HISTOIRE- PERSONNALITÉS- JEAN SCOTTO (PRÊTRE)
Jean Scotto (1913-1993), le prêtre rebelle
Citation : « Je hais l'OAS. Parce qu'elle a tué des Algériens, et
parce qu'elle a tué le cœur de mon peuple pied-noir. »
Né le 1er avril 1913 à Hussein-Dey, fils d'un cafetier d'origine
italienne installée en Algérie depuis 1860, Jean Scotto entre tôt au séminaire
(établissement d'enseignement dédié à la formation des futurs prêtres) et est
ordonné prêtre en 1936 à la cathédrale d'Alger. Engagé pendant la Seconde
Guerre mondiale, il est blessé au débarquement de Provence en 1944 (Croix de
Guerre, Légion d'Honneur), puis devient en 1948 curé d'Hussein-Dey, son
quartier natal.
Dès décembre 1954, il cache chez lui Salah Louanchi,
futur militant de la Fédération de France du FLN. Nommé curé de Bab-El-Oued en
1955, il affronte chaque dimanche des paroissiens acquis à la cause de ceux qui
prétendent défendre « la
civilisation chrétienne » par les armes. En décembre 1957, lors d'une crue, il
ouvre l'une de ses églises aux sinistrés sans distinction de religion — geste
qui, loin d'une trahison des siens, illustre son combat constant pour la
dignité de tous, aux côtés du futur cardinal Duval.
En 1962, il choisit la nationalité algérienne ; son église est visée
par un attentat de l'OAS. En 1967, il refuse d'être candidat aux municipales —
et se retrouve élu malgré lui à Belcourt, ses
administrés jugeant qu'être maire ne l'empêcherait pas de rester leur père.
Nommé évêque de Constantine en 1970, succédant ainsi seize siècles après saint
Augustin, il sillonne pendant treize ans le Constantinois à bord de sa modeste
4 CV, avant de revenir finir ses jours à Belcourt,
parmi son « petit peuple ». Il meurt en septembre 1993, ayant donné sa vie à
cette Algérie devenue définitivement la sienne.