RELATIONS INTERNATIONALES- BIBLIOTHÈQUE D’ALMANACH- ROMAN AREZKI METREF-
« LES JOURS INQUIETS »
Les jours inquiets. Roman de Arezki Metref.
Casbah Editions, Alger 2026, 254 pages, 1300 dinars
Une histoire de rencontre (à l’étranger) ,
d’amour, de séparation et, peut-être, plus tard, de retrouvailles comme
notre jeunesse en a connu par centaines.
Celle-ci a une autre dimension car se
déroulant sur un fond politique (idéologique) assez particulier. Lorsque le
monde se conjuguait bien plus clairement que maintenant en blocs idéologiques
assez distincts l’un de l’autre : le capitaliste, le socialiste et .....les non-alignés.
Berlin-Est, hiver 1980. Un jeune journaliste algérien, engagé mais critique
(un autre alignement) y est officiellement invité pour un court séjour (trois
mois) de « formation ». Le brasier des étés d’Ariwa
(son douar natal où habite toujours sa maman, Magdouda ) dans une
ville figée dans le givre.Le froid, la neige, mais
aussi et surtout une vie quotidienne sous surveillance .
Rencontre d’une étudiante allemande aux yeux d’azur et à l’âme en miettes,
Gaby. En principe, un amour « interdit ». Il sera plus fort que
tout.
En Algérie, la terre a tremblé et Ariwa s’effondre entraînant la mort de la maman.
Neuf années plus tard, après la séparation, le monde a changé, le Mur s’est
lézardé mais pas encore totalement écroulé. Et, hasard heureux, c’est le retour
en Rda........Toujours la même ambiance sans la grande euphorie, le système
chancelant.
Retrouvailles. Gaby marié.....et une grosse
surprise. Magdouda est « revenue » . Certainement pour reprocher à son fils de ne pas
voir assister à son enterrement et de l’avoir (quelque peu) oublié.
L’Auteur : Né le 21 mai 1952
à Sour El –Ghozlane. Sciences Po’ Alger. Journaliste
-chroniqueur(El Moudjahid, Algérie Actualité,
Horizons, Nouvel Hebdo, Le Soir d’Algérie...) , écrivain, poète,documentariste,
auteur de plusieurs recueils de poésie , de
nouvelles et de romans , de pièces de théâtre , d’essais
......
Extraits : « Finalement, la vie des hommes se bornait à des murs.On les construit pour se
distinguer des autres et on les détruit quand on estime qu’ils nous distinguent
trop. Parfois , ce sont des forces incompréhensibles
qui les détruisent, introduisant même des différences dans cet acte
irrationnel » (pp 66-67), « Ils veulent que je ne te quitte pas
d’une sememlle.Ils ?Pas besoin de
demander qui. C’était houma, les fameux
« eux » du murmure algérien, l’hydre qu’on ne nomme pas de peur
qu’elle se mette à bouger en entendant son noim »
(p 79), « Même fréquenté par les passagers de l’ouest (note :
de Berlin), le Linden Corso n’était différent des autres dancings que lorsque
les Huns débarquaient vaillamment.Ils mettaient cette
ambiance chaotique à laquelle n’était pas habituée la civilisation de l’angle
droit et de la géométrie des convenances » (p 151), « I like you, c’est sûr, ce n’est pas I love you mais c’est de la même famille , tout de
même » (p 163), « Avec ces traits d’homme blanc, fruit des mélanges
et des mixités qui peut-être remontainet jusqu’aux
Vandales, partis d’ici pour détruire la moitié de l’Europe et l’Afrique du
nord, j’avais erré , moi aussi , dans l’exil de ceux qui ne sont jamais à leur
place « (p 254)
Avis :Il n’ y pas un seul et
unique amour. Pour la mère, pour une jeune femme, pour ses amis, pour son pays,
pour sa culture, pour son idéologie......La géographie des sentiments est si
complexe et si puissante. Heureusement , pour s’y
retrouver, il y a l’écriture d’un auteur qui jongle , avec brio, avec les mots
et les phrases.
Citations : « La vie ne bascule jamais sans prévenir » (p
43), « Quand tu chevauches une faille sismique, un pied sur chaque plaque
tectonique, tu finis par t’assoupir » (p 59), « Attirer deux séismes
au même emplacement, sur deux générations successives, c’est avoir les faveurs
du hasard » (p 67), « Les langues, comme les ingrédients en cuisine,
ne sont-elles pas plus savoureuses mélangées ? » (p142),
« Aimer, mourir, mourir d’aimer, impuissance à vivre et force de mourir
pour la même et unique raison : l’amour ! »( p
166), « On ne choisit pas plus son pays qu’on ne choisit sa mère.Et pourtant,on l’aime,
sa mère, forcément.Même si on ne l’a pas choisie.Alors, pourquoi pas son pays ? « (p 169), « Ôter le nom, dé-nommer, c’est anéantir. « Ils »
tuent l’ombre, allant jusqu’à lui enlever le nom qui la désigne
.Même le néant a un nom.Et s’il n’en avait
pas ? (p 183), « On finit poussière, et
ne serait-ce que le souvenir des proches qui fait la différence, on se retrouve
réduit aux quelques lettres de l’épitaphe gravée sur la pierre tombale »
(p 229)