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Drogue et crimes/Rapport Onudc, juin 2026

Date de création: 09-08-2026 16:14
Dernière mise à jour: 09-08-2026 16:14
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SOCIETE- ETUDES ET ANALYSES- DROGUE ET CRIMES/RAPPORT ONUDC ,JUIN 2026

Le dernier rapport de l’Office des Nations unies contre la drogue et le crime (ONUDC), publié en mois de juin dernier, dresse un constat sans appel. Le narcotrafic mondial connaît une recomposition d’une ampleur inédite. Hausse vertigineuse de la production, diversification chimique, et ancrage territorial des réseaux criminels. Derrière les saisies records, un véritable bouleversement géopolitique est à l’œuvre, rendant caduques les stratégies répressives traditionnelles. Selon les données compilées par l’ONUDC, la production de cocaïne a atteint des sommets historiques en 2022, franchissant la barre des 2.700 tonnes, soit une augmentation de 20% en un an. Cette surabondance d’offre redessine les routes du trafic et, surtout, les équilibres sociopolitiques des zones de transit. En Afrique de l’Ouest, le Mali et la Guinée illustrent parfaitement cette dérive, du fait que le trafic de cocaïne est devenu un instrument de financement systémique pour les milices et les groupes djihadistes. L’argent de la drogue sape l’autorité des chefs coutumiers, exacerbe les conflits fonciers et corrompt les élites locales. Depuis la prise de pouvoir des juntes militaires en 2020, le remodelage de l’échiquier politique n’a pas permis d’inverser la tendance. Comme le soulignent les enquêteurs de l’ONUDC, les pistes désertiques continuent d’offrir des perspectives financières sans commune mesure avec les revenus agricoles traditionnels, condamnant les populations à une dépendance structurelle à l’économie illicite. Parallèlement, le rapport onusien met en garde contre une seconde mutation, qu’il qualifie de «menace sous-estimée». Celle de l’essor fulgurant des drogues de synthèse. La méthamphétamine, le fentanyl et leurs dérivés représentent désormais un marché plus rentable et plus difficile à intercepter que lesstupéfiants d’origine végétale. Le 21 janvier dernier, Europol a annoncé le démantèlement de l’un des plus vastes réseaux de production jamais identifiés en Europe. Au terme d’une année d’enquête menée par six pays, 24 laboratoires clandestins ont été fermés et 1.000 tonnes de précurseurs chimiques saisies. L’opération révèle un basculement inédit, où les substances nécessaires à la fabrication de MDMA et d’amphétamines ne sont plus seulement détournées localement, mais importées légalement avant d’être reconditionnées en Europe, exploitant lesfailles de la législation commerciale. L’ONUDC confirme que le phénomène est désormais planétaire. Si le Myanmar demeure le premier pays source de méthamphétamine, de nouvelles routes se ramifient vers le MoyenOrient, l’Afrique de l’Ouest et l’Asie du Sud-Ouest. Les saisies y progressent en moyenne de 13% par an, reflet d’une consommation en pleine expansion. En Afghanistan, la culture du pavot, bien qu’en chute de 95% depuis l’interdiction décrétée par les talibans en 2022, a provoqué un report vers la production de méthamphétamine, désormais moins coûteuse à fabriquer localement. Ce constat illustre un principe bien connu des analystes onusiens: la répression d’une substance ne fait souvent que déplacer le problème vers une autre, plus rentable et plus difficile à contrôler. Le marché du cannabis n’échappe pas à ces recompositions. La consommation mondiale a progressé de 40% en dix ans pour atteindre 256 millions d’usagers en 2024, selon les chiffres de l’ONUDC. Les réformes de légalisation en Amérique du Nord ont transformé un commerce intra-régional en un trafic international, car entre 2015 et 2024, 57 pays hors de cette zone ont identifié l’Amérique du Nord comme source de leurssaisies, contre 11 seulement au cours de la décennie précédente. Face à ce panorama, le rapport annuel de l’ONUDC se fait cinglantsur l’échec de la réponse exclusivement sécuritaire. La militarisation de la lutte antidrogue, relancée par Washington au Venezuela, s’inscrit dans la continuité de décennies d’interventions latino-américaines. Loin d’éradiquer les cartels, ces opérations ont favorisé leur fragmentation en réseaux plus fluides, mieux ancrés dans les économies locales et capables de s’imposer comme des acteurs politiques de fait. L’Office des Nations unies plaide pour une approche fondée sur la santé publique et la réduction des risques, rompant avec le dogme prohibitionniste. L’avenir de la lutte contre le narcotrafic, insiste l’ONUDC, ne peut plusreposersur la seule logique du bâton. Il exige un contrôle strict de la chaîne d’approvisionnement des précurseurs chimiques, une coopération judiciaire ciblant les flux financiers illicites et, surtout, un investissement massif dans le développement économique et la santé publique. Tant que les routes de la contrebande offriront les seules perspectives d’ascension sociale dans les zones abandonnées par les États, l’économie souterraine continuera d’exercer son emprise sur les institutions et les populations