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Ecole/ Apprentissage Anglais

Date de création: 28-07-2026 19:48
Dernière mise à jour: 28-07-2026 19:48
Lu: 16 fois


EDUCATION- OPINIONS ET POINTS DE VUE/ ECOLE/APPRENTISSAGE ANGLAIS

https://lematindalgerie.com/Samia Naït Iqbal, 27 juillet 2026

L’annonce de la réorganisation de l’enseignement des langues étrangères, avec l’apprentissage de l’anglais dès la troisième année primaire et celui du français repoussé à la 4e année, est présentée par les autorités comme un choix pédagogique destiné à faciliter l’acquisition successive des langues.

Si cette « évolution » est justifiée par la place croissante de l’anglais dans les sciences, les technologies et les échanges internationaux, elle s’inscrit aussi dans une histoire plus longue : celle de la lutte contre la langue française et sa réduction dans le système éducatif algérien.

Loin d’être une rupture, cette décision apparaît comme une nouvelle étape d’une politique linguistique engagée dès les premières années de l’indépendance et poursuivie, avec des intensités variables, par des responsables aux sensibilités idéologiques différentes.

Une politique linguistique inscrite dans la construction de l’État : Depuis 1962, le ministère de l’Éducation nationale est l’un des principaux lieux où se sont exprimés les débats sur la doctrine de l’État, l’identité nationale – autour de l’arabo-islamisme – et le modèle de société.Les premiers ministres de l’Éducation — Abderrahmane Benhamida, Chérif Belkacem, puis Ahmed Taleb Ibrahimi — interviennent dans un contexte de reconstruction nationale où la question linguistique est indissociable de la décolonisation. La restauration de la langue arabe est alors conçue comme un instrument de souveraineté culturelle face à l’héritage de la colonisation française.Ahmed Taleb Ibrahimi (ministre de l’Éducation de 1965 à 1970), fils du cheikh Bachir El Ibrahimi et figure du nationalisme arabo-islamique, est généralement considéré comme l’architecte de la première grande phase d’arabisation de l’école — et son influence dépasse largement son passage au ministère. En 1970, alors qu’il vient de quitter le portefeuille de l’Éducation pour prendre celui de l’Information et de la Culture, il est nommé président de la commission nationale chargée de la refonte de l’enseignement. C’est dans ce cadre qu’il définit, dans son rapport d’orientation, les valeurs arabo-islamiques comme socle structurant du futur système éducatif — un cadre doctrinal qui servira six ans plus tard de matrice idéologique à l’ordonnance n° 76-35 du 16 avril 1976, texte fondateur de « l’École fondamentale ». Taleb Ibrahimi n’est donc plus ministre au moment de la promulgation de cette réforme, mais il en reste l’architecte intellectuel : c’est son rapport de 1970 qui en fixe le cap doctrinal.La mise en œuvre concrète de cette orientation revient à un autre homme, resté davantage dans l’ombre institutionnelle : Abdelhamid Mehri. Nommé en 1970 secrétaire général du ministère de l’Éducation — poste de haut fonctionnaire, non de ministre — sous l’autorité du ministre en exercice Abdelkrim Benmahmoud (1970-1977), Mehri pilote pendant six ans la traduction administrative du projet d’arabisation. On lui doit notamment la création du deuxième cycle moyen et une stratégie d’arabisation progressive et pragmatique — enseigner les mathématiques en arabe dès la troisième année primaire — qui permet, en quelques années, d’arabiser le tiers des effectifs scolaires sans rupture brutale. Mehri quitte ce poste en 1976-1977, au moment même où la réforme dont il a permis la mise en musique entre officiellement en vigueur.Ainsi, la réforme de 1976 est le produit d’un relais à deux temps : l’orientation doctrinale fixée par Taleb Ibrahimi dès 1970, puis l’ingénierie administrative et pédagogique conduite par Abdelhamid Mehri au sein du ministère jusqu’en 1976-1977 — sous l’autorité politique du ministre Benmahmoud, qui reste le signataire institutionnel du texte.

