les services de sauvetage et une maîtrise totale des règles déontologiques. Les salles de rédaction, en amont, sont appelées à assumer le rôle de filtre et de régulation. Elles doivent vérifier méthodiquement les informations, lutter activement contre les fausses nouvelles, et savoir arbitrer en faveur de la fiabilité lorsque celle-ci est menacée par la rapidité de diffusion.

 Quelles sont les pratiques spécifiques qui, selon vous, ne relèvent pas de la mission d’informer ?: J’en distingue plusieurs qui sont totalement inacceptables. Diffuser des images choquantes, filmer des blessés sans obtenir leur consentement préalable, révéler prématurément l’identité de personnes décédées avant que les familles ne soient prévenues, ou encore solliciter et interviewer des familles en plein deuil. Tout cela ne relève pas de notre métier. De telles pratiques portent une atteinte directe et grave à la dignité humaine. Sur le plan psychologique, elles ont le pouvoir d’aggraver le traumatisme des personnes concernées et de leurs proches.

Comment définissez-vous la frontière entre informer et exploiter la souffrance ? : Informer ne signifie pas exploiter la souffrance. Un journaliste professionnel doit faire un choix clair, à savoir privilégier les faits vérifiés, les explications utiles et les messages de prévention et rejeter absolument la mise en scène des émotions spectaculaires. Dans ce contexte, le choix des mots et des questions est vitale. Un journaliste doit être conscient qu’une question mal posée ou indiscrète peut raviver instantanément un traumatisme profond. À l’inverse, une information précise et rigoureuse peut sauver des vies humaines en orientant la population vers des comportements adéquats et les sources officielles.

Existe-t-il des modèles ou des approches à l’international pour surmonter ces défis ?: La couverture des catastrophes ne s’improvise pas. Elle suppose une préparation spécifique des journalistes appelés à intervenir. Le professionnel doit posséder des compétences indispensables : la connaissance pointue des procédures de sécurité, le respect strict des périmètres d’intervention des secours, la coordination fluide avec les services de sauvetage et une maîtrise totale des règles déontologiques. Les salles de rédaction, en amont, sont appelées à assumer le rôle de filtre et de régulation. Elles doivent vérifier méthodiquement les informations, lutter activement contre les fausses nouvelles, et savoir arbitrer en faveur de la fiabilité lorsque celle-ci est menacée par la rapidité de diffusion.

 Que préconisez-vous concrètement pour que l’Algérie renforce son dispositif médiatique face aux crises ? :L’Algérie gagnerait à mettre en place trois réformes structurelles urgentes. D’abord, élaborer un guide national de couverture médiatique des catastrophes. Ensuite, développer des formations spécialisées au sein même des écoles de journalisme. Et enfin, mettre en place des équipes rédactionnelles spécifiquement préparées à intervenir dans les situations de crise. Par ailleurs, il faudra aussi prendre en considération la santé mentale des journalistes. On oublie souvent que les reporters sont humains et vulnérables. Un accompagnement psychologique pour les journalistes exposés de manière répétée à des scènes traumatisantes est indispensable. Cela mérite d’être pleinement intégré aux politiques des entreprises de presse. Au-delà des techniques, c’est toute une vision du métier qui se joue ici.

Où réside la véritable valeur d’un reportage ?: La véritable valeur d’un reportage ne réside ni dans la rapidité de sa diffusion, ni dans son nombre de vues ou de clics sur les réseaux sociaux. Elle réside uniquement dans sa capacité à informer avec précision tout en préservant la dignité des personnes touchées. Une caméra peut parfaitement témoigner de la réalité sans pour autant devenir un instrument d’intrusion. Un journaliste peut raconter une tragédie sans transformer la douleur humaine en spectacle. C’est à cette unique condition que la presse demeure fidèle à sa mission première : servir l’intérêt général, renforcer la confiance des citoyens et contribuer, avec responsabilité et humanité, à la résilience de la société face aux épreuves.