CULTURE- CINEMA- LAMINE MERBAH (RÉALISATEUR)
Lamine Merbah, figure emblématique du
cinéma national, s'est éteint vendredi 24 juillet 2026 à Alger
, à l'âge de 80 ans des suites d'une longue maladie. Retour sur le
parcours d'un réalisateur qui a consacré sa vie à raconter l'Algérie, de ses
luttes à ses mutations profondes, en passant par la mémoire de la guerre
d'Indépendance. Né le 28 juillet 1946 à Tighennif,
dans la wilaya de Mascara, Lamine Merbah grandit dans
une Algérie en pleine effervescence. Son père, Moulay Merbah,
était une figure du mouvement national algérien, un héritage qui a sans doute
influencé la conscience politique du jeune cinéaste. Il poursuit ses études
primaires à Ksar Chellala (wilaya de Tiaret), puis
ses études secondaires au lycée Bencheneb à Médéa.
Mais c'est à l'Institut national du cinéma (INC) qu'il trouve sa voie, entre
1964 et 1967. Une formation qui le mène jusqu'en Pologne, où il effectue un
stage à la télévision polonaise en 1968. Parallèlement, il décroche une licence
en sociologie à l'université d'Alger en 1973, une discipline qui éclairera
toute son œuvre, toujours ancrée dans le réel et les questionnements sociaux. À
partir de 1970, il travaille à la fois pour la maison d'édition SNED et comme
réalisateur à la Radiodiffusion Télévision Algérienne (RTA). C'est le début
d'une carrière prolifique qui ne cessera de s'affirmer. Lamine Merbah laisse derrière lui une œuvre riche et variée,
marquée par un engagement constant en faveur des déshérités et de la mémoire
nationale. Parmi ses longs métrages les plus marquants, Les Spoliateurs (1972).
En 1976, il réalise « Beni Handel »
(également connu sous le titre « Les Déracinés »). Le film se déroule
en 1880, dans l'Ouarsenis. Des paysans algériens sont dépossédés de leurs
terres au profit des colons français. Contraints de quitter leurs foyers, ils
finissent par se soulever contre l'injustice coloniale. Le titre original du
film, « Beni Handel », fait référence à une
tribu algérienne qui a donné son nom à une commune de la wilaya de Tissemsilt. Cette œuvre, numérisée et présentée lors d'un
hommage au cinéaste en 2018, est considérée comme une «valeur
ajoutée dans le cinéma algérien sur les plans contenu, esthétique et
performance des acteurs». La filmographie de Lamine Merbah
ne s'arrête pas là. Il a également réalisé de nombreux téléfilms et feuilletons,
dont Le Miroir Brisé (2003), un feuilleton de 13 épisodes qui aborde le quotidien
de trois familles algériennes appartenant à des couches sociales différentes,
ainsi que « Darna Kdima »
(Notre ancienne maison) en 2008. Sans oublier une multitude de documentaires,
parmi lesquels « L'Afrique, des ténèbres à la lumière » et « L'imam
Es-Sanoussi » de Tlemcen. Au-delà de son travail de réalisateur, Lamine Merbah a été un véritable bâtisseur des institutions du
cinéma algérien. De 1988 à 1995, il a dirigé l'Entreprise nationale de
production audiovisuelle (ENPA). Une période cruciale durant laquelle il a
œuvré pour structurer et dynamiser la production audiovisuelle du pays. En
2002, après une longue maladie qui l'avait contraint à garder le lit pendant
plusieurs années, il reprend la caméra pour réaliser « Le Miroir Brisé ».
L'année suivante, il crée sa propre société de production, Amine Intaj, avec laquelle il signe plusieurs feuilletons, films
et documentaires.