L’École fondamentale, un tournant majeur d’arabisation : La véritable accélération intervient avec la généralisation de l’École fondamentale au début des années 1980, dans le prolongement direct de l’ordonnance de 1976.Sous Mohamed Cherif Kharroubi (1979-1986), puis Z’hour Ounissi (1986-1988), cette réforme consacre l’arabisation quasi intégrale des cycles primaire et moyen et modifie en profondeur les contenus pédagogiques. Pour ses promoteurs, elle parachève la décolonisation culturelle.Pour ses détracteurs les plus critiques, cette arabisation accélérée, elle réduit progressivement la maîtrise du français chez les nouvelles générations. Portée notamment par des enseignants venus d’Égypte et du Moyen-Orient, souvent proches des Frères musulmans, elle  a contribué à diffuser dans l’école un référentiel islamiste dont certains voient un lien avec la radicalisation qui a nourri la décennie noire. À la fin des années 1980, dans le contexte troublé qui suit les émeutes d’octobre 1988, le ministère connaît une succession rapide de titulaires : Slimane Cheikh (1988-1989), ministre de l’Éducation nationale et de la Formation sous le gouvernement Kasdi Merbah, puis Mohamed El Mili Debbagh (1989-1990), s’inscrivent dans la continuité de cette politique arabisante. Abdelhamid Mehri, pour sa part, n’occupe alors aucune fonction ministérielle dans ce secteur : il est à cette époque secrétaire général du FLN, un rôle politique sans lien direct avec le portefeuille de l’Éducation.Le successeur de Debbagh, Ali Benmohamed (1990-1992), pousse encore plus loin cette logique. Défenseur d’une arabisation généralisée, y compris dans l’enseignement supérieur, il propose dès 1991 l’introduction de l’anglais au primaire afin de réduire la place du français. Une idée qui, à l’époque, ne sera pas mise en œuvre mais qui préfigure des orientations aujourd’hui appliquées.

Les tentatives de rééquilibrage : Cette évolution n’a toutefois jamais été linéaire. Plusieurs ministres ont tenté d’introduire une approche plus pragmatique des langues.Mostefa Lacheraf (1977-1979), intellectuel et historien, plaide pour un ralentissement de l’arabisation et défend un bilinguisme fonctionnel articulant arabe et français au service de la qualité scientifique de l’enseignement.Durant la crise des années 1990, Ahmed Djebbar (1992-1994), mathématicien et historien des sciences, met l’accent sur les exigences académiques et scientifiques, privilégiant une approche moins idéologique de la politique éducative.Plus récemment, Nouria Benghabrit-Remaoun (2014-2019) engage une modernisation des programmes et de l’évaluation des élèves. Sa réflexion sur les langues d’enseignement et son ouverture à une approche plurilingue lui valent une forte opposition des milieux conservateurs, qui l’accusent de vouloir restaurer la prééminence du français.

L’ère des technocrates : À partir de la fin des années 1990, le pouvoir privilégie progressivement des profils davantage technocratiques.Aboubakr Benbouzid (1999-2012), qui demeure le ministre de l’Éducation le plus longtemps en fonction, conduit la réforme de 2003 issue des travaux de la commission Benzaghou. Son action est principalement orientée vers la réorganisation des cycles scolaires, la gestion du système éducatif et la modernisation des infrastructures, tout en maintenant la ligne officielle de l’État en matière linguistique.Ses successeurs, Abdelatif Baba Ahmed, Mohamed Oujaout puis Abdelhakim Belabed, poursuivent cette approche administrative. Sous Belabed, l’introduction progressive de l’anglais dans le primaire est engagée conformément aux orientations fixées par les pouvoirs publics.Depuis novembre 2024, Mohamed Seghir Saâdaoui  poursuit cette évolution. Juriste de formation et ancien conseiller à la Présidence, celui qui semble tenir de l’héritage doctrinal et idéologique de l’ancien ministre de l’éducation nationale, Ali Benmohamed inscrit son action dans la mise en œuvre des engagements de l’État, notamment la consolidation de l’enseignement de l’anglais tout en maintenant l’arabe comme langue de référence du système éducatif.

