SOCIETE- BIBLIOTHEQUE D’ALMANACH- ROMAN MANSOUR
KEDIDIR- « MON NOM EST DUPE »
Mon nom est Dupe. Roman
de Mansour Kedidir. Editions Fantz Fanon, Alger
2026, 208 pages, 1200 dinars
Il
a cru réussir enfin sa vie en se compromettant avec une bande de mafieux , durant une période assez perturbée de la vie
politique du pays.On le lui a fait croire, et il y a
cru pensant s’ en sortir et ,aussi, tenté par la vie facile. En définitive , il s’est retrouvé poursuivi par la justice et emprisonné.Il paiera pour les « autres »....tous
ceux qui ont exploité sa naïveté...et son art de servir, dans l’obéissance et
la discrétion, autant le whisky et le caviar que les ambitions
affairistes du pouvoir « profond ».
Lui, c’est Kada.
Ni homme puissant, ni idiot puisqu’il a le Certificat
d’études (« Il sait lire et écrire mieux que les
universitaires d’aujourd’hui » ) et est devenu un « barman » de
qualité et discret, témoin privilégié (au niveau de bars huppés n’accueillant
que les « personnlités de la ville » )
de la vie « underground » durant une période parmi les plus
difficiles du pays, tout particulièrement en matière de sécurité.
Fils d' un vidangeur mort
dans une fosse septique, il a grandi à la marge d’un pays où la peur, la misère
et les illusions décident du destin des hommes bien avant eux.
Barman de luxe, il devient homme de confiance de
notables assez influents. C’est alors le temps d’un autre monde avec ses
allégeances silencieuses, ses salons enfumés, ses grosses mises au poker , ses villas fermées et ses bars bien achalandés où se
croisent affairistes, prédicateurs et très hauts fonctionnaires. Des masques à
gogo !
En plus de ce qu’il récolte comme gros salaire et
pourboires généreux, il sera « fait » maire d’une commune, un
territoire véritable gisement d’affaires juteuses pour ses protecteurs :nouvelle zone industrielle, octroi d’assiettes
foncières aux « amis ».... De simple serveur il aura le privilège , désormais, d'être assis à la table des joueurs
de poker .
Puis , un jour la gendarmerie nationale débarque pour
enquêter.........le reste est facile à deviner.
L’Auteur : Natif
de Mecheria, énarque, sciences politiques,
ancien juge d’instruction, procureur général (Tizi Ouzou) et chef de
cabinet à la chefferie du gouvernement (gouvernement Benflis Ali).
Auteur de plusieurs romans ....ainsi que d’un
essai sur « l’Armée algérienne dans la lutte contre le terrorisme »
(en 2012 aux Editions universitaires européennes), d’un roman ,
« Le serment d’Oujda » ( Editions Frantz Fanon, Boumerdès
2023),. Ancien chercheur au Crasc.
Ancien enseignant-chercheur à l’Ecole supérieure d’Economie d’Oran
Extraits : « J’ai
toujours imaginé les êtres comme un troupeau de moutons, attiré par le mirage
d’une plaine verdoyante alors qu’il coure vers un précipice » (p13),
« L’important dans la vie, c’est de résister et lutter pour gagner son
pain dans la dignité.Méfie-toi
de la facilité, c’est une drogue qui te rend esclave des plus nantis. Notre
monde est plein de charognards ;ils sont toujours
à l‘affut des êtres fragiles, naïfs et flâneurs » (pp 26-27),
« Autrefois, je m’efforçais de croire que les gens cherchaient la vérité.
......Au fond, le commun des mortels désire voir des miracles......Et, c’est
cette propension qui fait qu’il accepte les discours enrobés de mensonge.Écouter les boniments et
vivre dans l’illusion lui apporte un certain apaisement » (p 160)
Avis : La
vie d’un jeune homme ....à Oran, durant la
« décennie noire ».Un ouvrage de souvenirs ( ?)d’un
« dupé », assez déprimant car, peut-être, trop réaliste.Défaut de nos écrivains : Peu de rêves.Peu d’espoirs....surtout lorsqu’ils abordent la vie
politique du pays.Et, (presque ) toujours une dent
contre les « intellectuels »
Citations : « Ne
pouvant percer le secret des accidents de la vie, nous nous réfugions dans le
destin.....C’est dans ce cadre qu’intervient la religion comme un sédatif pour
nous soulager de nos souffrances » (p 35), « En vérité, que ce
soit à la mosquée ou au bar, nous cherchons tous un temps de bonace, un temps
de grâce, un temps d’ivresse » (p48), « La femme est le sel de la
terre, dit-on, et la grande découverte de l’homme est sans doute d’avoir pris
conscience qu’elle est plus que sa moitié, le cœur palpitant de la vie »
(p54), »Quand bien même la vie leur sourirait, rares sont les gens qui ont
le sens de la retenue » (p 89), « La précarité de la vie n’est rien
d’autre que lentille à travers laquelle on se perçoit soi-même et on perçoit le
monde qui nous entoure » (p106), « Un pouvoir autoritaire ne peut
jamais changer s’il a en face un peuple amorophe et
asservi, un peuple qui renvoie ses malheurs au ciel et refuse de lutter pour sa
liberté.Un peuple qui n’est pas prêt au sacrifice est
un peuple qui anticipe sa mort » (p127)