Une évolution portée par plusieurs courants : L’histoire du ministère montre que trois grandes sensibilités se sont succédé ou ont coexisté.Le courant arabisant-nationaliste, dominant durant plusieurs décennies, considère la généralisation de l’arabe comme l’achèvement de la souveraineté culturelle et voit dans le recul du français un prolongement de la décolonisation.Un courant moderniste, plus minoritaire, défend au contraire le bilinguisme, estimant que la maîtrise du français demeure indispensable pour l’accès aux savoirs scientifiques, aux archives historiques et à une partie importante de la production universitaire.Enfin, depuis une vingtaine d’années, une approche plus technocratique cherche à dépasser l’affrontement idéologique, tout en conservant la ligne officielle : arabe comme langue nationale d’enseignement et anglais comme langue d’ouverture internationale.

Un débat toujours ouvert : Près de soixante ans après l’indépendance, les usages sociaux montrent toutefois une réalité plus nuancée que les orientations institutionnelles. Le français demeure une réalité sociolinguistique;  il est largement présent dans l’enseignement supérieur, notamment dans les filières médicales, scientifiques et techniques, ainsi que dans de nombreux secteurs économiques, administratifs et médiatiques. Une grande partie des archives relatives à la période coloniale, de la littérature scientifique, des sciences humaines et de la création littéraire et culturelle reste également accessible en français.Dans ce contexte, les décisions récentes apparaissent moins comme une rupture que comme l’aboutissement d’une évolution engagée de longue date. Elles traduisent la permanence d’une politique visant à redéfinir progressivement l’équilibre entre les langues étrangères enseignées à l’école.Reste une interrogation centrale : la montée en puissance de l’anglais répondra-t-elle essentiellement aux exigences de compétitivité scientifique et d’ouverture internationale, ou marquera-t-elle l’achèvement d’un processus engagé depuis plusieurs décennies visant à marginaliser progressivement la langue française dans le système éducatif algérien ? Cette question continue d’alimenter un débat où les considérations pédagogiques demeurent étroitement imbriquées aux enjeux identitaires et politiques.Les autorités présentent, pour leur part, ces décisions comme relevant d’objectifs pédagogiques, scientifiques ou administratifs, notamment la promotion de l’anglais comme langue de la recherche et des technologies. Cette lecture institutionnelle n’épuise toutefois pas le débat, plusieurs chercheurs et observateurs estimant que la politique linguistique reste indissociable des recompositions idéologiques à l’œuvre au sein de l’État depuis plusieurs années.Dans cette perspective, plusieurs observateurs évoquent depuis 2019 l’émergence d’un courant identitaire que les observateurs  désignent sous le nom de « Badissia-Novembria », associé à l’entourage de l’ancien chef d’état-major Ahmed Gaïd Salah (mort en décembre 2019) et à certains généraux de son cercle rapproché, depuis poursuivis dans le cadre des purges internes à l’armée.Ce courant s’est surtout manifesté sur deux terrains bien identifiés : le rejet, par plusieurs partis islamistes, de la constitutionnalisation intangible du tamazight lors du référendum de novembre 2020, et un discours identitaire très présent sur les réseaux sociaux algériens. Certains observateurs y voient une toile de fond idéologique susceptible d’influencer indirectement le climat dans lequel se discutent les choix linguistiques de l’école ; mais aucune source ne permet d’établir un lien de cause à effet direct entre ce courant et les arbitrages linguistiques récents du ministère de l’Éducation, qui se justifient officiellement par des considérations pédagogiques et diplomatiques (rapprochement avec les pays anglophones, compétitivité scientifique, relations diplomatiques conflictuelles exacerbées avec la France).Enfin, terminons par la minoration de la langue mère de l’Algérie.